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D'autres considérations plus dignes d'un homme d'Etat avaient prise sur son esprit. Il appréhendait que la réduction du taux, des fermages, consécutive à la baisse du prix des céréales, ne diminuât la situation et l'influence de la classe qui avait jusqu'alors présidé aux. destinées de son pays. L'aristocratie rurale évincée, quelle gentry nouvelle recueillerait son héritage politique et social ? Y aurait-il encore une classe dirigeante"? Le gouvernement de l'Angleterre ne tomberait-il pas prématurément aux mains de la démocratie, que Robert Peel voyait grandir avec «un mélange de sympathie et de crainte» '.
C'est pourquoi il combattit et fit rejeter de nouveau, en 1842,. la proposition, faite par lord John Russel au nom des whigs, de remplacer l'échelle graduée par une taxe fixe, non moins que la motion d'abolition totale des droits d'entrée sur les céréales, soutenue par Cobden et les radicaux. Mais il obtint, malgré la dissidence d'une fraction importante de la majorité conservatrice (104 voix), un abaissement notable du taux de la protection accordée aux céréales et aux légumes farineux (5 et 6, Victoria, c.l4). Dorénavant, dans l'échelle ascendante des droits, les degrés étaient fixés par intervalles de 1 shilling seulement. Pour le froment étranger, le degré le plus bas dos droits et le degré le plus élevé des prix étaient toujours 1 shilling et 73 shillings. Mais tandis que les prix de 69, 68, 67 et 66 shillings donnaient lieu, dans la loi de 1828, à des droits croissants de 13 sh. 8d.,16sh. 8d.,18sh. 8d. et 20 sh. 8 d., les mêmes prix, dans la loi de 1842, ne rendaient le froment passible que d'un droit de 6 shillings. Le taux le plus élevé des droits, applicable lorsque le prix tombait au-dessous de 51 shillings, était 20 shillings. Les échelles de l'orge, de l'avoine, des seigle, pois et haricots étaient de môme modifiées. La prohibition d'importer les farines de froment et d'avoine était levée. L'entrée des autres farines et du malt demeurait seule interdite. . Les ligueurs redoublèrent d'activité. En 1844, plus de 200 meer tings furent tenus en Angleterre et en Ecosse ; des cours de libre échange furent faits dans 36 comtés sur 40 ; 2 millions de brochures furent distribuées; le journal La Ligue tirait à 1,340,000
d. Guizot, Op. cil., p. 78.
exemplaires ^ A Londres, dans des meetings hebdomadaires, Cobden et ses amis prêchaient le libre échange, donnant à leur argumentation les formes les plus diverses et les plus ingénieuses, accablant de leurs railleries et de leurs invectives les propriétaires fonciers attachés au protectionnisme. Cobden, par exemple, dit avoir assisté au parlement à « une scène digne des bêtes sauvages d'Éphèse ». « Quelle chose dégoûtante de voir la chambre des communes », ajoutait-il. « Allez à la barre de la chambre des lords et puis à la chambre des communes, et vous verrez que le fond de leurs discours c'est : fermages ! fermages ! fermages 1 cherté ! cherté ! fermages ! fermages ! fermages !... Voilà une collection de grands seigneurs, de dignes gentlemen assurément et faisant figure sur les coussins de soie de la chambre des lords... Et que sont-ils? des marchands de blé et de viande ! C'est là ce qui les fait vivi^e, et ils vont au parlement pour assurer par acte législatif un prix élevé, un prix de monopole à la chose qu'ils mettent en vente... Ils devraient inscrire sur la porte de leur demeure : Marchands de blé ; aucune concurrence n'est permise-... ». « Ces gentlemen^, s'écriait W-J. Fox, « sont aussi bien des marchands que s'ils ouvraient boutique à Cheapside... Ces écussons, regardés jusqu'ici, comme les emblèmes d'une dignité quasi-royale ne sont autre chose que des enseignes où l'on peut lire : Acres à louer, blés à vendre ^ ». Le succès des orateurs de la ligue allait croissant. Les souscriptions affluaient : en 1839, 5,i)00 liv. st. ; en 1842, 10,000 liv. st. ; en 1843, 50,000 liv. st. ; en 1844, 83,000 liv. st. En 184o, la ligue put entreprendre de consacrer 250,000 liv. st. à l'achat de freeholds rapportant 40 shillings de revenu net et conférant à ce titre le droit électoral, pour les attribuer à ses partisans*. L'opinion s'ameutait contre le tribut qu'un nombre infime de privilégiés prélevait sur .la subsistance du peuple.
La question des céréales fut néanmoins laissée de côté par Robert Peel dans la revision nouvelle du tarif qu'il fit adopter en 1845 (8 et 9, Victoria, c. 12). Cette réforme de 1845 était, en