‹ Le commerce français dans le LevantChapitre 43 sur 132 · FRANCE ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

FRANCE ÉTATS-UNIS

(A. c. £., T901, ii« fasc, p. 114.)

leur respective de a6.523.ooo francs, 28.71 i.ooo francs, 28.000.000 francs, 87.430.000 francs et 33.44^*^00 francs.

Historiqne de la soie en Asie Mineure et en Syrie. — La soie fut inconnue en Assyrie et dans Tancienne Asie Mineure jusqu'au ni* siècle avant notre ère; la Chine, qui seule la produisait depuis un temps immémorial, n'était pas encore entrée en relations avec TOccident. Mais, au début du n® siècle, il commença de se produire dans l'Asie orientale un mouvement de peuples, précurseur des grandes invasions, qui rapprocha les Chinois des monts Nan-Chan et rejeta les peuples de ces régions dans la Boukharie actuelle, puis dans la Bactriane, où ils fondèrent le royaume des Indo-Scythes, limitrophe de celui des Parthes. C'est ainsi que les noms de Sines et de Sères parvinrent en Occident ^

Toutefois il n'y eut pas immédiatement de commerce régulier entre la Chine et l'Asie occidentale. Les premières soieries introduites à Rome furent prises dans des guerres contre les Parthes, vers l'an 56 avant Jésus- Christ. Ces étofiTes eurent un grand succès ; Horace, Virgile et Properce en parlent dans leurs poèmes.

Cependant les lépidoptères producteurs de cocons étaient déjà connus en Asie Mineure depuis plusieurs siècles; ils vivaient sur différents arbres à l'état sauvage. Quand le cocon était achevé^ le papillon le perçait pour en sortir et, en le perçant, il brisait les (Ils et leur enlevait toute valeur. Les femmes filaient ce cocon, comme nous filons la laine au fuseau, et en faisaient un

^ Ces noms appartenaient à deux peuples différents qui occupaient alors la Chine. Le nom de Sines appartient aux habitants de la Chine orientale, avec lesquels les Perses, les Arabes et les Européens entrèrent en relations par mer. On désire sous le nom de Sères les habitants de la Chine occidentale, voisine du pays des Parthes.

produit qui se nommait la bombycine, La bombycine qui, en réalité, était de la soie, était fort estimée et servait à faire des vêtements pour les hommes, mais surtout pour les femmes.

LHntroduction de la soie chinoise, qui était fine et brillante, devait naturellement porter un coup fatal à la bombycine qui était un produit soyeux très grossier. Mais Tagonie de ce fil, analogue à notre ancienne bourrette, fut lente. Pendant les trois premiers siècles de notre ère, les communications terrestres et maritimes entre la Chine et l'Empire romain furent dangereuses et rares, et la soie valut fort cher. Dans son beau travail sur l'origine de la soie, M. Pariset estime qu'au m® siècle de notre ère le kilogramme de soie devait valoir environ 5.167 francs de notre monnaie*.

Le IV® siècle voit s'accomplir une évolution importante de l'industrie soyeuse. Le ver à soie, jusqu'alors gardé soigneusement par la Chine, est introduit subrepticement au Japon et dans la Boukharie. De la Boukharie, la soie grège, et non plus la soie ouvrée, est introduite en Phénicie, à travers l'empire des Perses reconstitué. Aussitôt des manufactures s'établissent à Tyr et à Beyrouth, et bientôt après à Byzance.

Malgré les protestations des évêques, la soie devint très vite d'une consommation courante dans l'empire romain tout entier, et même chez les Barbares. La longue guerre, qui éclata au vi® siècle entre Byzance et la Perse, arrêta soudain tout arrivage. La crise fut intense : les manufactures de Phénicie furent fermées ; à Constantinople, le kilogramme de soie atteignit le prix fabuleux de 21.888 francs de notre monnaie.

^ Ce prix fabuleux baissa rapidement à mesure que la production de la soie augmenta en Perse, en Syrie et dans TËurope. Il resta longtemps aux environs de ia5 francs. Il est aujourd'hui, grûce aux importations de soies asiatiques, descendu à 5o francs.

