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Dira-t on que ce pauvre a bien assez supporté la souffrance, et que c'est au tour du riche à lui céder la place au banquet de la vie? De ce que le riche a joui des dons de Dieu jusqu'à ce jour, s'ensuit-il qu'il doive en être violemment arraché pour retomber dans la misère? Ce besoin de jouissance que l'Éternel a mis dans le cœur de l'homme comme un droit et sans doute comme un devoir , constitue-t-il un crime dont il faille le punir et que d'autres hommes aient le droit de lui faire expier?
D'ailleurs, si le pauvre a droit au bonheur, , ce riche que vous aurez fait pauvre aura le droit aussitôt de réclamer sa part de "bonheur, étie- • droit (lu nouveau riche sera fondé, comme celui de son ])rédécesseur, sur l'injustice et la force brutale. Il faudra donc étouffer la plainte et la révolte de ce pauvre nouveau par la guerre, et la seule fin possible de cette guerre sera l'externiiiiati(tn du riche dépossédé. Acceptez cette sauvage solution : la terre n'est l)alayée que d'uue |i('ti(e minoi'ilé, elle (icuicuri; eucoi'c surchariiiée
Dlî TOUR DE FRANCE. 1W
d'une multitude de besoins individuels qu'elle ne peut satisfaire aux mêmes conditions qui lui ont été imposées jusqu'à ce jour. Ceux que le pillage aura enrichis , et ce sera encore une minorité ; entendront gémir ou blasphémer à leurs portes ceuxqui n'auront rien recueilli dans la conquête, et ceux-là seront encore les plus nombreux. Vous les maintiendrez par la force pendant quelque temps; mais ils multipheront comme les grains de blé , ils grossiront comme les flots de la mer ; et chaque génération changera donc de maîtres, sans voir fermer l'abîme béant, incommensurable, d'où sortira sans cesse la voix de l'humanité souffrante, un long cri de désespoir, de malédiction , d'injure et de menace ! Faut-il donc s'abandonner sur cette pente fatale, où les châtiments succéderont aux châtiments , les désastres aux désastres , les viclinies aux victimes? Ou bien faut-il laisser les choses comme elles sont, perpétuer l'iniquité du droit exclusif, du partage inégal, placer une casle privilégiée sur des trônes inamovibles, et condanmcr les
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nations à la misère, ou à l'échafaud et au bagne? Retournons donc au partage qu'avaient rêvé nos pères. La terre a été divisée par eux; divisons-la plus encore; nos enfants la diviseront jusqu'à l'infini: car ils multiplieront encore, et cha(jue génération exigera un nouveau partage, qui réduira l'étroit domaine des ancêtres et l'héritage des descendants. Avec le temps, chaque homme arrivera donc à posséder un grain de sable, à moins que la famine et toutes les causes de destruction qu'engendre la barbarie ne viennent décimer à propos , dans chaque siècle , la ])opulation. Et, comme la barbarie est le résultat inévitable du partage et de l'individualisme al)solu, l'avenir de l'humanité repose sur la peste, la guerre, les cataclysmes, tous les fléaux qui tendront à ramener l'enfance du monde , la rareté de l'espèce humaine, rcmi)ire farouche de la iKifuro, la dissémination et l'abrutissement de la vie sauvage. Plus d'un cerveau du dix-neuviènuî siècle, ikmi- l'éputé féroce ou aliéué. esl arrivé à celle roiiclnsinii absiu'de e( aiili-
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humaine, faute d'en trouver une meilleure, soit en partant du point de vue socialiste, soit en partant du point de vue individualiste.
Au milieu de toutes ces hypothèses, le brave Pierre, ne pouvant en contempler aucune sans effroi et sans horreur , fut pris d'un accès de désespoir. 11 oublia l'heure qui marchait, et le soleil qui , en montant sur l'horizon , lui mesurait sa tâche de travail. Il tomba le visage contre terre , et se tordit les mains en versant des torrents de larmes.
Il était là depuis longtemps , lorsqu'on relevant la tête pour regarder le ciel avec angoisse , il vit devant lui une apparition qu'il prit, dans son déhre, pour le génie de la terre. C'était une figure aérienne, dont les pieds légers couchaient à peine le gazon, et dont les bras étaient chargés d'une gerbe des plus belles fleurs. Il se releva brusquement, et Yseult, car c'était elle qui faisait paisiblement sa poéti({ue récolte du matin, laissa tomber sa corbeille, et se trouva devant lui , pâle , stupéfaite , et tout