V. Vernet/f
Il faut prévoir de nouveaux progrès, qu'il appartiendrait à nos compatriotes de réaliser. Ils y trouveraient honneur et profit.
A Adalia, le climat se prête merveilleusement à Tin dustrie des vers h^ soie ; malheureusement les éleveurs sont ignorants et arriérés, en sorte que la production est faible.
Le marché est alimenté par des graines de France, de Brousse et d'Italie. En 1900, on a reçu ii4o boites de France et 1800 de Brousse; en 1901, 1600 de France, iioo de Brousse et 100 d'Italie. Les paysans font aussi un peu de grainage. (B. c. C, juin 1901, p. 994.)
L^éclosion a lieu fin mars et la récolte est complètement terminée fin mai.
En igoo, on a récolté aS.ooo kilogrammes de cocons frais. Ces cocons sont en partie exportés :ils s'en vdnt à Marseille, via Beyrouth. En 1899, on en a exporté 8.3oo kilogrammes d'une valeur de 4^6.000 francs. (B.C.C.,
Les cocons restant dans le pays sont filés par des filatures indigènes, encore très primitives^ et que Ton nomme des manzirliks.
Il n'est pas douteux que la province d'Adalia ne soit appelée au plus bel avenir.
Antres régions. — Nous avons réparti en deux grandes divisions : Brousse et la Syrie^ le mouvement général du commerce des soies dans le Levant. Mais la production de la soie n'est pas localisée à ces seules régions. Le mûrier se rencontre ailleurs et Télevage du ver à soie est pratiqué en d'autres contrées. Seulement, en ces contrées, la production de la soie est si faible ou les communications avec l'étranger sont si difficiles, qu'il n'y a, pour ainsi dire, pas de commerce des soies : elles sont consommées sur place.
Mais, lorsque les chemins de fer se seront développés, il n'est pas douteux que les efforts tentés par la Dette publique pour propager dans l'Empire la plantation du mûrier seront couronnés de succès, et que de nouveaux marchés de la soie se créeront en de nouveaux pays. Brousse et Beyrouth conserveront sans doute leur prépondérance; mais les provinces éloignées de la côte auront leur vie propre et pour ainsi dire leur autonomie séricicole.
Smyrne. — H y a quarante ans, l'éducation des vers à soie était assez prospère dans le vilayet de Smyrne. La production annuelle atteignait près de 400.000 kilogrammes de cocons. Quand la maladie des vers atteignit
rOrient, rindustrie des soies fut gravement atteinte. En 1870, elle ne produisit plus que So.ooo kilogrammes. Les paysans découragés arrachèrent leurs mûriers, et les filatures qui produisaient de 25 à 3o.ooo kilogrammes de soie fermèrent leurs établissements.
LHndustrie ne s'est pas encore relevée. Quelques paysans continuent d'élever des vers, mais^ comme les soins sont très primitifs, la race a dégénéré et la production est très faible. On estime pourtant à 3o.ooo kilogrammes le rendement des cocons ; la majeure partie est filée sur place, en sorte que l'exportation s'élève à 10 ou 1 5.000 kilogrammes. Ces cocons vont presque tous à Marseille ; ils valent de 9 francs à 9 fr. 5o le kilogramme de soie pure.
Rhodes. — Le mûrier pousse bien à Rhodes, mais la faible étendue de File limite nécessairement la production. En 1897, cette île a exporté pour la France et Beyrouth i4*ooo kilogrammes de cocons d'une valeur de 100.000 francs. En 1899 elle en a exporté pour aoo.ooo francs.
Chypre. — Chypre ne fait plus partie de l'Empire ottoman^ mais la domination anglaise a plutôt été favorable à son développement séricicole. En 1896, elle a exporté pour 333. 35o francs de cocons et en 1897 pour 328.625 francs. On sait déjà que Beyrouth, et par suite la France, participent à la majeure partie de ce mouvement. Il n'est exporté qu'une quantité insignifiante de soie et tissus de soie : 5.700 francs en 1896 et i4*325 en
Sivas. — De même qu'à Smyrne, la sériciculture était autrefois très florissante dans le vilayet de Sivas et plus spécialement dans les sandjaks d'Amasia et de Tokat. Avant l'épidémie, elle produisait une moyenne de 7 à 800.000 kilogrammes de cocons frais par an. Avec la maladie, elle tomba à 3o.ooo kilogrammes en 1887, mais
rintroduction de Télevage, diaprés le système Pasteur, a relevé très vite la sériciculture, et déjà, en 1890, la production atteignait 80.000 kilogrammes. Elle n'a fait qu'augmenter depuis cette époque.
