‹ Le commerce français dans le LevantChapitre 51 sur 132 · fr · texte numérisé non relu

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au lieu de 9.354.000 francs.

G^est une perte, ou plutôt c'est un écart de 4. 924*488 francs, avec les chiffres officiels ; c'est une diminution de pareille sonune à effectuer sur les importations ottomanes en France et sur l'ensemble de notre mouvement commercial avec la Turquie.

Quoi qu'il en soit, la France et l'Italie reçoivent ensemble plus de la moitié de l'exportation de la Turquie. Notre

commerce se difTérencie toutefois du commerce italien par la nature des vins importés. Nous n'achetons guère comme vins de coupage que les bons vins blancs, qui par leur qualité, peuvent plus facilement supporter les droits de douanes. Lorsque ces droits étaient moins élevés, les vins de Turquie qui, en raison de leur richesse en alcool, n*ont point leurs similaires en France, étaient l'objet d'une véritable industrie en vue de la réexportation. Cette industrie a beaucoup souffert de Tappiication des droits protecteurs et notre commerce d'exportation, loin d'augmenter, a plutôt diminué. Plusieurs marchés que nous occupions ont été accaparés par l'Italie.

Les meilleurs vignobles de l'Empire ottoman se trouvent en Turquie d'Europe. Citons ceux de Niaousta dans le vilayet de Salonique et ceux de Myriofito, Soufflé, Kirkilissé et Epivatis dans le vilayet d'Andrinople. Ces derniers donnent de bons vins de coupages, très chargés en alcool, que la France recherche entre tous et achète concurremment avec l'Italie et rAutriche. Les plus estimés sont ceux de Myrioiito, qui sont des vins rouges.

En Turquie d^Asie, il n'est guère que les vilayets de l'Euphrate où Ton ne trouve pas de vignes; mais presque partout le raisin est consommé sur place ou sert à fabriquer des boissons cuites et non fermentées, telles que le pekmez^ qui tiennent lieu de sucre pour les habitants. Le vin n'est fabriqué que dans les régions où la proximité de la mer permet un écoulement facile : les bords de la mer de Marmara, les vilayets de Brousse et de Smyrne, les îles de l'archipel et la Syrie. On en fabrique encore en Arménie, où toute la population n'est pas musulmane.

Brousse. — Dans le golfe d'Ismidt, le seul vignoble important est celui de Daridja, qui donne des vins douceâtres, d'une assez belle couleur^ titrant i3 degrés. La France en importait autrefois une certaine quantité.

coupés avec les vins de Myriofito ; cette exportation n'existe plus. Le vignoble de Daridja a été en grande partie détruit par le phylloxéra.

En suivant la côte, nous trouvons dans la presqu^île de Cyzique les vins blancs d^Artaki, et, en face, dans rîle de Pacha-Liman, les vins du même nom, qui sont d'assez bons vins de table, entièrement consommés à Constantinople. La production moyenne de Pacha- Liman est de 5.000 hectolitres et celle d'Artaki de i5 à ao.ooo.

Dans l'intérieur du pays, une mention spéciale doit être faite pour les vins du mont Olympe, qui sont des vins blancs et roses, d'un goût délicat et d'une limpidité parfaite ; mais la production ne s'élève pas à plus de looo hectolitres par an.

Les autres vignobles répandus dans les sandjaks d'Erthogroul, de Kutahia et de Kara-Hissar, donnent des vins rouges absolument imbuvables et quelques vins blancs, plus estimés, qu'on plâtre cependant pour les clarifier, et que Ton expédie à l'étranger. La Russie en reçoit une certaine quantité qu'elle transforme en vins du Rhin.

On estime que le vilayet de Brousse produit environ 5o millions de kilogrammes de raisins. Un tiers à peine est converti en vin. Un autre tiers est consommé en fruits frais; parmi ces derniers, le tchaouch et le raisin de Filandar, qui tous deux sont blancs, donnent une sorte de chasselas, dont les grappes sont toutefois plus volumineuses et les grains plus gros que ce dernier produit. La saveur est la même. Le surplus est converti en raisins secs^ en pekmes^ sorte de mélasse épaisse qu'on obtient en faisant cuire le raisin et en une sorte d'eau-de-vie blanche, nommée raki^ qui prend le nom de mastic, lorsqu'on la parfume avec la gomme résine du lentisque.

Si de l'intérieur nous revenons à la côte^ nous trouvons,

non plus dans le vilayet de Brousse, mais dans la province voisine deBigha,les vignobles presque contigus des Dardanelles et de Lampsaque, sur les coteaux qui domi* nent la fameuse plaine de Troie. Les vins de Troade sont faibles en couleur, mais riches en alcool ; ils titrent de i5 à i6 degrés.