Dans ce péril extrême, deux moines sauvèrent l'Empire. Ils vinrent proposer à Justinien, qui Faccepta, de lui fournir des vers à soie et de les élever comme en Chine. Ces moines partirent pour un pays nommé la Sérinde, et qui est probablement le Khotan^ et en rapportèrent un an après des vers à soie renfermés dans un bâton creux.

L'industrie de la soie était née pour TOccident.

Elle ne prit pas tout d'abord un grand développement. L'élevage du ver à soie ne fut guère pratiqué qu'en Syrie, où Tyr et Beyrouth ne retrouvèrent pas leur ancienne prospérité; ce fut Antioche qui les supplanta. A Byzance, les empereurs accusèrent de plus en plus la tendance à faire de la soie un monopole d'Etat, et ce monopole tua toutes les initiatives.

La production de la soie fut insuffisante. La Perse restant fermée, les empereurs de Byzance entrèrent en relations avec un peuple nouveau qui venait de s'établir aux confins de l'Inde et de la Chine, dans le Turkestan actuel et, par ce peuple, ils continuèrent de pouvoir s'approvisionner en Chine. Ce peuple, c'étaient les Turcs.

Mais bientôt la conquête de la Syrie, de la Perse et de l'Asie centrale par les Arabes vint de nouveau modifier les conditions du commerce. Toutes ces provinces furent d'abord fermées aux négociants grecs. En Perse et en Syrie, l'industrie fut réduite aux besoins de la consommation locale; rien ne put être exporté. Les communications avec la Chine furent coupées par l'établissement des Arabes dans la vallée de l'Oxus.

Dans cette conjoncture, les empereurs entreprirent de contourner la mer Noire et la mer Caspienne par les bas* ses vallées du Dnieper, du Don et de la Volga, pour continuer leurs relations avec la Chine. Les Khazars de la région d'Astrakhan furent leurs commissionnaires*

Cette situation dura du vii^ au ix^ siècle.

Vers la fin du ix® siècle, une nouvelle révolution s'opéra.

Les empereurs ont pris leur parti de la perte de leurs provinces, et les Arabes, un instant rebelles aux arts grecs, se sont, laissé séduire parles charmes de la civilisation. Ils ont donné en Syrie et en Perse une nouvelle impulsion à l'industrie de la soie et ils Tont transportée aux pieds du Caucase et aux bords de la mer Caspienne, dans les provinces actuelles du Khorassan, de TAberbeidjan et du Tabaristan. Ces provinces sont aussitôt devenues de grands centres de production ; au ix* siècle, elles pouvaient alimenter les fabriques de Byzance.

Les empereurs n'hésitèrent pas; ils abandonnèrent la 'route lointaine et périlleuse de la Chine et transférèrent à Trébizonde le centre de leurs opérations commerciales avec les contrées plus éloignées de l'Orient. Comme le commerce extérieur était interdit aux Musulmans, ils s'adressèrent aux Juifs, qui leur vendirent les produits du monde arabe.

Antioche participa au même mouvement et devint en peu de temps une grande cité commerciale, où vinrent s'approvisionner tout à la fois les marchands de Constantinople et ceux de l'Occident.

Au X® siècle, la révolution est accomplie.

Ce n'est pas ici le lieu de raconter comment les Arabes, plus industrieux que les Grecs, introduisirent à la même époque l'élevage du ver à soie jusqu'en Sicile et en Espagne, ni comment les Grecs, désireux enfin de constituer une industrie nationale, introduisirent la cullure du mûrier dans le Péloponèse.

Au XI® siècle, l'industrie de la soie parait assurée du plus bel avenir. Les peuples qui plus tard formèrent la Russie venaient chercher la soie dans la mer Caspienne ou à Trébizonde ; les peuples de l'Europe centrale s'approvisionnaient à Constantinople, et ceux de l'Occident en Sicile et en Espagne. Les grands pèlerinages en Terre-

Sainte entretenaient avec la Syrie des relations dont le commerce bénéficiait.