En 1898, le vilayet de Sivasa exporté pour 181.000 francs de soie en cocons et en 1900 pour 3 18.000 francs. En 1900, la production d'Amasia a été de 128.000 kilogrammes de cocons frais Bagdad et Japon. (B, c. C, sept. 1901, p. 475.)
La presque totalité de ces exportations est dirigée en parties égales vers la France et Tltalie. L'opération se fait par le port de Samsoun, qui a envoyé en France, en 1899, ^^'^^^ kilogrammes de soies en cocons, valant 298.000 francs. En 1900, la part de la France a été de 28 tonnes : 262.000 francs. (B. C, C, igoi, 1, 471.)
La majeure partie des cocons reste dans le pays, où ils servent à la consommation locale, leurs fils entrent pour une notable part dans la confection des tissus de coton, nommés douloaksj qui font vivre une partie de la population de Tokat, d'Amasia et de Merzifoun.
Dans ce renouveau de la sériciculture, Amasia est devenu un centre de grainage, qui expédie de notables quantités de semences en Russie.
Anffora, — * Nous ignorons l'importance de la sériciculture dans le vilayet d'Angora ; nous ne voyons nulle part qu*il soit question d'exportation de cocons ni de soie grège.
Mais on sait qu'une partie des tapis de Césarée sont en soie avec trame en coton, et nous avons vu que l'Institut séricicole de Brousse exporte déjà une quantité appréciable de semences dans ce vilayet.
Diarbékir. — Le vilayet de Diarbékir parait devoir se prêter d'une façon toute particulière a la culture du mûrier et à 1 élevage du ver à soie. Malheureusement, comme ce vilayet est fort éloigné de la mer, et que le
transport des cocons est assez délicat, la production, réduite aux besoins de la consommation locale, ne peut guère se développer.
Nous lisons, dans Vital Guinet, qu'en 1890 ce vilayet a produit dans les sandjaks de Diarbékir et d'Arghana Si.ooo kilos de cocons, dont 44*^70 dans le sandjak de Diarbékir et le surplus dans le district d'Argkana. Cette quantité a été intégralement consommée surplace.
Aujourd'hui encore, l'exportation est impossible; les cocons de Diarbékir ne vont à la côte que sous forme de déchets. En 1899, Télevage des vers à soie a donné pour l'exportation 1200 kilogrammes de déchets valant 33.600 francs et produit pour la consommation locale 10.975 kilogrammes de soie, qui ont été tissés sur place. Le port d'expédition est Alexandrette.
L'exportation était toute à destination de Lyon *.
{M. 0. C, xgoi, 4 avril.)
Csist&mounL — Avant la maladie des vers à soie, le vilayet de Castamouni comptait parmi les premiers marchés de la production de la soie ; cette production n'a pas complètement disparu avec l'épidémie, mais elle a été très réduite. Depuis une douzaine d'années, les paysans, encouragés par l'administration de la Dette publique, se sont mis à replanter des mûriers, et tout fait espérer que, dans un avenir très rapproché, le vilayet de Castamouni et plus particulièrement le caza de Zafranboli seront redevenus d'importants centres de production.
Mamouret'Ul'Azis, — La soie est en progrès constant. En 1900, on a obtenu 81.000 kilogrammes de cocons frais valant an. 000 francs, et l'on espérait en obtenir 200.000 en 1901.
i En altendant que des voies ferrées transforment cette partie de TAsie Mineure, il serait dès aujourd'hui possible aux producteurs de cocons de s'ouvrir les marchés extérieurs, en essayant le séchage et remballage de leurs cocons. On peut ainsi les transporter fort loin.