Mételin, — L'île de Mételin, qui, dans l'antiquité, produisait le fameux vin de Lesbos, ne donne plus aujourd'hui que des produits secondaires ; seulement la quantité supplée à la qualité. Mételin ne donne pas moins de i5 à 17.000 hectolitres de vin; on a vu plus haut l'importance de son exportation.

Smyrne. — Brousse et Mételin ne représentent en somme qu'un faible mouvement commercial ; il faut arriver à Smyrne pour trouver des centres d'une grande production.

On cultive, en effet, la vigne dans toute l'étendue de la province, et cette culture est pour tout le pays la principale source de richesse.

La culture de la vigne se fait, soit en vue de la préparation des raisins secs, soit en vue de la fabrication du vin. Jusqu'à ces dernières années^ la préparation des raisins secs était l'industrie dominante ; voici que la fabrication du vin tend à prendre une place prépondérante.

Le commerce local divise la récolte en deux catégories : les sultanines et les raisins à boisson.

Les sultanines sont des raisins muscats dorés, à petits grains compacts, sans pépins, pesant parfois jusqu'à 'A kilogrammes. Ils viennent des districts de Vourla, de Carabournou et de Magnésie (du Sipyle), mûrissent avant tous les autres et, comme primeur, se vendent surtout comme raisins de table. Le surplus est converti en raisin sec, égrappé et exporté pour les besoins de la pâtisserie : les plum-puddings anglais sont faits avec

des sultanines. Aucune quantité n'entre dans la fabrication du vin.

Les raisins à boisson sont tous des raisins rouges. M. Rougon les subdivise, d*après les usages du commerce, en plusieurs espèces et donne les localités de provenance :

Raisins noirs petits grains sur rafles, — Origine : Thyra, Baïndir et environs, Smyrne, Nymphie, Magnésie, Kirkagadj, Akhissar, Eudémich, Aïdin, Sevké, Echelle-Neuve, Mandaglia,Milas,Tzal, (xuneh, Demirdji, Ghiordès.

Raisins noirs (jros grains dé raflés, — Origine : Tchesmé, Fotcha, Samos, Ërikara, Carabournou.

Raisins gros grains sur rafles, — Origine: Samos.

Raisins rouges ou rosakis, gros grains avec rafles ou déraflés, — Origine : Vourla, Tchesmé, Adramit.

Raisins rouges grains demi-gros sur rafles. — Origine : Beylerdji.

Raisins rouges petits grains sur rafles, — Origine : Samos muscat.

Il y a dix ans encore, les raisins de qualité inférieure, particulièrement les raisins noirs, étaient seuls employés pour la fabrication du vin; les autres étaient convertis en raisins secs. Cette préparation du vin était très rudimentaire. Les raisins étaient foulés aux pieds et jetés, avec une légère addition de plâtre, dans un tonneau où s'opérait la fermentation. Au bout d'une quinzaine de jours, le vin était tiré et mis en baril. Le marc était utilisé pour la fabrication du mastic.

Le vin servait pour les coupages; il titrait de 12 à i5 degrés d'alcool.

On fabrique encore le vin de la même façon dans la plupart des contrées ; seulement les Européens ont introduit certaines améliorations, qui ont considérablement accru la production et l'exportation du vin.

En 1884, une Société allemande a creusé, à Smyrne même, des caves dans le roc et a entrepris dans des conditions nouvelles la fabrication du vin. Les résultats ont été immédiats ; le vin de la Société est de bonne qualité, mais il est tout entier exporté en Allemagne.

Lorsque nos droits protecteurs ont été établis, on ne fabriquait à Smyrne que très peu de vins de raisins sec? ; on exportait surtout du vin de liqueur venant des îles. L'industrie des vins de raisins secs a pris aussitôt un grand développement ; c'était pour les Levantins un moyen d'utiliser leurs raisins, dont nos tarifs rendaient récoulement plus difficile.

Ces vins sont mutés à Talcool, c'est-à-dire qu'on arrête dès le début leur fermentation en les additionnant d'alcool, pour empêcher le sucre de se transformer en alcool. Ainsi on conserve aux vins les qualités de douceur, qui les prédisposent naturellement à être transformés en vins de liqueur. Par l'évaporation de l'eau contenue dans le vin, on peut obtenir une matière presque pâteuse, qui se prête à des transformations ultérieures. Homère parle quelque part, dans ïlliadej d'une sorte de vin en tablettes, qui n'est autre que le vin muté ou la mistelle dans les temps préhistoriques.

