‹ Le commerce français dans le LevantChapitre 3 sur 132 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

CHAPITIIE I'REMIERV,, . -^^Ty *

Le commerce turc et le commerce général. Le commerce turc et le commerce français.^ La part du Levant.

Dans le commerce général du monde, la Turquie tenait, en 1897, te vingtième rang. Si nous remontons à cette année déjà lointaine, c'est que les statistiques ottomanes ne paraissent que quatre ou cinq ans après la clôture deTexercice. A l'heure où nous écrivons ces lignes (avril igo'i), les résultats de Tannée 1898 ne sont pas encore connus.

En 1897, les Etats dont le développement commercial avait dépassé celui de la Turquie étaient, par ordre d'importance, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, les Etats- Unis, la France, les Pays-Bas, la Russie, les Indes anglaises^ T Autriche-Hongrie, l'Australie, la Belgique, ITtalie. le Japon, la Chine, TEspagne, la Suisse, la Suède et la Norvège, le Canada, le Brésil et la République Argentine.

La Turquie avait pour successeurs immédiats, le Danemark, le Chili, la Roumanie et TAlgérie. Nous ne parlons pas des autres Etats, pour ne pas entrer dans trop de détails

Toutefois, il est impossible d'apprécier exactement la valeur économique d'un pays, si Ton ne tient compte de son étendue et de sa population, et si l'on ne compare ces

l'i LA SITUATCO\ GÊNERALI-: EN llHK)

chiffres avec ceux des autres Etats. Comme on l'a dit avec justesse, nos jug^emenls ne peuvent se former que j)ar comparaison.

Procédons à cette comparaison, en prenant pour base les chiffres de 1H97. Pour les Etats autres que la Turquie, nous indiquerons, à titre de documents, les résultats commerciaux de Tannée 1900, qui, maliieureusement. ne sont pas encore tous connus.

<loiiiiiirr.*(' I-ilciiduf Populalion ea 1S97 tn 1900

Grandc-Brelagiic . . .114. 33«) 40.930 t^.'jgA f-*/»^ 2i.iiii

Allemagne 54o.6<»7 5(».4oo 10.270 r. s. ^ itî.SiTi

Klûls-Unis ;).38;5.oîîy 7<>.4oo g. 434 es. i!.4o3

France 536.464 38.700 7.554 r.«. 8.806

Pays-Bas 33,ooo 5.aoo 0.635 c .s. 7.63o

lUissie 5.389.985 io(>.6oo 5.i4'><' x. »•

(moins TAtir)

Indes- Ant;laiscs. . . 5.o(»8.34o 2;>o.6oo 4.996*:.^. 5.38v.

Autriclie-IIongnc . . C76.447 iG.900 3. 768 es 4.44o

AustralieetX.Zéland. S.i^ô.aCîS 5. 000 3.483 r.r/. »

Belgique '^9.457 (».8oo 3,444 r..v. 4.139

Italie ••.86.6^8 3a.5oo •».283 r..s. 3. 037

Japon 4*7.390 ^G.5o<» 'î.oSur. x •-».(>•« 4

Chine 11.081.10.) 357.000 îî.oii r.x. »

Kspagne 5o4.5i7 18.100 «.9**i^'.7- i.58(»

Suisse 41.340 3.3oo i.72or. «. 1.947

Suède et Norvège. . 77^*»\)\)'^ 7.200 i.05ar, (7. »»

(Canada 8.767.700 5.3oo 1.219 c-.. s. 1.729

Brésil 8.337.218 li.ioo i.aiSr. s. >»

Bépubl. - Argentine . 2 . 885 . O20 \ . Ooo 997 r. .s. »

Turquie ...... 1.405.000 22.500 840 es. »

viioiii» la Trlpolitainf et l'Arabie I

Danemark ..... 39.665 2.5oo 840 r .s. »

Chili 753 2i6 3.100 05i c*. 8. »

Huumanie i3i.o20 5.900 58oc. s. »

Algérie 447-9<'* 4.^00 454 es. 4a5

(iiiOiDB le Sahara)

* r. r/. =^ commerce K^néral: c. n. =. commerce spécial.

Ces chiffres appellent quelques réflexions.

