CHAPITRE IX
Quand la nwX fût tout à fait tombée, Pierre se disposa à partir pour Blois avec Amaury, qui s'y rendaît aussi. Il n'iavait pas voulu troubler Tentretien philosophique du souper par la préoccupation de ses propres affaires; mafe ii lui tardait de se trouver seul avec son ami. Le Yaudoîs hs supplia tous deux de passer la nuit sous son toit;^ mais ils alTéguÔrent. que tous leurs moments étaient comptés. Le Corinthien promit que, 8*il s'arrêtait à Blois, comme il en avait le dessein, il reviendrait souvent vider une bowteiîle de bière soiis fe Berceau de la Sagesse ; et Pierre, qui songeait â reprendre le plus tôt possâ}le le cbemîir dé son village , s'engagea â s'arrêter quelques înstantis av retour pour serreri au passage, la* main du vieux charpentier. L'orage avait mondé, en phisreurs endroits, Tose^ raie où serpente le chemin. L'invalide' leur en enseigna un plus sûr, et les guMa kiNmême pendant un quart de L'eue, marchant devant eux avec une agilité et une a^sse remarquai)les. Quand il les eut m» sur lar route, il leur souhaita le bonsoir et la bonne chance.
— Allons, leur dit-il, je vous réverraï bientôt; car, certes, vous allez tous deux rester â ffkna, JTiraî vous y voir, si vous ne venez pas chez moi. Je ne vais pas souvenu à la ville . mars i! y a ctes occasions... et ceffe qui se prépare...
— Quelle occasion? demanda rAnî-da-trait.
— (Test bon, c'est ften, repartiK^ YawM». Vous me» raison de ne pas parler de cela. Je ne* sieîs pas âe< votre métier, et je suis censé ne rien savoir. J^'eBtimffir la diseré^ tion , et ne veux point la confondre avec la méfiance en ce qui me concerne ; quoique, après tout , quand on est du même Devoir, on pourrait bien se confier certaines
DU T0WS^ D£ rnjkNGE. ST
choses... N'imiKRtel l'affaire est encore secirète, et voas ferez bien de n'en pis canser «Taainiir'elle éclaiteu ku revoir donc, ei te grand Saioawik soit arec vous 1 Là Ime est levée; prenez à droite, et pois à gauche, et piûa tOQt droit jusqu'à la cbansséet
il leur serra la niâin, et reprit le diemia de sa baraque. MaÎB les deux amis entendûreiit longtemps sa von mate et acûentoée chaeter, en se perdant peu à peu, ces der^ mers eov^lets d'une longue el naïve ehansoB dont il était Fauteur :
Jadis sar le beaa toar de France Je promenais mes pas errants.
Je B^aHais poiat en ëiligence.
J'avais deux jambes et vingt ans.
J'avais alors bonne prestance, Travail, amour, et l'âge beareax :
Je- n'ai gardé qae Tespéranee, ' BHipied^bokCBiLeieœariosieiiK.
Amis, sur ce beau toar de France J'ai bfeir bssè mes pieds pood^penx ; Dans les chantiers de la Provence J'ai fotigsbè me» bias B^rveia i Dans les rives de la science J'ai consumé mon âge beareax :
Dans les bras de la Provitlettee Je repHB mail «œir piess.
— * Digne et brave hamme l dit Pierre ea s'acrâtant po«r l'entendre encore. Âmaury, Amaury, n'est-ce pa& uao belle diose que la dumsoui d'un homme de biea? Cette voix mâle et fortB qui remplit la campagne, i&tant ses rimes sansr art à Uxm ^ échos, a'est-elle pas. comme l'hymne de triomphe de la conscience? Tenez « nous void sur la chaussée : cette belle voiture qai roule légèrement v empor te4reUe des cœurs aussi purs? répoio deik> desi cheots / aussi suaves? Non 1 pas une voix humaine ne s'écha^^
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de cette maison ambolante, où tontes les aises de la vie accompagnent le riche. Void nn marchand voyageant sur un bon et fort cheval ; il porte une lourde valise , et la crosse de ses pistolets brille au clair de la lune. Voyez pourtant I il nous craint, il nous soupçonne... H retient la bride de son cheval , et prend l'autre revers du chemin pour éviter de passer près de nous. Son cheval est chargé d'or et son âme de soucis ; sa marche est inquiète et silencieuse. Pauvre trafiquant, entends-tu cette cadence joyeuse, là-bas au fond du ravin de la Loire? Supposes-tu que ce chant sonore soit celui d'un vieillard invalide sans famille, sans argent, sans armes, et sans autre appui qu'une jambe de bois et le cœur de quelques amis aussi pauvres que lui?
