J.-B. SAY ET FRÉDÉRIC UASTIAT
très pour les îles, et ces nouveaux produits de la France sont consommés par elle sous forme de café. Nous fabriquons et nous consommons beaucoup plus de couteaux (ou de toute autre marchandise que nous envoyons aux îles), parce que nous en consommons une bonne partie en café ^ ».
Quand on prohibe une marchandise à l'entrée, en vue, selon l'expression bien connue, de « ravir une branche d'industrie aux pays voisins », on substitue au mode de production par le commerce, qui est le plus économique, le mode de la production directe quj se trouve être le plus coûteux. La prohibition équivaut dans ce cas à un règlement industriel qui imposerait un procédé de fabrication dispendieux, qui interdirait par exemple l'usage des moulins, pour donner du travail aux tourneurs de meules à bras-. L'économie résultant de l'emploi d'une maind'œuvre étrangère est exactement pareille à celle qui résulte de la substitution d'un moteur inanimé à la force musculaire de l'homme. Si les échanges étaient libres, on s'adonnerait aux productions où l'onréussit mieux que l'étranger, et on achèterait au dehors les marchandises quiy sont fabriquées à meilleur compte ^. On obtiendrait de la sorte tous les produits, ou ce qui revient au même, on produirait dans tous les cas au plus bas prix possible.
Il y a tout intérêt pour une nation à produire à bas prix. La production n'est pas autre chose, en effet, que l'échange des frais de production contre la valeur produite. L'échange est d'autant plus avantageux que l'on obtient plus d'utilité pour les mêmes frais ou la même utilité pour de moindres frais*. Le haut prix des marchandises importe peu, disent les protectionnistes, du moment qu'elles ont été .produites à l'intérieur ; ce que le consommateur paie en plus est gagné par le producteur, son compatriote ; c'est une valeur qui reste dans le pays. Ces théoriciens ne s'aperçoivent pas que la production a pour condition nécessaire la consommation d'une certaine quantité de matières et de services. Que cette consommation ait lieu dans le pays ou à l'étranger, les valeurs employées à la pro-