Les Croisades n'arrêtèrent pas l'impulsion donnée. Malgré les guerres continues qui désolèrent la Syrie pendant le XII* siècle, c'est-à-dire pendant toute la durée du royaume latin de Jérusalem (i 099-11 87), et de la principauté d'Antioche (1099-1269), la sériciculture fut également protégée par les Musulmans et par les Chrétiens, suivant que la fortune des armes livrait aux uns ou aux autres une parcelle du territoire. Les navires génois, qui chaque année amenaient en Terre-Sainte un grand nombre de pèlerins ou de croisés, en rapportaient des étoffes et des soieries, dont Tenlèvement rapide stimulait le zèle des fîlateurs ou des tisseurs indigènes.

A Constantinople et en Asie Mineure, les Vénitiens, qui s'étaient poséi^ en défenseurs de l'empire grec, avaient acquis des privilèges ou des facilités commerciales, et le marché de Byzance comme celui de Trébizonde était entre leurs mains. Quand les califes furent les plus forts, les Vénitiens flrent des traités avec eux et s'installèrent à Beyrouth.

Les trouvères^ au moyen âge, nomment les villes d'Orient d'où venaient les étoffes de soie. C'étaient Constantinople, Athènes, Nicosie, Damas, Bagdad^ Mossoul et Alexandrie ; en Occident, c^étaient Palerme et Alméria. Ces étoffes, dont quelques spécimens se trouvent au Musée d'Art et dlndustrie de Lyon, accusent, par les différentes grosseurs des trames employées, la découpure des dessins et la netteté des chaînes, un progrès très notable sur l'art byzantin et indiquent une industrie maitresse de ses moyens d'action.

Dans les industries de la soie, la période qui s'étend du X* au XIV* siècle peut être justement dénommée la période arabe, comme la période suivante, qui va du xv* au XVII* siècle, peut être dénommée la période italienne.

i44 EXPORTATIONS DU LEVANT EN FRANCE

Pendant toute la durée du xni* au xv*' siècle, les fabriques italiennes de Lucques et de Venise firent venir de .Turquie des soies dont les noms nous ont été conservés : -c'étaient la seta Turchia^ la seta Bomania (Roumélie), la seta de Filadelfi (Alachéïr), de Smyrne, de Veria (Phocée), enfin de Syrie. Les soies de Syrie étaient les •plus nombreuses.

La production de la soie en Italie ne commença qu'au XVI* siècle ; mais déjà au xm* ce pays travaillait à Lucques, Florence, Venise et Gênes les soies d'outre-mer qui lui venaient de la Syrie, du Ghilan et du Tabaristan. Ses marchands étaient tout-puissants à Constantinople, Trébizonde, Beyrouth et Alexandrie. Ses explorateurs, Marco Polo et Pegoletti, passaient à travers la Perse, l'Asie centrale, et pénétraient jusquen Chine. La chute de Tempire grec (i453) et la domination exclusive des Turcs Osmanlis dans la péninsule des Balkans, en Asie Mineure et en Syrie achevèrent de consacrer la prédominance de l'industrie italienne.

Derniers venus à la^^eligion de Mahomet, les Turcs apportèrent dans l'application des préceptes du Coran un esprit plus rigide que les Arabes, et cette raideur ne fut point favorable au commerce. La fabrication des soieries tomba dans une décadence profonde; la sériciculture -seule subsista. Quand l'Italie puis la France se mirent à cultiver le mûrier, TOrient continua néanmoins à exporter ses soies grèges.

Les rapports politiques qui se nouèrent entre la France •et la Turquie sous les règles de François I*''' et de Soliman eurent pour notre marine marchande une heureuse influence. Savary de Brèves, qui fut ambassadeur de France sous Henri IV, estime dans un mémoire qu'il y avait plus de mille vaisseaux sur les côtes de Provence et du Languedoc qui trafiquaient dans toute l'étendue de Tempire turc et qui, par ce moyen, s'enrichissaient

non seulement eux-mêmes, mais beaucoup d'autres contrées de la France. Ces vaisseaux ne nous rapportaient pas seulement les marchandises et les soies de l'Orient, mais encore toutes celles de Tlnde et de Textrême Orient qui arrivaient à Alexandrie par la mer Rouge ou à Alep. « la principale ville de Syrie », par le golfe Persique et TEuphrate.

Les capitulations de i()o4, où il fut établi que nul navire européen ne pourrait faire du commerce en Turquie que sous pavillon français, nous conférèrent un précieux monopole que notre diplomatie hésitante ne sut pas conserver. L'Angleterre et les autres Etats ne tardèrent pas à se soustraire à cette obligation.

