‹ Le communisme et la Jeune-Allemagne en SuisseChapitre 3 sur 12 · AO · texte numérisé non relu

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encore compter. Mais il est certain , pour en revenir a Albrecht , que les détails biograpliiques rasseniLiîés sur le prophète du communisme , dans le rapport adressé au gouvernement de Zurich . augmentèrent . sinon l'importance réelle . au moins la célébrité de ce ciu'ieux personnage. Beaucoup de lecteurs eurent la fantaisie de le connaître et de l'entendre. Albrecht mourut bientôt, heureui d'avoir atteint Tapogée de la renommée excentrique.

Je ne me sépare pas sans regret de ce pauvre insensé. Le communisme prêché par un fou avéré . forme un ensemble harmonieux , et quoique la bonne foi ne soit pas une quahté méritoire chez un homme qui ne possède paa son libre arbitre , la sincérité et le désintéressement involontaires du prophète Albrecht font mi contraste agréable avec la fourberie d'Auguste Becker, et surtout de Georges Kulmami , dont le portrait terminera cette galerie de nos notabilités communistes.

Il nous a été loisible , grâce aux documents déposés aux archive* de Neuchatel , de nous faire une opinion très-consciencieuse et très-nette siur le caractère de Kulmami , mais nous n'avons pas eu l'honneur de rencontrer ce personnage. Quant à sa physionomie et a ses manières, nous sommes obligés de nous en rapporter aux assertions de Guillaume Marr. A l'en croire , rien de plus ridicule que le docteur Georges Kulmann. avec sa barbe de prophète, sa jaquette noire à brandebourgs, ses airs inspirés, ses allures tour à tour insolentes et serviles; insupportable type de ces chevaliers d'industrie littéraire qui, avec une impudence sans pareille, vous mettent le pistolet sous la gorge , et vous placent dans l'alternative ou de vous laisser duper, si vous acceptez leurs oflres de service , ou de vous défendre en les jetant à la porte.

Malheureusement, les fléaux de cette espèce ne sont pas tellement rares que chacun n'ait pu les étudier à ses dépens. Aussi ce portrait de Kulmann nous paraît très- >Taisemblable ; et , d'après ce que nous avons pu apprendre de ses sentiments et de ses mœurs . nous n'avons rien à redire au jugement sévère que Guillaume Marr prononce, en ternies très-pittoresques, contre ce condottirre

littéraire, co coupeur do bourses, ce vagabond, cet imposteur. Ces invectives ne sont pas imméritées assurément ; mais de quel front , pourrait objecter Kulmann , Marr se fait-il , quand il écrit son livre , le vengeur de la délicatesse et de la loyauté, après avoir, dans les leçons qu'il donnait aux disciples de la Jeune-Allemagne, foulé aux pieds , comme des préjugés surannés, toutes les lois de la conscience? Contradiction plus flagrante, et qui prouve à quel point ces débauches de théories cyniques sont des gageures que l'esprit le plus amoureux du scandale ne peut tenir jusqu'au bout, dès que l'observation le fait rentrer en lui-même ! Voici le trait inattendu par lequel Marr résume la biographie de Kulmann : « C'est un exemple du danger qu'il y a pour l'homme h mettre en pratique la maxime : Homo homini Deus esl, l'homme est un dieu pour l'homme. » — 0 docteur de la Jeune-Allemagne, y pensez- vous? Quelle était , à vous entendre pérorer dans vos prêches, quelle est donc la seule religion véritable , la religion de l'avenir, comme vous disiez, si ce n'est l'humanisme, la déification de tous les penchants humains, le culte rendu par rhommo à ses vices? Ap(Mre de peu de foi, loin d'honorer vos coreligionnaires, vous ne pouvez cacher l'indignation et le dégoût (jui vous débordent à la vue de Kulmann, ce martyr de votre communion , ce dévot (jui pmlique avec (juiétude l'Rvangile de sa cupidité, de sa fourberie et de son orgueil ! Votre témoignage involontaire me suffit pour juger les oeuvres de votre religion dépravée.

Ce Kulmann avait été banni pour avoir fait à Francfort-sur-le-Mein des prédications socialistes. Il vin! à Lausanne , et (|uoiqu'il prétendît avoir découvert et posséder en portefeuille un nouveau système de philosophie qui devait régénérer le monde, il offrit humblement de voyager en qualité de commis de librairi(î pour la propagande littéraire , lisez athéistique , que Marr s'occupait de fonder. Ses services, qu'il voulait vendre trop cher, ne furent pas agréés. Il essaya du moins de prendre pi(.Hl dans les cercles de la Jeune-All(Mnagne ; mais il ne réussit qu'à se faire Ijafouer. Voyant de ce côté les bourses

closes, il se tourna vers les communistes, et ceux-ci, plus naïfs et plus crédules, donnèrent en plein dans les panneaux de ce nouveau prophète. Ils l'accueillirent à bras ouverts, et sollicitèrent la faveur de le nourrir, de le v^tir et de l'héberger à leui's frais. Kulmann accorda cett(î grâce aux communistes sans se faire trop prier, mais en ne leur cachant pas qu'ils ne perdaient pas au change ; car il leur promettait de publier bientôt son système de philosophie en un livre merveilleux , sublime , apocalyptique, qui s'intitulerait, pour tout dire : le Nouveau- Monde.

Une souscription fut ouverte dans les clubs communistes de la Suisse pour subvenir aux frais d'impression de cet ouvrage, et aussi pour ménager au philosophe Kulmann des loisii's favorables à ses grandes pensées. Le lecteur a deviné qu'il ne s'agissait pas d'autre cliost' que de faire durer et fructifier autant que possible la souscription, et que l'enfantement du Mouveau-Mofidc servit de prétexte pour lever des dîmes sans cesse renaissantes sur le salaire des ouvriers communistes. Kulmann épuisa les dernières ressources des clubs, et lorsqu'au commencement de 18^55 il fut question d'entreprendre une nouvelle collecte pour publier la suite d'un écrit de Weitling, ia Jeune génération^ voici par quelles doléances le cl^ub de Neuchatel 1 répondit à cette ouverture, le 25 février iS^: « Weitling restera pour le moment les mains vides, et c'est principalement Kulmann qui en est cause. Après nous avoir tait de grandes promesses au sujet de son ouvrage, (jui devait paraître déjà au commencement de l'année, après avoir soustrait d(» nos po('h(^s nos batzens gagnés à grand'- peine, où en est-il maintenant ? N'aurions-nous pas beaucoup mieux fait de donner ces deux ou trois fois 50 ou 60 francs à A\'eitling plutôt (ju'à un hypocrite aussi lier que Kulmann, qui méprise les ouvriers ? »

Kulmann, poussé à bout, fut bien contraint de révéler son système. Enlin le Non veau-Monde parut. « Q\w\

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