Les cocons qui sont exportés vont tous en France, via Samsoun ou Alexandrette ; mais la majeure partie reste dans le pays où ils sont filés et tissés. Très récemment, un Arménien ayant appris ce qui se pratiquait en Europe, a créé à Mezreh une manufacture à tissage mécanique. Il est arrivé avec beaucoup d'art à reproduire les modèles lyonnais et à en créer de nouveaux. Il tisse pour environ iiS.ooo francs d'étoffes par an. Chaque pièce mesure 6 m. 76 de longueur sur 49 ou 5 1 centimètres de largeur. Il y en a de tous les prix, à partir de 5 fr. 3o le mètre carré; l'étoffe la plus en faveur se vend 10 fr. 3o.
En dehors de cette manufacture, on fabrique encore à Kharpout, à une heure de Mezreh, quelques soieries dont la valeur totale ne dépasse pas 2 5. 000 francs. (M. 0. c,
i3 juin 1901.}
MossouL — 11 y a une quinzaine d'années, on a essayé d'introduire le ver à soie dans les environs de Mossoul ; l'entreprise n'a pas réussi. Cependant, dans le Tiari^ pays presque inaccessible, aune dizaine de jours de Mossoul, on fait rélevage du ver à soie, mais sur une petite échelle. La production est dirigée sur Alep.
Bagdad. — • Bagdad est la seule ville de l'Irak qui soit apte à la plantation du mûrier, mais on n'a encore rien entrepris.
§ 2. Les Soieries^
quint. fr. quint. fr.
^ A reffet d'introduire plus de ciartc dans la composition, nous supprimons désormais dans les tableaux les différentes mentions de
fr. 1
Tissus de soiep u re
Unis, écrus, pongée,
corah, etc
Unis, ccrus, autres .
Unis, en couleur autre
que le noir ....
Tissus de soie mélangée
D'or ou d'argent faux 47 D'autres matièresjunis 3^
Gaze et crêpes de soie
Tissus de bourre de
soie mélangée. . . Ch) 75
Tissus de bouri*ette
pour ameublement 4^ »
fr. le kilog.
angée
aa.8
Passementerie
D'or ou d'argent fin .
— faux
De soie pure ....
-^ mélangée
Broderies à la main ou
k la mécanique . .
6 ii3.()
commerce générait commerce spécial dévaluation: nous réduisons de même au premier chifTre de la centaine les valeurs exprimées.
Mais il est bien entendu que, dans le premier tableau qui résume les opérations commerciales depuis 1896 et parfois depuis 1866, les deux premières colonnes se réfèrent au commerce général et les deux autres au commerce spécial. Dans le détail des opérations de 1900, la première colonne indique le taux des évaluations, les deux suivantes celles du commerce général et les deux dernières celles du commerce spécial.
Les valeurs devront se lire de la* façon suivante :
Francs 291.5 == 291.500 francs.
Lorequ'ii s^agit de chiffres aussi importants, les dizaines et les unités n'ont aucune valeur, d'autant plus que personne ne peut garantir leur exactitude absolue. On pouiTait môme ne pas tenir compte des centaines.
Exportation par navires français 67
— terre 1
La très grande majorité des soieries fabriquées en Turquie d'Asie est consommée dans le pays même ou exportée dans les pays voisins : Egypte et Perse. Une très faible quantité est expédiée dans les Etats chrétiens et dans le reste du monde. Ces étoffes ont, en effets pour la plupart, une destination spéciale, qui les rend impropres à tout usage dans les pays étrangers, où elles n'entrent qu'à titre de curiosité et pour enrichir des collections. Elles sont achetées par des touristes plutôt que par le commerce lui-même.
La France, en 1900, en a acheté pour 210.000 francs, ce qui est un chiffre anormal ; la moyenne de nos acquisitions annuelles ne dépasse pas So.ooo francs.
Les soieries du Levant sont encore fabriquées d'après les procédés primitifs ; les métiers anciens n'ont subi aucun perfectionnement; les soies employées sont de simples soies écrues, très souples, il est vrai, mais d'une consistance moindre que si elles avaient passé au mouli-nage. Néanmoins^ les étoffes de soie sont très appréciées dans le Levant.
Chaque région a ses étoffes particulières ; toutes sont plus ou moins mélangés de laine ou de coton.