Néanmoins, à la fin du xviu*' siècle, notre commerce avec le Levant était des plus prospères ; il s'élevait pour les importations turques en France à .'(8 millions de francs, dont 29 millions en soie, laine et cotons bruts, et pour les exportations françaises en Turquie k 36 millions de francs. Ce commerce occupait 20.000 matelots, 700 bâtiments, et était réparti entre 78 comptoirs. Les chiffres de notre commerce avec le Levant ont pu augmenter au xix*^ siècle, mais, toutes proportions gardées, jamais la situation de la France ne fut plus forte. Dans le commerce de la Turquie, nous occupions sans

conteste le premier rang. fV. Lavallée, Hisloire tie V Empire olioman. p. 406.)

Volney, qui voyagea en Egypte et en Syrie, de 1788 k i78.'>, nous a laissé de précieuses bien que trop courtes indications sur l'industrie de la soie en ce dernier pays* Il nous dit que le mûrier blanc faisait la richesse de tout le pays des Druses par les belles soies qu'il procurait, que la plaine d*Antioche et que les environs de Tripoli étaient couverts de mûriers, et que le mûrier poussait sur les contreforts du Liban, qui dominent la plaine de Ueqàa.

La nation qui faisait le plus d'affaires avec la Syrie, c'était la nôtre. Elle avait des comptoirs à Alep, Alexandrette, Lattaquieh, Tripoli, Saïda, Saint-Jean -d'Acre et Ramleh ; dans chacune dç ces villes, le commerce de la soie ou du coton dominait tous les autres. Bien que Tripoli ne fût pas la ville la plus considérable, c'était par elle surtout que nous recevions les soies indigènes. Ces soies étaient assez grossières, et l'on s'en servait pour les galons. Toutes ne pouvaient pas être exportées.

Nous avions 3 comptoirs à Tripoli, (i à Saint-Jeand'Acre, (J ù Saïda et 7 à Alep. Alep fabriquait des étoffes de soie, mais le principal centre était Damas où « elles se fabriquaient en grande quantité et avec assez d*art ». Damas était en correspondance avec Saïda et Beyrouth.

Mais la soie n'était plus de très bonne qualité. Découragés par les charges fiscales qui les écrasaient, les sériciculteurs indigènes ne plantaient plus de mûriers ou en plantaient fort peu. On continuait d'user les anciens pieds dont les souches creuses ne donnaient plus en feuilles qu'un rendement faible et défectueux. Lorsqu'on leur parlait de planter, ils répondaient que ce serait peine perdue : le pacha en conclurait qu'ils ont de l'argent et leur en demanderait : s'ils refusaient, c'était la bastonnade ; s'ils accordaient, c'était la ruine.

Ce n'est pas la première fois qu'un impôt mal conçu ou mal réparti a tué une industrie. L'industrie syrienne ne fut pas tuée, mais elle se traîna péniblement jusqu'au premier tiers du x[x* siècle.

Si maintenant nous nous reportons à une autre partie de l'empire, nous y voyons que, depuis plusieurs siècles, Smyrne, sans rien produire elle-même, est le grand marché des soies et soieries de Perse avec l'Occident. Ces soies, venant des provinces de Ghilan et de Shirvan, au bord de la mer Caspienne, étaient centralisées à Ardebil, d'où les caravanes les transportaient à Alèp, Smyrne et

LES SOIES ET SOIERIES ii7

Constantinople. Smyrne en recevait la majeure partie. Les tzars avaient essayé de détourner ce courant par la mer Caspienne, la Volga et la Duna^ mais les Turcs mirent tout en œuvre pour conserver le transit des soies persanes. On estime que 3o.ooo balles étaient exportées chaque année de Perse en Occident.

Il n^apparait pas que depuis Tintroduction du ver à soie en Asie Mineure, les soies de Brousse, aujourd'hui si renommées, aient conquis une réputation particulière.

Les guerres incessantes qui désolèrent cette contrée depuis les premières invasions arabes jusqu'à la con* quête définitive par le^ Turcs, en 1829, arrêtèrent tout progrès. La victoire des Ottomans, si elle ne fut pas un grand succès pour l'industrie ni pour les arts, eut au moins pour résultat de rétablir la sécurité nécessaire aux relations courantes.