— Ce que tu dis me frappe, reprit Âmaury, et, je ne sais pourquoi, je me sens les yeux pleins de larmes en écoutant cette chanson. Explique-moi cela , Pierre, toi qui expliques tant de choses 1
— Dieu est grand et l'homme aussi I répondit Pierre avec un soupir.
— Qu'entendez-vous par là? reprit son camarade.
— Il y aurait trop à dire, mon Corinthien , et le mieux sera de parler d'autre chose, dit TAmi-du-trait en reprenant sa marche. Tu as à m'expliquer les dernières paroles que Vaudois nous disait en nous quittant. J'ignore de quelle grande affaire et de quel grand secret il voulait parler.
— Comment ! s'écria Amaury, ignores-tu ce qui se passe à Blois entre les Dévorants et nous? Je pensais que tu avais reçu une lettre de convocation et que tu te rendais à l'appel de nos frères.
— Je vais à Blois pour une affaire toute personnelle, et dont la moitié est faite, ami , si je ne me flatte pas d'un vain espoir.
Id Pierre expliqua au Corinthien le besoin qu'il avait de deux bons ouvriers pour l'aider dans son travail , et lui fit part du désir qu'il éprouvait de commencer par lui son embauchage* Il lui vanta la beauté du travail auquel il désirait l'associer, lui fit des offres avantageuses, et le pria ardemment de ne pas les rejeter.
— Sans doute, ce serait un grand contentement pour mon cœur de travailler avec toi , lui répondit Amaury, et tes offres sont au-dessus de mes prétentions ; mais tu vas juger toi-même si je puis user de ma liberté dans ce moment. Apprends donc que notre Devoir de liberté va jouer la ville de Blois contre le Devoir dévorant.
Comme tous nos lecteurs ne comprendront peut-être pas, aussi bien que Pierre Huguenin fut à portée de le fah*e, cette étrange révélation , nous leur expliquerons en peu de mots de quoi il s'agissait. Quand deux sociétés rivales ont établi leur Devoir dans une ville, il est rare qu'elles y puissent rester en paix. La moindre infraction à la trêve tacitement consentie amène d'éclatantes ruptures. Au moindre sujet, et parfois sans sujet , on se dispute l'occupation exclusive de la ville, et la discussion se poursuit souvent des années entières au milieu d'épisodes sanglants. Enfin quand les disputes, les débats oratoires et les coups n'ont rien terminé entre partis égaux en obstination, en force et en prétentions, il y a un dernier moyen de trancher la question : c'est de jouer la ville, c'est-à-dire le droit d'occuper les lieux et d'exploiter les travaux , à l'exclusion de la partie perdante. Il y a aujourd'hui cent dix ans (ceci est un fait historique) que les tailleurs de pierre de Salomon, autrement dits compagnons étran^ gers ou Umps^ jouèrent la ville de Lyon pour cent ans contre les tailleurs de pierre de Maître Jacques, dits compagnons passants ou loups-garous. Ces derniers la perdirent, et, durant cent ans, le pacte fîit observé rigou-
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reosement. Aucun cmipàgiioii^passant ne- mil le pte sur kt domaîiie âm eCMpagooiiB-élr^iigen. Hais , dum ces derniers temps, le ttomie' do traité élanl expiré, les^ bannis se enirent en droit ù& réunir expMter h» pays redid- Tenu fibre. Le» en^mte ê» Salonoa B*én jiigèiW pes ainsi ; ils trouvaient la pesltien bonne, et préten^aîenl qne oral ans de possession devaient leur constittieF an droit imprescriptible. On parlementa, on ne s'entendll poînfi; on se battit , Fautorité intervint pour séparer fe» combattants. Plusieurs cbampions des deux parlÂB avaient eosmiâft de tels exploits quHs furent envoyés en prise» , et même aux galères. Mais la loi , ne protégeant pas et n'avoaant pas ce mode d'organisation éa travail en sociétés maçonniques , ne put terminer lie dîfiR^rend. La cause est pendante devant. les tribunaux secrets du compagnonnage^ et il est à craindre que bien âss héreff du Soup dé France n*y sacrifient encore leur sang ou leur liberté. Errons pourtant que les tentatives pbilosopkique» de qu^quesuns de ces compagnons, esprits écfeîré& et généreux, qui ont entrepris récemment le grand eeuvr» d'une fusion entre tous (es Devoirs rivaux, vaincront tes préjugés qu'ils combattent et feront triompherle prine^e de firatemCté.
