‹ Le commerce extérieur et les tarifs de douaneChapitre 98 sur 153 · Cours complet, p. 568 â · texte numérisé non relu

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manufacturiers et leurs ouvriers de l'autre, et que ces derniers en recevront même la plus forte portion.

La question se réduit alors à savoir quel est, de l'intérêt agricole ou de l'industriel, celui dont le développement importe le plus à la nation. «Ce n'est plus une question d'économie politique, c'est une question de politique et de morale. » « Si la liberté de l'industrie et la marche naturelle des choses n'étaient préférables à tout », J.-B. Say inclinerait à penser que « c'est la classe agricole et l'exportation des produits bruts dont l'extension devrait être favorisée de préférence... ». Les classes manufacturières lui semblent vouées à une existence plus précaire que les classes agricoles. La consommation des objets manufacturés et par suite le travail industriel sont affectés par les disettes, par les guerres, par les mesures douanières prises à l'étranger, par les changements de la mode. « Indépendamment de ces maux accidentels, il en est un qui semble inhérent au système qui fonde la prospérité d'une nation sur la vente à l'étranger de ses produits manufacturés. Cette nation ne peut continuera obtenir la préférence qu'en vendant à meilleur marché que toutes les autres et même que les producteurs du pays où elle vend ; ce qui l'oblige à établir dans ses fabrications une économie parcimonieuse qui pèse principalement sur la classe ouvrière, classe subordonnée et où la concurrence des travailleurs les oblige à accepter les plus dures conditions. »

Ici, l'argumentation de J.-B. Say n'est pas très concluante. 11 est bien vrai que l'exportation dun million de laines en masse profite àla nation autant que celle d'un million de draps. J.-B. Say, sur ce point, a raison contre Chaptal. 3Iais ceci ne vide pas le débat. Supposez qu'au lieu d'exporter h l'état brut ces laines dont le quart peut servir à fabriquer une valeur égale en draps, on les ait manufacturées dans le pays ; n'est-il pas certain qu'une valeur quadruple aura été créée, que des profits plus grands pourront être réalisés? N'est-il pas incontestable que le développement de l'industrie est une source supplémentaire de richesses pour le pays? Enfin, la hausse générale des salaires dans les pays industriels, au cours du xix* siècle, ne prouve-t-elle pas surabondamment que ce n'est pas aux dépens de la classe ouvrière que se créent et se conservent les débouchés des pro-

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duits fabriqués. J.-B. Say navait pas prévu — et l'on ne s'en étonnera pas — que l'introduction des moteurs à vapeur et les autres applications de la science à l'industrie, en abaissant les frais de production très au delà de ce qu'aurait pu procurer la plus« parcimonieuse économie» sur les salaires, augmenteraient prodigieusement la consommation, par suite la production, et susciteraient une demande de main-d'œuvre qui, mettant fin à la concurrence que se faisaient les ouvriers de son temps, leur assurerait une large rémunération de leur travail et quelque chose de plus que l'indépendance vis-à-vis de leurs patrons.

La formule protectionniste n'en est pas moins un pur sophisme, dont les principes généraux posés par J.-B. Say lui-même fournissent la réfutation. Il ne suffît pas de considérer l'importance de la valeur produite; il faut avoir égard aux frais de production. Les draps peuvent valoir le quadruple de la laine dont ils ont été tissés. Néanmoins, si la dépense totale de fabrication se monte au quintuple de ce qu'a coûté la seule production de la laine, mieux eût valu exporter celle-ci et acheter les draps à l'étranger. La production directe des draps cause une perte ou, tout au moins, procure un bénéfice inférieur à celui qu'aurait donné la production indirecte par la voie du commerce.

Telle est bien, d'ailleurs, l'hypothèse en vue de laquelle raisonnent les prohibitionnistes. S'ils veulent prohiber les marchandises étrangères, c'est pour élever artificiellement, sur le marché intérieur, la valeur produite par les fabricants nationaux au niveau de leurs frais de production. Ils aboutissent, au surplus, à des propositions contradictoires. Ils préconisent la prohibition des produits achevés de fabrication étrangère comme un moyen de favoriser l'exportation des produit.s achevés de fabrication nationale. Il est trop clair que, si l'on veut interdire l'entrée des premiers, c'est que le prix en est plus bas que celui des produits nationaux. Dès lors, ceux-ci ne sauraient être exportés. Ils seront évincés des marchés étrangers par la même concurrence qu'ils ne peuvent supporter sur le marché national ' .

i. Il n'est pas ici (luostion du cas dans lequel l'industriel protégé par la prohibition vend, sur le marché inléritmr, une partie de sa production à un pri.x assez élevé pour qu'il lui soit possible d'écouler le surjtlus à l'étranger à un pri.v extrêmement bas. Cette hypothèse n'était pas envisagée par les protectionnistes contemporains de J.-B. Say.

Le vrai moyen de développer les exportations n'est pas de relever, par la prohibition des marchandises étrangères, la valeur des marchandises nationales au niveau de leurs frais de production ; c'est, tout au contraire, d'abaisser, par le perfectionnement de l'outillage, le choix judicieux des lieux de fabrication, l'invention de nouveaux procédés, etc., les frais de fabrication au niveau des prix de vente possibles. La prohibition à l'importation dispense l'industriel de cet effort. Elle est un obstacle au développement de l'exportation parce qu'elle est une entrave au progrès de l'industrie.

En même temps qu'ils réclamaient la prohibition des produits achevés, les protectionnistes se montraient favorables à l'importation des matières premières et hostiles à leur exportation.

On désignait eton désigne encore aujourd'hui sous cette appellation les produits « qui ont besoin d'être travaillés de nouveau pour être susceptibles d'ètreconsommés^ «.Les tarifs de douane actuels les admettent en franchise. Le degré d'ouvraison passé lequel un produit cesse d'être traité comme matière première est très variable. Ainsi, la laine en peaux ou en masse, même lavée ou dégraissée, estmatière première ; teinte en masse, elle devient produit fabriqué, c'est-à-dire qu'elle est taxée. Sont matières premières le lin brut, teille, peigné ou en étoupes ; le chanvre en tiges, broyé, teille ou en étoupes ; le coton non égrené ou même en masse, écru'; les poils et crin s bruts; les soies en cocons, la bourre de soie en masse et aussi les soies grèges, c'est-à-dire le produit du dévidage des cocons; certains produits tinctoriaux ; les peaux et pelleteries brutes ; les fruits et graines oléagineux non dénommés ^. Le fer cesse d'être matière première dès sa transformation en fonte ; le plomb, dès sa fonte en masses brutes ou saumons ; le cuivre, l'étain, le zinc en masses, barres, saumons ou plaques sont, au contraire, réputés matières pre-

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