Par son étendue, la Turquie devrait occuper le neuvième rang du commerce général et par sa population le onzième. Elle occupe seulement le vingtième qu'elle n'est pas sûre de conserver longtemps. Le Chili et TAlgérie la relégueront certainement au vingt-deuxième rang, avant qu'il se soit écoulé de nombreuses années.

Cependant la Turquie n'est pas un pays pauvre, et, dans Tensemble, il n'est pas d'espaces qui ne puissent être livrés à la culture ou à une exploitation lucrative. Les hautes montagnes ne recouvrent pas des étendues considérables, et les régions désertiques ne sont pas immenses. Si, dans certaines parties les cours d'eau sont rares, il ne serait pas impossible, par un reboisement rationnel, d'v ramener et d'v entretenir Thumidité nécessairc à la vie des plantes et à la fécondité de la terre.

Mais une sorte de fatalisme pèse sur les destinées de l'Empire.

I/homme, qui partout ne travaille que pour satisfaire des besoins ou pour assouvir une ambition, manque en Turquie de ce double stimulant.

Quels besoins a l'Oriental? Sous un ciel très doux, la nature bienfaisante donne à chacun sans beaucoup de mal le couvert et l'abri. A chaque jour suffit sa peine, le souci du lendemain et l'économie, source de tout progrès, sont deux vertus inconnues. Si d'aventure quelqu'un s'avise de vouloir tenter de grandes entreprises, le iisc lui rappelle, en l'écrasant d'impôts, (|ue le bonheur réside dans la modération des désirs.

Quelle ambition peut-on caresser? Nul ne peut prétendre à participer un jour, par son intelligence ou par son savoir, à la direction des affaires publiques. Rien ne favorise l'éclosion des énergies humaines, tout au contraire les comprime et les tue.

On se décourage môme de procréer ou d'entretenir la

vie. Depuis que les statistiques ont quelque précision^ la population est sédentaire. Parfois la terre fatiguée de produire se repose dans Tattente cFun nouvel effort; ainsi se repose, après des conquêtes qui firent trembler le monde, la fécondité lassée des descendants d'Othman. Seulement nul ne soupçonne TefTort de demain, nul ne sait qui rallumera Tétincelle endormie sous la cendre.

Ainsi la nature et l'administration contribuent à refuser à la Turquie la place qu'elle devrait occuper dans le monde ! Nous ajouterons qu'il manque au commerce ottoman cette garantie indispensable de toutes les transactions : une justice impartiale pour régler les différends. La Turquie en est encore à notre conception judiciaire de Tancien régime.

Si maintenant nous voulons décomposer le mouvement commercial de la Turquie avec les différentes puissances qui y 'participent, les statistiques ottomanes nous- donnent, de 189.4 à 1897, ^^^ chiffres suivants (valeur en millions de francs) :

Imp. Exp. Tôt. Imp. Exp. T»t. Imp. Exp. Tôt Imp. Bxp. Tôt-

Grandc-Brclagne 2o5 i3i 336 i63 141 3o4 188 iSg 327 217 i3o 347

France 61 84 i45 53 87 140 47 101 148 64 90 i4g

Allemagne ... 7 G i3 5 9 14 .5 6 11 7 10 17

Autric.-IIongric. 107 29 i36 96 42 i38 92 33 120 loi 3o i3i

Belgique .... i5 1 iG i3 2 i5 11 5 iG i3 4 17

Hussic 36 9 45 35 8 43 09 8 47 37 9 ^^6

Italie If 10 2i i5 12 27 i5 10 25 22 11 33

lUilgarie .... 23 8 3i 19 8 27 i5 8 23 ii 8 19

Kj^ypte 12 » 12 12 M [2 14 ^ '4 >6 ^> iG

Itounianie. ... 17 4 21 i3 4 17 i5 5 20 9 G i5

Perse i5 i 16 12 2 14 i3 » x3 i3 » k3

Pays-Bas. ... 4 7 11 4 11 19 4 8 12 G 7 i3

(irèce 10 5 i5 9 G i5 9 7 iG G 4 10

Etats-Unis . .. i56 189 1G7 178

Autres Etats .. 336 325 3i4 336

53o 3o3 833 453 342 795 471 339 ^i» ^<<> 3^4 840 y. B. 0. C.y avril iBgS, juillcl 1899, août 1900. scptenibro 1901.

