‹ Le compagnon du tour de France (volume 5)Chapitre 21 sur 40 · H LE COMPAGNON · texte numérisé non relu

H LE COMPAGNON

eu peu de temps, vous! Mou oncle dit que vous êtes plus instruit que sou fils. A coup sûr vous l'êtes plus que moi. Je vois bien , d'après les bouts de conversation que nous avons eus ensemble à la danse, que vous avez énormément lu.

-KT-Trop peu pour être instruit, assez pour être malheureux.

— Malheureux, vous aussi? Et pourquoi donc ?

— N'étiez -vous pas plus heureuse lorsque vous étiez une petite bergère en sabots?

— Mais vous n'avez pas perdu votre liberté, vous?

— Peut-être que si , mon Dieu ! mais (juand je la retrouverais , à quoi me servirait-elle?

— Comment! le monde est à vous, l'avenir vous rit, mon cher Corinthien; vous avez du génie, vous serez artiste ; vous serez riche peutêtre j et à coup sûr célèbre.

— Quand tous ces rêves se réaliseraient, en serais-je plus heureux?

— Ah! je 1(5 vois, vous avez des /(/rcs sociales, connue votre ami l*icrre. Mon oncle

nous disait hier soir que Pierre avait l'esprit tout rempli de rêves philosophiques. Je ne sais ce que c'est, moi; vous voyez, Amaury, que je n'ai pas tant d'instruction que vous.

— Des idées sociales , moi ! des rêves philosophiques! Non vraiment! je ne songe plus à tout cela. Mon cœur me tourmente plus que ma tête.

Il y eut un moment de silence. Ce repas fraternel avait rapproché hien des distances entre eux. En rompant le pain noir de l'ouvrier, la marquise avait communié avec lui, et jamais philtre formé avec les plus savantes préparations n'avait produit un effet plus magique sur deux amans timides. — Je suis sûr que vous avez froid, dit Amaury en sentant frissonner la marquise dont l'épaule effleurait la sienne. — J'ai seulement un peu froid aux pieds , répondit-elle. — Je le crois bien , vous avez des souliers de satin. — Comment savez-vous cela? — Est-ce que vous n'avez pas mis votre pied hors de la voiture pour descendre , quand je vous ai ouvert la portièie ?

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