J.-B. SAY ET FRÉDÉRIC BASTIAT
La démonstration de J.-B. Say' procède directement de celles de Ouesnay, de David Hume et d'Adam Smith. On trouve, en effet, dans les écrits de ces économistes, plusieurs propositions générales d'où J.-B. Say a déduit les théories qui lui sont personnelles. Mais s'il a utilisé les observations et les formules de ses devanciers, ses conclusions dépassent le plus souvent les leurs comme ampleur et comme portée.
Ainsi, Ouesnay, critiquant la formule mercantiliste « vendre à l'étranger plus qu'on ne lui achète », avait noté que « tout achat est vente et que toute vente est achat- », car « on ne peut vendre à l'étranger plus qu'on ne lui achète, à moins de lui vendre des marchandises qu'il ne paierait pas, si tant est que cela puisse s'appeler vendre ». 11 faisait remarquer, à ce sujet, que les mercantilistes exprimaient mal leur pensée et qu'ils auraientdû dire : nous voulons acheter de l'argent avec des marchandises. Ce genre d'achat, ajoutait-il, ne saurait comporter de profit particulier; car l'étranger ne donne certainement pas une somme d'argent plus forte que la valeur des marchandises qu'il acquiert.
Toute importation suppose une exportation et réciproquement, dit à son tour J.-B. Say. « Si c'est un Français qui envoie des valeurs dans l'étranger, il faut bien, pour rentrer dans ses avances, qu'il fasse revenir des valeurs de l'étranger. Si c'est'un étranger qui demande des marchandises françaises, il faut bien qu'il envoie en France des marchandises étrangères pour acquitter celles qu'il en a tirées. » En un mot, tout envoi a pour contrepartie nécessaire un retour. Au fond, c'est l'idée qu'exprimait Quesnay. Mais J.-B. Say en tire un parti différent. Il compare la valeur des envois à celle des retours. Si les valeurs de retour sont moindres que les valeurs envoyées, le négociant subit
1. Né le 5 janvier 17C7, mort le 15 uuvembrc J832. Trailë d'économie politique, 1803. Cours complet d'économie politique, 1828-1830.