Nous avons emprunté ces chiffres au Bulletin de la Chambre de commerce française de Constantinople, qui ne les garantit pas. Nous ne les garantissons pas davantage. Nulle part, il ne faut avoir une foi aveugle dans les chiffres : en Turquie, il faut plutôt avoir de la défiance. Le temps qu^on met à préparer les statistiques annuelles n'est pas une preuve de sincérité ; on serait plutôt tenté d V rechercher le désir secret de dérouter toutes les recherches et toutes les analyses par une très grande similitude entre les chiffres de chaque année.

La comparaison avec les statistiques étrangères pourrait être un contrôle^ si chaque nation avait la même manière d'établir ses statistiques et d'évaluer les marchandises ; mais les systèmes varient avec chaque Etat. Tandis que TAngleterre admet le système des valeurs déclarées, la France établit ses chiffres d'après des moyennes. Tandis que T Allemagne fait entrer au compte du commerce spécial les objets introduits dans le pays sous le régime de l'admission temporaire et réexportés^ la France les classe dans son commerce général. On pourrait multiplier ces exemples, qui prouvent d^une façon très nette que dans l'état actuel des choses, il est impossible d'établir une concordance et un contrôle entre les statistiques des différentes puissances.

Prenons comme preuve le mouvement commercial entre l'Angleterre et la Turquie pendant l'année 1897. Que lisons-nous ?

D'après les statistiques ottomanes, la Turquie aurait vendu 217 millions de marchandises à l'Angleterre et en aurait acheté i3o : au total 347 millions d'affaires. D'après les chiffres anglais, le Royaume-Uni aurait acheté 172 millions de marchandises et en aurait vendu 1 54 : au total 326 millions d'affaires. Ecart: ai millions;

Examinons pour la même année les chiffres français et les chiffres turcs.

Daprès nos statistiques, nous aurions acheté à la Turquie 107 millons de marchandises et nous lui en aurions vendu pour 49 • ^u total i56 raillions d'affaires. Les Turcs accusent 149 millions, dont 54 à leur importation et 90 à leur exportation. Ecart : 7 millions.

On arriverait à un écart de 1 7 millions avec les chiffres italiens.

On nacceptera donc les chiffres que nous fournissent toutes les statistiques et particulièrement les statistiques ottomanes que comme des indications intéressantes et suffisamment probantes, mais non comme la manifestation de la vérité.

On peut au contraire avoir une confiance presque absolue dans les statistiques françaises des objets étrangers introduits dans notre pays. Là, notre administration douanière peut exercer utilement son contrôle^ et ce contrôle très honnête nous offre toutes garanties. Nous serons plus sceptiques en ce qui concerne nos propres marchandises. Ici, l'administration des douanes, ne percevant pas de droits, s'en rapporte, quant aux valeurs et aux quantités^ aux déclarations des commerçants. Nous n'apprendrons rien à personne en disant que ces déclarations, pour sincères qu'elles soient, ne sont pas toujours d'une exactitude absolue. Cette exactitude importe moins au commerce qui ne paie pas de droits et au fisc qui n'en touche pas.

Revenons aux chiffres qui nous sont fournis par la Turquie. On a pu remarquer le chiffre peu élevé du commerce allemand, et cependant, il est de notoriété publique que ce commerce est en train de conquérir l'Asie Mineure. D'après quelques personnes, il serait même égal au nôtre. On a pu noter, par contre, les chiffres très élevés du commerce austro-hongrois.

La vérité est que le commerce allemand, pour atteindre rOrient, emprunte le plus souvent le port de Trieste,

qui le met plus rapidement en communication avec le Levant.

Or il est d usage en Turquie de faire figurer les marchandises qui entrent dans TEmpire au compte du pays directement importateur. Dans ce cas particulier les marchandises allemandes figurent au compte de T Autriche.

Il arrive aussi très souvent que les Allemands expédient leurs marchandises par Anvers ; elles figurent alors au compte de la Belgique.