Les soieries de Brousse et de Biredjik ont l'avantage de pouvoir se laver sans que la couleur se ternisse. Elles sont consommées presque intégralement en Asie Mineure ou à Constantinople. Parmi les tissus fabriqués en ces deux villes, il convient de citer :
Les tissus de soie pure ;
Les tissus de soie et coton pour habillement ;
Les linges pour bains dits pechtimal, faits en coton bleu ou blanc, avec des bandes de soie rouges ou jaunes;
Des velours analogues à ceux d*Utrecht, mais plus solides.
Des tissus de soie transparents, lamés d'or et d'argent.
Toutefois, les tissus qui jouissent de la plus grande renommée sont ceux de Syrie : Alep, Homs, Hama et Damas.
Il y a a Alep de 7 à 8000 métiers. Bien que tissées à la main, les étoiles d^Alep ne coûtent pas plus cher que les étoffes d'Europe et sont beaucoup plus solides. Cependant l'industrie d'Alep se maintient difficilement ; l'industrie européenne ou asiatique lui fait une dure concurrence. On connaît ces tissus d'Alep : ce sont des brocarts d'or et d'argent, des soies et cotons damassés, des mousselines et des gazes imprimées en vives couleurs, des étoffes rayées de soie, lamées d'or et ornées de broderies.
Leurs principales variétés sont :
I** Les tissus de coton à fond uni et à ravures de couleurs vives appelées ghazliés par les Arabes et aladjas par les Turcs ;
2® Les ghazUwaharir, dont les rayures en soie les différencient des précédentes ;
3* Les tchitara^ étoffes moirées dont la trame est en coton et la chaîne en soie ; quand elles sont sans rayures on les nomme kezzis,
4^ Enfin les satins, unis ou brochés, et les damassés.
Elles se vendent dans toute l'Anatolie, en Arménie, à Constantinople, en Egypte, très peu en Europe. Leur exportation peut être évaluée à 4 millions de francs.
(M. 0, Cs 1899, J20 avril; B. C. C, 1899, p. 283.)
Les soieries d*Homs et d'Hama sont plus renommées encore.
Hama est l'une des villes les plus agréables de l'Orient. L'Oronte la traverse au milieu de jardins ornés de kiosques aux colonnettes gracieuses et de fontaines aux eaux jaillissantes. Les maisons, tapissées de jasmin et
de glycine, offrent à l'intérieur le luxe le plus confortable. Hama est la résidence préférée des riches musulmans retirés des affaires. Elle emploie pour la confection de ses soieries 700 métiers et près de 5 000 ouvriers.
Homs, également sur TOronte, est à 5o kilomètres au sud d'Hama, auquel la relie une grande route carrossable. Son séjour est peut-être moins enchanteur que celui de sa rivale, mais le mouvement des affaires est plus considérable. On compte à Homs environ 4ooo métiers et 28.000 ouvriers. Homs est reliée par une route à Lattaquieh et à Tripoli.
Le chiffre d'affaires d'Homs et d'Hama peut être évalué à 12 millions de francs. Les meilleurs articles sont
consommés sur place. (V. Vital Cuinet, la Syrie, p. 412.)
Les tissus de Damas ne jouissent pas d'un moindre crédit. M. Habib Donato, dans le travail déjà cité, nous donne un relevé de leur qualité et de leur valeur. Nous reproduisons intégralement cette partie de son travail.
 la fin de Tannée 1889, on comptait à Damas :
600 métiers de l'étoffe dite aladja^ pour habillement, chaîne soie, trame coton, longueur de la pièce de mètres 5,5o à 6,5o, largeur de l'étoffe de 5o à Sa centimètres, production annuelle iSo.ooo pièces du prix de 6 à 20 francs, prix moyen 12 francs, fr. 1.800.000
10 pour 100 de cette étoffe se vend à Damas ; 1 5 pour 1 00 en Palestine ; 6 pour 100 à Constantinople et en Anatolie ; 10 pour 100 à Bagdad, et 5 pour 100 en Egypte.
700 métiers de tissus dit coutnys pour habillement et ameublement, chaîne coton, trame soie, longueur des pièces de 4,So ^ 6 mètres, largeur 65 à 70 centimètres, fabrication annuelle 200.000 pièces du prix de 8 à 25 francs la pièce, prix moyen