Dès lors^ Brousse ne cessa de produire de la soie ; ces soies étaient connues sous le nom de soies de Démirdeh (près de Brousse) et de Lefké. Il nV avait pas de filatures dans le pays ; les cocons étaient dévidés par les moyens les plus primitifs et allaient alimenter les métiers à tisser qui étaient épars dans toute la ville. Le surplus était exporté à Smyrne, en Syrie et dans l'Occident.

La prospérité de Brousse date de i845. Cette année^ la première filature à vapeur fut établie en cette ville par Tachdjan EfTendi, assisté d'un négociant suisse, M. Falckeisen, et d'un directeur français, M. Goular. L'année suivante, un autre négociant de Constantinople. M. Bélézidji, établit une seconde filature. Trois autres furent créées par des indigènes en 1847.

Les résultats furent si complets, qu'en iSSo le Gouvernement lui-même suivit l'exemple et fonda une filature à Tchimar-Dibi, près de Brousse. Trois autres furent créées la même année, et, en i855, on comptait déjà quatre-vingt-cinq filatures.

Ce fut une époque de grande prospérité. On planta partout des mûriers, et, en i855, la production des cocons ayant triplé, atteignit lechilîre de 4.f>oo.ooo kilogrammes. Ces cocons, recherchés par Tindustrie étrangère, mais disputés par les filatures locales, atteignirent le chiffre de 12 francs le kilogramme. Lexportation s'éleva à 18 millions de francs.

Mais cette prospérité même fut cause de la grave maladie qui, en i856, commença de frapper les vers à soie. Ces vers, élevés en trop grande quantité dans des espaces trop restreints, furent atteints de la c( pébrine » qui les décima pendant vingt cinq uns. La production tomba à 2 millions de kilos en 1860 et 800.000 kilos en 1870. Vainement, on importa des graines du Japon, ces graines furent elles-mêmes atteintes du mal qui avait tué les graines indigènes et, vers 1875, les paysans étaient si découragés qu'ils commencèrent à arracher leurs mûriers, sauf à détruire Tindustrie elle-même.

Ce fut un Français qui sauva la situation : ù la vérité, ce Français est une de nos gloires nationales. A force de recherches. Pasteur était arrivé, par la sélection des graines opérée au microscope, à connaître le mal, à le combattre et à le prévenir.

L'industrie française régénérée par lui vint au secours deTindustrie ottomane, et, en 1880, les premières graines françaises firent leur apparition en Turquie.

Ce fut le salut. Ces graines réussirent au delà de toute espérance. On replanta les mûriers et, onze ans plus tard, en 1891, la production des cocons frais était remontée à 3 millions et demi de kilogrammes.

Dans l'intervalle, l'industrie séricicole avait reçu un nouveau stimulant. En 1882, la Dette publique ottomane, qui venait d'être constituée, reçut en gage différents impôts et notamment la dîme sur la soie. Soucieuse d'augmenter ses revenus f mais en même temps soucieuse du

LES SOIES ET SOfRRIES

bien-être général de Tempire, la Dette publique commença, en i885, à envoyer en France des jeunes gens pour y suivre les cours de TEcole de sériciculture de Montpellier. Quand ils furent suffisamment instruits^ elle créa à Brousse, en 1888, un Institut séricicole pour introduire en Turquie le système Pasteur, enseigner aux indigènes les meilleures méthodes d'éducation et les initier aux découvertes modernes.

Cet Institut, qui fut dès l'origine dirigé par M. Turcomian, a réalisé toutes les espérances quon avait placées en lui. Après quatorze ans d'efforts ininterrompus, TAsie Mineure est arrivée à se passer des graines françaises ; elle a reconstitué la race blanche dite de Bagdad, qui avait disparu dans l'épidémie , et, après avoir satisfait aux besoins de la consommation locale, elle est aujourd'hui en situation d'exporter, et elle exporte en effet, plus de 400.000 onces par année.