Aussi obtient-on des chiffres très différents, si Ton consulte les statistiques dressées en Allemagne, en Autriche et en Belgique. D'après ces statistiques, les expéditions allemandes en Turquie se seraient élevées en i8()7, à 38.625.000 francs, et les exportations turques en Allemagne à 37.625.000 francs. Les importations turques en Autriche se seraient élevées à 87.458.000 francs et les exportations autrichiennes en Turquie à 55. 1 77. 000 francs. Enfin, la Belgique aurait acheté 25.750.000 francs de produits turcs et aurait vendu 16.900.000 francs d'articles nationaux.

Réunissons les chiffres de ces trois puissances :

Import. Kxport.

de Turquie en Turquie

Allemagne 37.6a5.000 38. 625. 000

Autriche 37.457.000 55.177.000

Belgique 25.700.000 16.900.000

Ensemble : i^ii.Soo.ooo francs. Ils dépassent les chiffres turcs de 46. 100.000 francs.

La statistique est décidément une science déconcertante ! Bien que Tannée turque commence seulement le i3 mars, — ce qui accroît encore la difficulté des concordances — de tels écarts ne sauraient trouver toute

leur justification en cette difficulté. Qui a raison ? Qui a tort? Sans doute tout le monde et... personne.

Le mystère pourtant n'est pas insoluble. Mais on ne pourrait Téclaircir que si Ton possédait pour chaque pays les détails du mouvement commercial et quelquefois les détails du mouvement maritime ; or, si nous avons ces détails- pour la France, ils nous manquent pour la Turquie.

Le commerce desEtats Unis soulève des observations de même nature que le commerce allemand. Les chiffres indiqués par les statistiques ottomanes sont trop faibles : seulement la plupart des produits américains passant d'abord par TAngleterre, sinon par la Belgique ou la France, ils viennent accroître Timportance commerciale de ces pays, comme les produits allemands augmentent la part de TAutriche-Hongrie. En réalité, il faut distraire du commerce étranger, du commerce anglais surtout, beaucoup d'articles d'origine américaine.

Le mouvement des autres pays n'appelle pas d'observations essentielles. L'écart entre les chiffres français et les chiffres turcs étant peu considérable, on peut admettre le chiffre de i5o millions de francs comme une moyenne des relations commerciales des deux pays. Si la France reçoit et transporte quelques articles américains, plusieurs commerçants français du Nord expédient en revanche leurs marchandises par Anvers. Le gain et la perte s'équilibrent très sensiblement.

Nous avons place dans son cadre véritable le coijimerce turc. Si l'on veut suivre depuis 1897 jusqu'à 1900 le développement de ce commerce avec les cinq puissances qui nous environnent, il faut se reporter aux statistiques mêmes de ces puissances; elles nous donnent les chiffres suivants :

LA TURQUIE ET LA FRANCE DANS LE itfONDE 21

(Valeur on millions de francs)

1897 1898 1899 "imp. dë^ fipTen

Turquie Turquie "^^^^

Grande-Bretagne. . 3a5.8 a85.3 260.7 i4<^ '^^-^ 264.8

Allemagne .... 76.3 83.3 76.9 38. i 43.0 81.1

Autriche 92.6 101. 8 io3.3 » » »

Belgique 4^*7 ^3>2 ^A-o 14.4 ia.3 26.7

France i56.4 149.^ iSi.g 107.8 49.8 157.6

Italie 49 6 60.4 63.3 28.0 34.3 6a.3

Il est inutile d'ajouter de nouvelles observations à celles que nous avons présentées ; on remarquera seulement que les chiffres de T Allemagne, de F Autriche et de ritalie augmentent, tandis que ceux de l'Angleterre et de la France restent à peu près stationnaires. On dirait que ces deux vieilles nations, comme deux personnes respectables ayant fortune faite, ne se soucient plus de courir les aventures pour accroître leur patrimoine. Elles se reposent en leur tranquillité satisfaite.

Précisons maintenant la situation de la France visà-vis de la Turquie.

Notre commerce en Orient est très ancien et a précédé celui de tous nos concurrents actuels. Après les capitulations de 1604, qui imposèrent à toutes les nations de TElurope l'obligation de commercer dans le Levant sous pavillon français, nous jouîmes pendant un certain temps d'un véritable monopole. Mais ce monopole fut de courte durée ; les rapports si bienveillants de la France et de la Turquie sous les règnes de François P** et de Henri IV n'eurent pas de lendemain; Louis XIV eût une autre conception de l'équilibre européen que ses prédécesseurs et sa politique extérieure s'inspira volontiers de considérations religieuses. Le sultan ne devint pas un adversaire, mais il cessa d'être un ami.