n nous reste uo moCà dire sur le genre< d'épreuve à laquelle on a seuniis< j«sq«^à> présent ces d^stt». On> ne s'en remet pas* au sort, mais au concours. De part et d'autre on exécole «ne pièce d'ouvrage équivaiani i ce que , dians les antiques jurandes , on aqppelait le^ ekefid'cBuvre. Tout te monde sait ^e , dans FancBôenne organîsatibn par oonfiréries- ou corporaHionfi, nuJ n» pourrait être admi& à la maîtrise sans avcâr préseaté cetto pièce au jugement de» sywftrs^ jurés et gardeff-m^er chargés de constater la capacieé^de l'aspirant. Hoffinam a consacré m de se&eonte» {celai qu'il flèipa, à Inadroit, appeler
DU VOirH B£ FRANGE. 9%
lin^méme son ehèMctvfre^)^ MaUre MarHn k ' Jcmàreli&r^ â poétiser cette belle phase et la jeunesse dé Vapprenti , qui renferme la pr^^sentatioii À k mailtrise, Fexéc«j> tkm dïi dief-d*œavrev ta rê<s^^n d!«Bf>ii?eaa maître^ etc. Aujotird'bui que la maHrise n'est plu9 un droit conquis eft d&ptfté, mais un fait Ubre* et faci^atif , ea Bovoit guère reparaître publiquement * le chei-d'œuTre que doûs. les défis du compagnonnage. Lorsqu'il s'agit de jouet ttne TÎHe, le concours s établit. €haque parti dM>isil , parmi ses membres les plus habiles, un oa phisie«ir& chanofions qui travaillent avec aréeur à confondre Forgoeil des rivaux par !a confection' d^une pièce difficile ptoposée ait. concours. Le jury est composé d'arbitres chttsis indiiôf emr* ment dans les divers Devoirs, et quelquefois parim des maîtres étrangers à tonte soeiétévou dlanciens omipagnons retirés de Fassociation et réputés kitègres, et le plus souvent parmi des gens de Fart. Leu? sententee' est sans appeL Quelque mécontentement, qtieliques- secvets surmuresi qu'elle exdte, te parti vaincu dans son représentant est forcé de quitter la place pour un ti»np6 plus ou moins loi^, suivant les conventions réglées avant Fépreuve.
Tdlé était la crise décisive où se trouvaient tes Devoirs cleBlois i rapproche de Pîerre>et d'Amaisr^r- Les Gaivots n'occupant ^is que depuis^ quelques années soutenaient, pemr s'y maintenir contre les antres sociétés plus andeny nement établies, des luttes violentes. Déjà la guerre avait éclaté sur plusieurs points. Les ^arpentiers Drille* ou du père Sonbîse n'étedent pas moins acharnés que k& menuisiers Dévorants contre les menuisiers Gavots. En faœ de tant d'ennemis mf^Miçants, ces derniers avaient dû songer à se préserver, du moins, de la violence des menuisiers par la trêve que nécessite un concours ; et,,
!• On rexige dans certains corps d'étal pour la réception du compagnon.
à l'égard des charpentiers, ils se flattaient de les tenir en respect par une attitude hautaine et courageuse. Amaury, étant un des meilleurs menuisiers parmi les Gavots, avait été mandé par le conseil de son ordre, et se préparait, avec une vive émotion de crainte et de joie, à entrer en lice avec plusieurs artisans de mérite, ses émules, contre Félitto des artistes Dévorants.
Ce ne fut pas sans un peu d'orgueil qu'il en fit la confidence à son ami ; mais il ajouta aussitôt avec une modestie affectueuse et sincère :
•—Je m'étonne bien, cher Yillepreux, d'a?oir été appelé, et de voir que tu ne l'es pas; car, s'il y a un ouvrier supérieur à tous les autres et en toutes choses, ce n'est pas le Corinthien, mais bien l'Ami-du-trait.
— Je n'accepte cet éloge que comme une douce et généreuse illusion de ton amitié pour moi, répondit Pierre. Mais quand même je serais assez fou pour croire au mérite que tu m'attribues, je serais mal fondé à me plaindre de l'oubli où l'on me laisse. Cet oubli, je l'ai cherché, je te l'avoue, et j'en sortirais à mon corps défendant. Lors^ que, après quatre ans de pèlerinage, j'ai repris le chemin du pays, j'ai agi de manière à ce que ma retraite ne fût point remarquée sur le tour de France. Je n'ai point fait d'adieux solennels ; je suis parti un beau matin , après avoir rempli tous mes engagements et m'ètre acquitté de tous les services rendus par des services équivalents. Je ne pense pas que personne ait eu rien à me reprocher; et, si l'on m'accuse d'un peu de bizarrerie, nul ne peut m'accuser d'ingratitude. J'avais besoin de sortir de cette vie agitée, j'avais soif de l'air natal. Tout ce qui pouvait me retenir un jour de plus me semblait une contrainte; et, depuis deux mois que je travaille auprès de mon père, je n'ai renoué aucune relation avec mes anciens amis.