Le tableau qui suit fait admirablement ressortir les progrès réalisés :

(îrninos étrangères riraines indigènes

misctf mises

à l'incubation à l'incubation

onces

onae«

la.ioS

io5.4i3 I 16.137

Graines indigènes export <*es

on ces

La dîme de la soie, suivant cette progression, est montée de 4i^-<)oo francs en 1882 à a.oSo.ooo en iHf)i). Ces chiffres se passent de commentaires, lîn mémo temps, la plantation des mûriers s*est étcn-

l.V) EXPORTATIONS DU LEVANT EN FRANCE

due ; dans le seul vilayet de Brousse, plus de 4^ millions d'arbres ont été plantés depuis dix ans ; on estime qu'ils couvriraient une superficie de plus de 60.000 hectares.

L'Institut, toujours en quête de nouveaux progrès, distribue des diplômes aux élèves qui ont prouvé la connaissance du grainage et récompense les filateurs qui ont produit la meilleure soie.

L'épidémie, qui avait atteint les graines de Brousse, atteignit également celles de Syrie ; mais le fléau ne sévit dans cette contrée que beaucoup plus tard, en 1872. Comme les éleveurs de Brousse,, les Syriens firent venir des graines de Tlnde, de la Chine et du Japon ; mais ces graines ne prospérèrent pas, et Ton finit par s'adresser à la France. Le fléau disparu, on continua de s'approvisionner dans nos départements du Midi, Var, Corse et Vaucluse^ et un peu en Italie. Quelques éleveurs essayèrent d'acclimater la race indigène, importée de Brousse, mais ils durent constater qu'elle demandait plus de nourriture que la race étrangère, que les cocons obtenus étaient de dimensions, de formes et de nuances différentes, enfin, que leur rendement était moindre en qualité et en quantité.

On évalue à 280 ou 260.000 boîtes de i once de 25 grammes, le poids des graines françaises importées en Syrie. Le prix varie de 2 fr. 5o à 6 francs suivant les années et les marques ; ce prix est payable à la récolte.

La Dette publique, en Syrie comme à Brousse, fait de louables efforts pour encourager la production soyeuse. Les propriétaires qui font de nouvelles plantations de mûriers sont exemptés pendant trois ans du payement des dîmes sur les cocons récoltés.

Mais elle ne borne pas sa sollicitude à ces seules régions. Comme on le verra plus loin, elle se préoccupe très vivement de développer la culture du mûrier dans

les vilayets intérieurs de Sivas, Angora, Diarbékir et

Mamouret-ul-Azis, où l'élevage du ver à soie promet de

donner d'heureux résultats.

Aujourd'hui la situation est la suivante :

La récolte des cocons en Asie Mineure a été pour les

années 1896 à 1900:

kilog. kilog. kilog. kilog. kilog.

iirousse . . . 5. 386. 000 4*5<k>.ooo 4*9^«ooo 8.146.000 5.i35.ooo Syrie .... S.ooo.ooo 5.64i.ooo 5.36o.ooo 5.2oo.ooo 5. 125.000

Dans la même période de temps, la production de la soie a été, comme on Ta vu:

kilog kilog. kilog. kilog. kilog.

Brous5C . . . 4i5.ooo 3i6.ooo 412.000 52o.ooo 390.000 Syrie .... 420.000 490.000 J^GS.ooo 4^6.000 449«ooo

(.1. (j, E., igoi, II* fasc. p. 162 "^

La Sériciculture et la production soyeuse en Anatolie. — Les vers à soie du vilayet de Brousse et du mutessariflik d'Ismidt, qu'en raison de leur voisinage nous réunissons dans cette étude, sont des vers de la race dite de Bagdad, qui donne de gros cocons blancs. La race jaune n^est plus cantonnée que sur quelques points. Ismidt et Panderma, et tend a disparaître. Le climat est plus favorable à la race de Bagdad.

Les graines, produites par la récolte de Tannée précédente, sont mises à Tincubation : sur le littoral, dans la première quinzaine davril, dans la plaine vers la fin du mois et dans la région élevée vers les premiers jours de mai. D'après un avis de la Dette publique paru en 1900, chaque graineur ne peut plus acheter la graine au marché : il doit la produire directement. En l'obligeant

t52 EXPORTATIOHS DU LEVANT EN FRANCE

à rélevage, on a voulu qu'il apprit à connaître les soins ti donner aux vers, pour obtenir des récoltes plus abondantes et meilleures.