22 LA SITUATION GÉNÉRALE EN lîKK)

Les puissances de rOccident en profitèrent pour recouvrer Tune après Tautre leur indépendance commerciale. L^Angleterre, avec son sens profond des affaires, song^ea tout d'abord à nous concurrencer. Toutefois, pendant tout le dix-huitième siècle, nous conservâmes la prééminence. A ce moment, Tensemble de notre commerce avec la Turquie pouvait atteindre 85 millions de livres, chiffre qui ne fut plus ég-alé que dans la seconde moitié du xix« siècle.

Les guerres de la Révolution et de l'Empire qui arrêtèrent notre trafic général et Texpédition d'Egypte qui suspendit un instant nos rapports avec la Turquie, attribuèrent décidément la première place à l'Angleterre, qui l'a conservée. Dans les premières années du xix® siècle, notre commerce avec le Levant tomba à 3o millions de francs.

Cependant, jusqu'en i832, la France et l'Angleterre furent les seules nations qui eurent avec TOrient un mouvement d'échanges appréciable. Mais à cette époque, le Lloyd autrichien commença de visiter les ports de Syrie et introduisit sur le marché un nouveau concurrent.

La guerre de Crimée où, d'accord avec TAngleterre, nous sauvâmes l'intégrité de l'empire ottoman, ranima des sympathies anciennes et rapprit à nos commerçants le chemin de la Turquie. Des amis politiques deviennent facilement des clients. Après la guerre, la moyenne de nos échanges avec la Turquie s'éleva à 170, puis à 23o millions de francs. Si plus tard ces chiffres ont diminué, si aujourd'hui nous ne les atteignons pas, il faut tenir compte du démembrement de l'empire ottoman en

1 En 1869, sur un chiffre d'alTaires de 725 millions, l'Empire ottoman abandonnait 35o millonsA TAnglclerre et 225 millions à la France. En

Les événements de 1 870 ou plutôt leurs conséquences introduisirent un troisième concurrent : TAllemagne. Avec ce prestige que donne la victoire, les Allemands, jusque-là confinés dans les mers du Nord, entreprirent à leur tour la conquête du marché universel et la Turquie fut le pays où ils dirigèrent leurs principaux efforts. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner si ces préoccupations commerciales n'en cachent pas d*autres plus dangereuses : TAUemagne, on le sait, ne se contente pas d'envoj'er ses produits dans le Levant, elle a obtenu en Asie Mi* neure des concessions de chemins de fer d'un grand intérêt politique, elle à jeté beaucoup d'argent dans certaines entreprises ; son empereur a visité Constantinople et les lieux saints et s'est posé comme une sorte de défenseur de rintégrité de TEmpire ottoman.

Quoiqu'il en soit, le commerce de l'Allemagne vient après le nôtre qu'il menace d'assez loin.

1900, 1q pari de l'Angrlclerre n élé de 227 millions et celle de la France de 100.

Ces chiffres appellenl une cxplicalion. Nous les avons empruntés k VAnnuHÎre de r Economie politique et de la Statistique de Tannée x866 (voir p. 420-422). Cet annuaire, jusqu*à Tannée 1870, donne leschilTres du mouvement commercial de TEnipire ottoman pour i8G3 seulement. Or Tannuairc accuse, aux importations 335 millions, et aux exportations 58o. Mais, dans ce dernier chiffre, il y a pour 200 millions de cotons, chiffre anormal et qui n'existait plus on 1870. où la guerre de Sécession était depuis longtemps terminée. Cette exportation étant aujourd'hui de i5 à 20 millions, nous Tadoptons comme une moyenne normale, et, pour comparer la situation d'aujourd'hui û celle d'autrefois sur des bases sérieuses, nous ramenons Texportation de Tannée i863 du chiffre de 58o millions à celui de 390. Sqo + 335 =725 millions.

11 ne sera peut être pas sans intérêt de donner pour Tannée i863 la part proportionnelle de chaque Etat dans les importations.

Angleterre . . . i3o millions. Report. . 298 millions.