C'est une question controversée de savoir si les mistelles doivent être considérées comme vins naturels ou comme vins de liqueur. Lorsqu'à l'arrivée en France une mistelle est déclarée comme vin de liqueur, elle peut aller directement à la consommation^ car elle constitue un breuvage susceptible d'être immédiatement consommé. Lorsqu'au contraire elle est déclarée comme mistelle, elle ne peut aller que dans les entrepôts de fabrication, car elle p&rticipeà la fabrication des vins de liqueur et elle est soumise à des conditions de régie différentes de celles des vins livrés immédiatement à la con-

sommation. En général, les mistelles introduites en France sont déclarées comme vins de liqueur.

En réalité, elles servent à la préparation de ces vins. Dans un intérêt de protection nationale et surtout algérienne *, les Chambres françaises viennent de voter des droits presque prohibitifs sur les mistelles étrangères; on n'a peut-être pas suffisamment réfléchi que les mistelles algériennes n'ont ni le corps, ni le montant, ni le parfum des mistelles turques, et qu'elles n'ont pas toutes les qualités nécessaires pour entrer dans la préparation de nos vermouths et de nos vins de liqueur, dont elles sont l'adjuvant indispensable. Cette industrie se trouvera atteinte.

Les mistelles turques sont mutées à i5 pour loo avec de l'alcool provenant de Trieste et vendues à divers degrés de liqueur, 5 à lo degrés en général. Elles sont fabriquées avec des raisins secs de qualité inférieure qui valent de loà 12 francs les i oo kilogrammes ; la mistelle ellemême ne vaut pas plus de i8 à 20 francs l'hectolitre. La Dette publique perçoit sur elle un droit spécial, calculé non sur la quantité du liquide, mais d'après le degré de liqueur du moût, en prenant comme base le poids des raisins secs employés. D'après un tableau, ces raisins doivent produire par quantité de 5o kilogrammes un nombre de litres déterminé suivant le degré de sucre du moût correspondant au degré d'alcool. 56 kilogrammes de raisins secs en fermentation payant 2 fr. 60, ce chiffre sert de base pour l'impôt sur les vins. (B. c. c, janvier 1900,

Sur la place de Smyrne, le prix de ces vins varie suivant les degrés de sucre et d'alcool. A 5 degrés de sucre muté, et i5 degrés d'alcool, ils se vendent habituelle-

^ Sut* les 2.483.157 heclolilres împorlés de Tunisie et d'Algérie en igoo, 4.372.638 hectolitres sont des vins ordinaires el 110.499 ^^^ vins de liqueur.

ment 22 fr. 5o Thectolitre ; le prix augmente de o fr. 5o par degré de sucre en plus. Le degré de sucre ne dépasse jamais i5.

Les vins de Smyrne servent à faire des Porto, Xérès, Malaga, Madère, Banyuls, tous les vins sucrés en général et les apéritifs à base de vin doux. En Italie, ils servent presque exclusivement à faire les vermouths de Turin.

Les vins de Smyrne rencontrent une concurrence redoutable dans les vins similaires de Grèce, qui sont fabriqués dans des conditions moins onéreuses. Le gouvernement hellène affranchit en effet de tout droit les alcools qui sont importés pour la fabrication des vins ; le gouvernement turc, moins libéral, frappe au .contraire d'un droit tous les alcools qui entrent dans TEmpire.

Marseille et Cette sont les deux ports de France qui importent le plus des vins de Turquie.

On vante parfois Téloquence des chiffres ; en est-il de plus satisfaisante que celle-ci? M. Rougon nous dit qu'en 1889 Smyrne avait exporté 12.674 hectolitres. On a vu plus haut qu'en 1896 on pouvait déjà en exporter 43.578 hectolitres et que cette exportation était montée à 64.419 hectolitres en 1899.

Sur ces 64.419 hectolitres, la France en a reçu 24.469, tandis que l'Italie en recevait 24.597, l'Allemagne, 6995, et l'Autriche-Hongrie, 4760. Comme valeur, l'Italie en a acheté pour 325. 000 francs, et la France 225.000 ; l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie suivent avec un chiffre total de 1 55. 000 francs. Il faut toutefois n'accepter ces derniers chiffres que sous bénéfice d'inventaire ; ils sont de provenance ottomanç. (M.o.c,

16 mai 1901.)

Le vote de notre Parlement paralysera sans doute et détruira peut-être ce commerce avec la Fraijce. D'après la loi nouvelle, les mistelles étrangères doivent acquitter à leur entrée dans notre pays le droit sur l'alcool pur

et le droit sur le moût de raisin frais, calculé sur le degré aréométrique que posséderait ce produit privé d'alcool. Or, les droits de douane sont ainsi fixés par la loi du 29 décembre 1900 :

Au tarif général

Jusqu'à i3°5 : 3o francs par hectolitre de liquide.