— Pas même avec moil dit Amauiy d'un ton de re* fHTOche.
— Je comptais sur la Providence, qui nous rassemble aujourd'hui, et j'éprouve un si grand besoin de vivre près de toi que je ne comprends pas de plus douce joie que celle de t'emmener, si je puis. Mais écrire à ceux qu'on aime quand on souffre n*est pas toujours un soulagement. Bien au contraire, il est certaines situations morales où Ton n'ose pas s'exprimer, de peur de se décourager soimême ou de décourager celui qui vous est cher. Auraisje pu d'ailleurs te faire comprendre une mélancolie que je ne comprends pas moi-même? Tu aurais eu sur mon compte les mêmes soupçons que Vaudois exprimait tantêt. Une lettre ne peut jamais remplacer l'épanchement d'une entrevue.
— Gela est vrai , dit Amaury ; mais si ta conduite est naturelle en ceci, la tristesse qui l'a dictée est de plus en plus étrange à mes yeux. Je t'ai toujours connu grave, réfléchi , sobre et fuyant le tumulte ; mais je te voyais si cordial , si bienveillant, si ardent à l'amitié , que je ne conçois pas ta sauvagerie actuelle et l'espèce d'éloignement que tu témoignes pour ton Devoir. Aurais-tu subi quelque injustice? tu sais qu'en pareil cas tu as droit à une réparation. On assemble le conseil, on expose ses griels, et le chef de la société prononce équitablement.
— Je n'ai eu, au contraire, qu'à me louer de mes compagnons, répondit Pierre. J*estime presque tous ceux que j'ai connus particulièrement, et j'en aime ardemment plusieurs. Je crois que mon Devoir est le mieux organisé et le plus honorable de tous , et c'est pour cela qu'après un certain examen des coutumes et des règlements, je l'ai embrassé de préférence aux autres, où il m'a semblé voir des usages moins libéraux , une civilisation moins avancée. Il est possible que je me sois trompé,
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Huak }*ai agi dans h ioyàulé de mon <»ur, en m'enrûlant sous la bannière blanche et bleue. Nos lois proscrivent le topage, ies hurlemeots; et si la coutudae générale nous force encore à croiser souvent la caaue, du tpcins Tespiit do notre institution semble inAeniire les provooatioiifi fanatiques <^ Tesprât des autMs sociétés prodaine et .sanctifia, liais si ta ^box absolument que je te confie tes isausQs du dégoût «ecret qtii «'est emparé de ïmu je vais t'^ouTrir laon cœur tout entier. Je ne voudrais pas refroiiliritoii entirousiasoM, ni ébranler ea toi nette foi vive au Devoir, qui est le mobile et le ressort de la vie du compagnon. Pourtant il &ut bien que je t'aiMMie à quel point «ette loi s'est évanouie en moL fiéias, «aille feu «acre 4e l'esprit dé corps m'abaBdouie de plus en plus. A m^ sure que je m'éclaire sur la véritable histoire «des peupteft, la ftible du teniple de Salemoa me semble un mystère puéril, une aHégorie .grosslèpe^ Le sentiment d'une destinée commune à Amis les travailleurs «e révèle en moi;, «ft œ barbare usa^ de ^éer des distinctions, des castes, des camps enneniB entoe neus tous, me parait de pto en pHuB sauvage et funeste. £h quoi l n'est-ce pas assez ifo» nous ayons poar «omemis naliiirels tous ceux 4|iiî exploitent nos labeurs à kmr profit? Fautai que nous nous dévorions les uns les aiatres? Opprimés par la cupidité des riches, relégués par l'imbécile orgueil des neUes dans "Une condition prétendue ab|ede, condamnés par la iàcfae Gompfîeité des prêtres à poiter létamellement, sur nos bras meurtris, la croix du Sasnnr dont ils revêtent les insignes sur l'or et la soie, ne sommes-no» pas assez ouftragés, assez tnsâlieureux? f^suit-il encore que, subis* sant l'inégalité ^ nous rejeMe au dernier rang, vans cherclnons à consacrer «ntre nous eeffite inégalité absurde et coupable? Nous ralHons les prétentions des grands; ooQS rion<^ de leurs armoiries et de leurs livrées; omu
DU TOUB D£ FRANGE. 9»
«Tons toor généalogie «q .exécratioB et en mépris : que faÎBons-wns, cependant; aatre cbose que de les imiter? Nous mm disputons, la piéséanœ -dans des sociétés rivales; «obs irantOBS sMsmmii VsoiUqpiié de nos origines; et nous jL^wrms pas mpm ^ chansons satiriques, pas assez d*ii]jure6, de menaces «t d*outrages pour les sociétés «lonYdieraenI lennôes <|iii aous semblent entachées ée TOtive et de IsâÉairdiae. Sw tous las points de la France, BOUS BovB provo^y^ns, nous nous égoi;geons pour le droit de porter exduavBmeiii J*équerre et le compas ; comme ti tout homme qui travaiite à la sueur de son front n'avait fes le àtoà, de inevètir les insignes 4e sa profession 1 La ixmleur d'im ruban placé un peu plus haut ou un peu plus bas, l'ornement d'un anaeau d'oreille^ voilà les gra- 'fes questioiBs qui lomentent la haine et font couler le sang 4» pauwes owniere. Quand j'y pense , j'en ris de pitié j ou plutôt j'en pieufo de honte.