France 90 — Belgique .... 6 —

Suisse 10 — Grèce 3 —

Autriche-Allcmagn. 32 — Russie 10 —

Hollande . . . . 3o — Amérique .... 10 —

Italie 6 — Divers 8 —

A reporter, . 298 millions Total. 335 millions

L'annuaire de la statistique ne décompose pas les exportations.

24 LA smJATCON GÉfTÉRALE EN 1900

Après TAUemagne est venue lltalie, conquise a ^on tour par certaines idées d*impérialisme, puis les Etats- Unis dont le développement économique est la grande menace de demain. Nous ne parlons pas des autres Etats démembrés de la Turquie ou de ses voisins immédiats, à qui leur situation géographique ouvre naturellement les portes de TEmpire ottoman.

Derniers venus à la vie industrielle, quelques-uns de ces Etats ont profité de nos découvertes ou de nos expériences, et, pour leur début ont jeté sur le marché des produits, sinon meilleurs que les nôtres, du moins préparés suivant les dernières exigences de la clientèle. Il nous fut impossible de résister au choc sans perdre quelques positions : c'est à peine si nous avons repris contenance et cependant il faut en prendre notre parti. A moins d'abdiquer, nous sommes soumis pour longtemps au régime de la concurrence illimitée.

Vers 1870, notre situation privilégiée en Orient nous permettait de n y introduire que des marchandises un peu chères, mais de bonne qualité. Cette situation n*existe plus. Les Allemands ont profité de TaiTaissement qui suivit nos désastres, pour introduire la « camelote ». Cette camelote est aujourd'hui maîtresse du marché. Vainement nous avons pensé la combattre en persistant k proposer nos bons vieux articles ; à cause de leur prix, ils n'ont plus trouvé que de rares acheteurs, et, pendant que nous nous absorbions dans la contemplation du passé qui convient aux seuls historiens, nos concurrents nous ont enlevé quelques-uns des articles dont nous avions le monopole, et nous ont obligé à partager les autres.

Dans ce démembrement de notre empire commercial, r Allemagne prit les étoffes pour robes et ameublements, les produits chimiques, les draps nouveautés, les articles de quincaillerie, la parfumerie, les passementeries ;

L'Autriche prit les draperies, les articles de papeterie, de verrerie et de faïence, les huiles d'olive ;

La Belgique prit les pointes de Paris, les cristalleries, les armes de chasse, les tissus divers ;

L'Italie prit les cuirs, les flanelles, les tissus, les dro- <>^ueries, les cafés, et partagea avec l'Allemagne les draps nouveautés ;

La Suisse prit les soieries, les broderies et les tissus i mprimés ;

Enfin la Grèce prit les eaux-de-vie.

L'Angleterre est restée stationnairç, si même elle n'a reculé ' .

Nous continuons cependant d'occuper la seconde place dans le commerce ottoman et nos articles sont toujours estimés au-dessus de tous les autres. Lorsque Ton veut vanter une marchandise, on dit que c'est une marchandise française (franzis mali). Nos articles qui se maintiennent sont ceux qui peuvent se vendre aussi bon marché que les produits étrangers et ceux qui s'imposent par une incontestable supériorité. Les uns et les autres sont assez nombreux pour que nous puissions espérer, malgré la concurrence allemande, conserver la place que nous occupons.

Quant à la Turquie elle-même^ envisagée dans ses rapports avec la France, le tableau suivant résume depuis dix

1 Mouvement compare des. commerces français et britannique en Turquie :

1» France. 1869 1900

Kxport. de Turquie en France, i42.535.ooo 107.800,000 Export, de France en Turquie. 81.406.000 49.800.000

(Voir Tableau dn Commerce et de la Navigation, années 1869 et

2» Angleterre,

Export, de Turquie en Anf^Ielerre. 192.956.000 141.218.000 Exporl. d* Angleterre en Turquie. 1C1.432000 i33.37i.ooo (Voir Annaal stafement of the trade of the United K in g do m. année»

1869 et 1900.

ans nos échanges avec les dix-sept Etats qui font avec nous plus de loo millions d^aiTaires : la Turquie occupe le treizième rang.

IMPORTATIONS ET EXPOKTATIONS IIBINIES

(Yjili'iir rn millions <(»• francs)

Angleterre . . .

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