Au-dessus de i3«»5, c'est-à-dire vins de 14 degrés et au-dessus : aao francs par hectolitre d'alcool pur sur leur force alcoolique totale.

Au tarif minimum.

Jusqu'à 605 : i5 francs par hectolitre de liquide.

Au-dessus de (>°5, c'est-à-dire vins de 7 degrés et au-dessus : 220 francs par hectolitre d'alcool pur sur leur force alcoolique totale.

Les vins de l* Archipel, — La majeure partie des produits des lies venant à Smjrne pour être réexportés, le commerce des vins de TArchipel ne se distingue pas toujours du commerce de Smyrne. Cependant les vins de l'Archipel ont leur nature propre et pour ainsi dire leur personnalité.

Les vins de Ténédos sont les plus riches en alcool qu'il y ait au monde ; ils atteignent de 17 a 18 degrés ; par contre, ils sont très pauvres en couleur et peu susceptibles d'exportation.

On connaît la réputation des muscats de Samos. Cette île, dont la superficie n'est que de 468 kilomètres carrés, consacre 3o.5oo hectares à la culture de la vigne, dont 9000 dans le district de Vathy , 1 1 .000 dans celui de Khora, 8000 dans celui de Karlovassi et 25oo dans celui de Morathocampo.

Les vins de Samos s'obtiennent en laissant mûrir le raisin sur le cep jusqu*à ce qu'il soit déjà un peu cuit par le soleil. Ils se classent en muscats doux, muscats secs ou rombolas, vins rouges et vins résineux. La pro* duction totale de ces différents crus est de 45 à So.ooo hec-

tolitres ; mais, comme il arrive pour tous les crus fameux, beaucoup de vins des iles voisines viennent à Samos chercher une naturalisation fructueuse, et, travaillés avec les vins de la place elle-même, paraissent en augmenter la production véritable. C'est ainsi qu'en 1900 Samos a pu exporter, pour Tltalie, 20.400 hectolitres de vins et, pour la France, 3 5. 000 hectolitres, rien que par le port de Cette. En réalité, cette importation a dû s'élever, pour la France, à So.ooo hectolitres.

Les vrais muscats vont surtout en Europe ; ils se vendent sur place de 25 à 3o francs Thectolitre ; les meilleurs crus sont ceux de Vathy. Les vins rouges vont en Turquie.

Après la fabrication du vin, il reste encore pour l'exportation 5o à 55.000 quintaux turcs de raisins secs, muscats et noirs.

Le commerce des vins de Samos avec la France est, comme celui des mistelles, très compromis par le vote récent de notre Parlement.

Les vins deChio, si célèbres dans Tantiquité, ne sont plus appréciés que par les habitants de cette ile. Ils sont produits par les coteaux du nord-ouest de Tile adossés au mont Ilias. Une très grande partie est exportée à Samos ; une autre partie sert à fabriquer Teau-de-vie indigène, nommée mastic.

Citons pour mémoire les vignobles peu importants et très inférieurs de Lemnos et de Rhodes.

La Syrie. — Après Smyrne, la Syrie est la province qui produit le plus de vin, et, comme à Smyrne, l'importance de la production augmente chaque année.

A part le Hauran, toutes les parties de cette province possèdent des vignobles plus ou moins étendus. Aux environs de Damas, la vigne est plantée sur des terrains arrosables que Ton irrigue deux fois par an ; partout ailleurs, elle pousse dans des terrains secs.

Comme à Smjrne, il y a le raisin blanc, le raisin rouge et le raisin noir. Les uns et les autres se vendent d^abord à Tétat frais ; le reste sert à fabriquer du vin, des rai* sins secs, du pekmez et du raki,

La fabrication du vin laisse beaucoup à désirer. Les vins de Syrie sont lourds et pâteux ; ils sont par contre riches en alcool. -— i4 à i6 degrés, dans les terrains irrigués, Il k i'2 degrés dans les terrains secs. Les meilleurs vins ou, si Ton préfère, les moins mauvais sont ceux de la plaine de laBekâa, qui jouissent d'une certaine réputation. Ces vins, travaillés d'après la méthode française, appartiennent en majeure partie aux Jésuites et à une autre maison française, les (ils de François Brun. La production de la Bekâa serait, en moyenne, de 4ooo hectolitres, dont 25oo sont consommés sur place et le reste est exporté.