Les éducateurs ont une tendance à élever plus de graines quHls ne peuvent avoir de feuilles de mûrier à leur disposition. Si la récolte du ver est trop abondante ou si la production du mûrier est insuffisante, ils en sont quittes pour jeter une partie de leurs semences.

En 1899 on a mis à l'incubation 1 5 4.000 onces indigènes et uooo onces étrangères; en 1900, 195.000 onces indigènes et seulement 100 onces étrangères. Autant dire que l'importation des graines n'existe plus dans le vilayet de Brousse, qui non seulement se suffit a luimême, mais a encore pu livrer à l'exportation 402.000 onces en 1899 et 4^8. 000 en 1900.

Naturellement, la France a peu de part dans ce commerce ; la onces en 1898 et 100 onces en 1899. Mais il ne sera peut-rêtre pas sans intérêt de savoir où vont les graines de Brousse. Si elles vont en d'autres parties de la Turquie^ nous aurons déjà un aperçu de Tindustrie soyeuse dans ces régions.

Voici donc, pour les années 1898 k 1900, le tableau des exportations de graines de vers à soie produites dans le vilavet de Brousse.

I** Dans les autres provinces ottomanes :

Andrinople Salonique .

Adana . .

Angora . .

Koniah . .

Diarbékir .

Castamoiini Alep. . .

Smvrne

!ilO

i.iao

i.4io

i.fi35

LES SOIES ET SOfERIES

lies de l'Archipol . .

lO

lOo

Syrie

Mamouret-iil-Azis . .

•la.'î

Tchataldjn

Trébizonde ....

Sivas

Autres localités (vin

Constant inople). .

«9-9aî»

Beyrouth

Janina

Total. . . .

2° Dans les pays étrangers :

Perse et Russie .

Franco . .

Grèce . .

Bulgarie .

Crète . .

Autriche .

Caiypr». .

Serbie . .

•^ÎM)

•»..7lo

Totaux. . i85.5i9 4<>2*4io 419.223

(Ih (l. il.. 1901, I, 73.'!

Les capitaux français ne sont pas étrangers a cette production. Au début de Tannée 1900, M. Lacomme, exvice-consul de France k Brousse, a fondé en cette ville un établissement de grainage, qui porte le nom de Société française pour V exploitation des graines de vers à soie de Brousse. Pour ses débuts, elle a produit, en 1900, So.ooo onces de semences.

L'éclosion du ver doit se produire en cinq ou six jours, si la graine a été bien préparée.

Quand la température est favorable, il se passe une quarantaine de jours entre la période d^éclosion et la

15'i EXPORTATIONS DU LEVANT EN FRANCE

mise à la bruvère des vers. En raison de la douceur et de la régularité du climat à cette époque de Tannée, les vers sont généralement élevés à Tair libre sur de petites branches de mûriers, qu*on sépare de leur tronc au fur et à mesure des besoins. Un ver, pendant les quatre mues qu'il doit accomplir, consomme environ 3o kilogrammes de feuilles.

Lorsqu'ils sont montés à la bruyère pour tisser leurs cocons, il se passe encore neuf jours avant que ce travail ne soit accompli. Alors on peut procéder à la cueillette.

En 1899, la récolte des cocons a produit 6. 1 46.000 kilogrammes et seulement 5.ri27.ooo en 1900, qui fut une mauvaise année ^ Le rendement moven de 1 once de graines a donc été de 44 kilogrammes de cocons en 1B99 et de 3i kilogrammes en 1900.

Une très faible partie seulement des cocons est vendue à l'étranger. Sur les (>. 146.000 kilogrammes produits en 1899, 56.769 ont été exportés et le reste réservé à la consommation locale*^. Malgré l'énorme quantité qui reste dans le pays, les filatures ne peuvent pas fqnctionner plus de cinq ù six mois par an. Il faudrait pour les entretenir que le gouvernement impérial consentit à abolir les droits de 8 pour 100 ad valorem qui frappent l'introduction des cocons étrangers. Les filateurs tireraient alors du Caucase, de la Perse et du Turkestan, tous

* Les cocons récoltés se divisent ainsi :

Brousse 4.756.000 kil. i. 137.000 kil.

Ismidt 1.390.000 — 1.390.000 —

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