‹ Le commerce extérieur et les tarifs de douaneChapitre 89 sur 153 · J.-B. SAY ET FRÉDÉRIC BASTIAT · texte numérisé non relu

J.-B. SAY ET FRÉDÉRIC BASTIAT

On a vu dans le chapitre précédent comment le libre échange s'introduisit en Angleterre. La réforme fut accomplie malgré l'aristocratie rurale parla classe manufacturière. Bien que l'intérêt général de la nation se confondit sur ce point avec l'intérêt particulier des industriels, celui-ci fut à n'en pas douter le mobile prédominant de leur action réformatrice. S'ils n'avaient pas aperçu dans la solution libre échangiste le moyen de développer leurs affaires et d'augmenter leurs gains, ils n'auraient pas vraisemblablement dépensé d'aussi grands et persévérants efforts pour en assurer le triomphe. Mais ils n'auraient pas davantage renoncé pour eux-mêmes à la protection douanière, en même temps qu'ils luttaient pour en retirer le bénéfice aux propriétaires fonciers, s'ils n'avaient pas eu foi dans l'efficacité du libre échange. Ce sont les intérêts qui ont agi ; leur action a été dirigée par la doctrine d'Adam Smith. La circonstance est remarquable. L'auteur de la .Kic/iesse des nations avait traité d'utopique l'idée que la liberté des échanges piit jamais être établie en Angleterre. Il n'avait pas prévu que son ouvrage contribuerait puissamment à la transformation de l'ancien ordre économique.

En France, la théorie protectionniste rencontra de même des adversaires dont l'enseignement et les écrits ne furent pas dépourvus d'influence. Ils préparèrent, à défaut de l'établissement du libre échange, l'abandon des prohibitions et l'adoption d'un système commercial très semblable à celui de Colbert. Parmi eux et au premier rang, se place l'un des fondateurs de l'économie politique moderne, J.-B. Say.

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