Les colonies juives et allemandes établies en Palestine se livrent depuis quelques années avec succès à la production du vin. La colonie juive de Richon-le-Sion a à sa disposition un matériel perfectionné et de grandes caves à température constante, où Ton comptait en 1900 So.ooo hectolitres de vin. La colonie allemande est établie à Sarona, près de JafFa, et produit des vins assez délicats, qui ne sont pas encore entrés dans la consommation. (M. 0. C, 6 juin 1901.)

En 1899, JafFa a exporté pour i . iSy.ooo francs de vins et eaux-de-vie, dont 70.000 francs pour la France. Les autres pays sont :

Allemagne 633. 000 fr.

Turquie et Egypte a55.ooo —

Autriche i35.ooo —

Russie 43.o<^o —

Angleterre 17.000 —

Belgique 4.000 —

Autres régions, — En dehors des vins de Brousse, de âmyrne et de Syrie, la Turquie d'Asie produit d'autres vins qui jouiraient peut-être d'une certaine réputation, s'ils étaient exportés. Mais leur éloignement de la mer pend tout transport impossible. Ce sont les vins de Diarbékir, Mardin, Séverek, Bitlis, Van et Erzeroum. Mais lorsque les voies ferrées traverseront ces régions fertiles et tempérées, on peut être certain que ces vins trouveront un facile écoulement. Les personnes qui n'aiment pas les vins doux, vaguement écœurants, les préféreront à ceux de la côte.

.^ 2. Les Eaux-de-vie.

Si les Musulmans ne consomment pas beaucoup de vin, ils absorbent au contraire une grande quantité de raAi, qui est en principe de l'eau-de-vie de marc, additionnée d*anis et de mastic, mais qui, dans la plupart des cas, est à base d'alcool pur.

L'anis et le hiastic combinés communiquent au raki un goût particulier qui n'est pas désagréable. Comme le goût de mastic prédomine, on donne souvent à Teau-devie le nom même de mastic^ qui est une plante résineuse fort répandue dans l'île de Chio. Dans cette île, une vingtaine de villages dits villages à mastic (mastico" chori) se livrent à la culture de ce lentisque.

L'Etat possédait jadis le monopole de cette culture qui lui donnait un revenu considérable. Les individus chargés de la récolte étaient exempts d'impôts et de corvées, mais aussi quels soins ne devaient-ils pas apporter dans leur mission ! Il fallait aplanir et balayer le sol sous l'arbre et recueillir le mastic avec des pinces. Les premières qualités étaient envoyées au sérail, où les femmes le mâchaient pour se blanchir les dents et donner à leur

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baleine une odeur aromatique. Il se vendait alors i<8 francs lel kilogramme.

Aujourd'hui, la récolte est libre, mais le prix a diminué.

Les cognacs et les liqueurs introduits en Turquie ont réduit l'usage du raki dont les prix ont baissé ; le mastic, moins employé, a dû suivre le mouvement ; il ne vaut plus guère aujourd'hui que i3 francs le kilogramme.

On évalue Texportation annuelle de Tîle de Chio à loo.ooo kilogrammes.

Le mastic est encore employé en médecine et dans les arts.

Le raki, lorsqu'il est bien distillé, vaut les meilleurs cognacs importés par la Grèce. Mais les distillations sont, en général, très rudimentaires.

Parfois, on remplace Tanis par les graines de fenouil et le mastic par une résine américaine. On obtient alors des rakis tout à fait inférieurs.

Un litre d'alcool à 90 degrés sert à faire 3 litres de raki, dont le poids alcoolique est de 25 à 3o degrés. Comme Talcool est extrêmement bon marché — 35 francs les 100 kilogrammes — le meilleur raki peut se vendre au détail i fr. 3o le kilogramme, tandis que les qualités inférieures* descendent jusqu'à 60 et 5o centimes. Dans les brasseries de Constantinople, un verre de raki se vend trois sous et, dans les bars, un sou seulement.

En 1889, la production totale du raki en Turquie aurait été de 10.740.000 kilogrammes et, en 1893, de i5 millions.

On estime que ces 1 5 millions de kilogrammes ont été obtenus :

i3 millions avec de l'eau- de- vie de marc et de l'alcool.

2 millions avec de l'eau-de-vie provenant de la distillation des raisins secs, des prunes, des dattes et d'autres fruits. (B, C. C, juillet 1895.)

L'exportation en 1900 a été de 62.000 kilogrammes, ou 35.000 francs. La part de la France s'est élevée au commerce général à 17.900 francs et au commerce spécial à 35 hectolitres ou 2.5oo francs, importés par navires français.

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