II
«l'.6 LI- COMPAGNON
entourée de fleurs qui jonchaient le gazon à ses pieds. En reprenant sa raison , et en reconnaissant celle qui lui avait fait tant de mal , Pierre voulut fuir; mais Yseult posa sur sa main une main froide comme le matin , et lui dit d'une voix émue :
— Vous êtes bien malade, ou vous avez un grand chagrin, monsieur. Dites-moi le malheur qui vous est arrivé, ou venez le confier à mon père ; il tâchera de le réparer. Il vous donnera de bons conseils, et son amitié pourra peut-être vous faire du bien.
— Votre amitié, madame ! s'écria Pierre , encore égaré, et d'un ton amer; est-ce qu'il y a de l'amitié possible entre vous et moi?
— Je ne vous parle pas de moi , monsieur, répondit mademoiselle de Villepreux avec tristesse ; je n'ai pas le droit de vous offrir mon intérêt. Je sais bien que vous ne l'accepteriez pas.
— Mais à tpii donc ai -je dil «[ik; j'étais malheureux? s'écria Pierre avec une soi'te d'égaré-
DU TOUR DE FRANGi:. u?
nienl que dissipaient peu à peu la confusion et la fierté. Est-ce que je suis malheureux, moi?
—Votre figure est encore couverte de larmes, et c'est le bruit de vos sanglots qui m'a attirée auprès de vous.
— Vous êtes bonne, mademoiselle, trèsbonne , en vérité ! mais il y a un monde entre nous. Monsieur votre père, que je respecte de toute mon âme, ne me comprendrait pas davantage. Si j'avais fait des dettes, il pourrait les payer; si je manquais de pain ou d'ouvrage, il saurait me procurer l'un et l'autre; si j'étais malade ou blessé, je sais que vos nobles mains ne dédaigneraient pas de me porter secours. Mais si j'avais perdu mon père , le vôtre ne pourrait pas m'en tenir lieu...
— 0 mon Dieu ! s'écria Yseult avec une effusion dont Pierre ne l'aurait jamais crue capable, le père Huguenin est-il mort? 0 pauvre , pauvre fils , que je vous plains !
— Non, ma chère demoiselle, répondit Pierre avec simplicité et douceur; mon pèi'c se porte