L'émotion empêcha le jeune réformateur de poursmvre atm ardente décîaDiatieiL. Son oœur était plein; mais il n'amt pas assez de paroles pour répandre l'indignation ^énérense qui le aafioquait. A s'arrêta, la poitrine oppressée, le iront Ivûlant. Amauiyy Amaury I s'écria-Ml d'âne voix étouffîei ea saisissant le bras de son compa- ^DOQ, tu voulais savoir de quoi je souffre; je te l'ai dit, fftil me semble que tu dais i&e comprendre. Je ne suis ni un fou, m on rêveur, ai un ambitieux , td un traître ; 9MÉS fairae les hoomies de ma raoe, et je suis malheu- f reux parce qu'ils se haïssent.
CIritiqpie impartial (ieoteur bénévole, comme nous i âiâçmB jadis) , sois indulgent pour le traducteur impuissant qui le transmet la parole de l'ouvrier. Cet homme ne parle pas la même lançoe que toi, et le narrateur qui lui sert d'interprèdie est foi>oé d'alténer la beauté abrupte, le tour original ei l'abondance poétique de son texte, pour
te communiquer ses pensées. Peut-être aocuseras-tu ce pâle intermédiaire de prêter à ses héros des sentiments et des idées qu'ils ne peuvent avoir. À ce reproche, il n'a qu'un mot à répondre : informe-toi. Quitte les sommets où la muse littéraire se tient depuis si longtemps isolée de la grande masse du genre humain. Descends dans ces régions où la poésie comique puise si largement pour le théâtre et la caricature; daigne envisager la face sérieuse de ce peuple pensif et profondément insp^iré que tu crois encore inculte et grossier : tu y verras plus d'un Pierre Huguenin à l'heure qu'il est. Regarde , regarde , je t'en conjure, et ne prononce pas sur lui l'arrêt injuste qui le condamne à végéter dans l'ignorance et la férocité. Gonr nais ses défauts et ses vices, car il en a , et je ne te les farderai point; mais connais aussi ses grandeurs et ses vertus : et tu te sentiras, à son contact, plus naïf et plus généreux que tu ne l'as été depuis longtemps.
Ce qu'il y a d'admirable dans le peuple, c'est la sim* plidté du cœur, cette sainte simplicité, perdue pour nous, hélas 1 depuis l'énorme abus que nous avons fait de la forme de nos pensées. Chez le peuple, toute forme est nouvelle, et la vérité sous celle du lieu commun lui arrache encore des larmes d'enthousiasme et de conviction. noble enfance de l'âme! source d'erreurs funestes, d'illusions sublimes et de dévouements héroïques, honte à qui t'exploite ! Amour et bénédiction à qui te ferait entrer dans l'âge viril en te conservant la pureté sans l'ignorance.
A cause de cette candeur qui réside au fond des âmes incultes, la parole de Pierre Huguenin rencontrait peu d'obstacles dans les bons esprits de sa trempe, et celui de son ami le Corinthien ne se révolta point dans une acre discussion. Il l'écouta longtemps en silence; puis il lui dit en lui serrant la main : — Pierre , Pierre , tu en sais
plus long que moi sur tout cela, et je ne trouve rien à te répondre. Je me sens triste avec toi, et ne sais aucun remède à notre mal.