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ORGANISATION ET REGLEMENTATION 3 H
à entrer dans le compagnonnage et qui du reste n'y serait pas reçu. Ici encore révolution industrielle a accompli son œuvre.
L'Union compagnonnique en 1901. — L'Union compagnonnique forme en quelque sorte l'aile gauche du compagnonnage. Cette grande fédération régie par des règlements sagement conçus et animée d'un esprit nettement réformiste a su créer et gérer des institutions de prévoyance et de mutualité vraiment modèles; elle a rendu à ses adhérents de signalés services.
Ses adversaires ont souvent reproché à cette société d'avoir abandonné la plupart des traditions du compagnonnage. Si l'Union a pu grouper autour d'elle tant d'adhérents, elle le doit, a-t-on dit, au compagnonnage, à l'esprit de corps qui unit ses membres, au sentiment de leurs origines communes. Or, précisément, l'Union se détache chaque jour davantage du compagnonnage : elle répudie peu à peu ses principes les plus respectés. Il se peut qu'elle se révèle ainsi novatrice, mais elle perd de ce fait son originalité et sa force. Redevenue une société ouvrière comme tant d'autres, l'Union ne s'entendra plus reprocher, il est vrai, son archaïsme, la singularité de ses rites, sa fidélité à des pratiques surannées; mais aussi elle aura laissé se rompre le lien magique qui unissait ses membres plus étroitement que ne le seront jamais mutualistes et syndiqués; elle aura perdu sa vertu première et sa raison d'être.
Il y aune part de vérité dans ces critiques. Il est certain, par exemple — un des doyens de la société en convenait devant nous — , qu'en ce qui concerne la réception de ses membres, l'Union compagnonnique s'est départie, en pratique, des règles adoptées de tout temps sur le Tour de France. Elle n'impose pas au candidat une justification bien sérieuse de ses connaissances professionnelles et se contente de l'attestation de deux parrains qui parfois même n'appartiennent pas au même métier que le récipiendaire. C'est Là une véritable révolution dans le compagnonnage
et il est certain que le titre de compagnon, jadis considt'rr comme un brevet de savoir technique, a perdu actuellement, pour la raison qui vient d'être exposée, une grande partie de sa valeur; on peut même craindre de le voir tomber peu à peu dans le domaine public.
Ces tendances nouvelles de l'Union se sont encore aflirmées par l'admission d'artisans appartenant à des professions jusqu'ici exclues du compagnonnage parce qu'elles n'impliquaient pas à un degré appréciable une mise en œuvre des facultés de l'esprit, du goût, de l'imagination, du savoir, parce qu'elles n'imposaient à l'ouvrier qu'une besogne purement manuelle, de la ponctualité et une altention soutenue. On peut soutenir, il est vrai, qu'en s'agrégeant des travailleurs de toutes les corporations, l'Union a fait preuve d'un libéralisme qu'à un jioinl de vue supérieur il convient d'approuver. Ici encore, cependant, on ne peut contester qu'elle se soit écartée des traditions et qu'elle ait méconnu les principes fondamentaux du compagnonnage.
En résumé l'Union compagnonnique tend de plus en plus, comme on l'a dit très justement *, à devenir une simple société de placement, de secours mutuels et de retraites d'ouvriers et d'anciens ouvriers de tous corps d'état. Cette évolution, toutefois, n'est pas parvenue a son terme et l'Union n'a pas rompu dès à présent toute attache avec le compagnonnage. Au surplus la société l'Union compagnonnique dût elle se transformer définitivement en une association professionnelle ordinaire, qu'un tel changement n'entraînerait pas nécessairement sa disparition. Ue point d'api)ui qu'elle a trouvé jusqu'ici dans l'observalion ,de l'ites longtemps révérés et dans l'évocation de traditions séculaires lui ferait, il est vrai, défaut. Mais elle verrait, en revanche, s'ouvrir devant elle de plus larges horizons et, grâce aux éléments de choix (jui ont concouru à sa fondation, grâce à la perfection des organisations multiples qu'elle a su créer, elle pourrait sans doute
1. Office (hi Travail, Len associations professionnelles ouvrières, I, 187.
continuer à fournir, dans la spliôre limitée où elle est appelée ;i exercer son inducnce, une cari-ière prospère et honorable.
But, co)npositio)i et organisation actuelle de r Union compagnonnique '. — L'Union compagnonnique a pour but « de venir en aide à ses membres en cas de maladie ou d'accident, de défendre en toute circonstance leurs intérêts moraux et matériels, de donner des secours à tous ceux qui sont dans le besoin, d'aider les veuves et les orphelins des sociétaires décédés et de pensionner les vieillards selon les ressources des caisses de ses institutions. »
L'U. C. est essentiellement une fédération de sociétés corporatives (Activité) avec lesquelles elle est unie par de nombreux liens, sans cependant se confondre avec elles. 11 importe donc de bien préciser ce qu'il faut entendre par ces mots : Union compagnonnique ai Activité; il importe aussi de spécifierles attributions de chacune de ces organisations.
I. Société fédérale : l'Union compagnonnique. — Elle se compose de deux éléments : i° la direction générale; 2° les sociétés dites d'Union compagnonnique.
La direction générale a son siège à Lyon, 4, rue Gentil. Le directeur général est M. Lucien Blanc, ancien compagnon bourrelier, chevalier de la Légion d'honneur, maire de Grézieu-la-Varenne (Rhône). 11 lui appartient de « faire respecter les règlements, de trancher les questions qui lui sont soumises par les sociétés et de donner à tous les présidents la reconnaissance générale annuelle ».
Les sociétés d'U. G. sont des unions locales de sociétés corporatives, mais ne se confondent pas avec ces dernières qui constituent l'Activité. Chaque compagnon est donc à la fois membre d'une société corporative (tonneliers, ou menuisiers, ou charrons, etc.) et de la société d'U. G. de la ville où il habite.
Ghaque société d'U. G. est administrée par un comité de dix membres élus par les sociétés corporatives et par un
l. Statuts (Je l'Union compar/nonnique de l'Activité, de la caisse des Retraites, de la Mutualité et de l'Orphelinat, Lyon, 1899, imp. Lyonnaise.
délégué des sociétés d'anciens; les élections ont lieu en décembre. Au mois de janvier suivant, le comité nomme son bureau (président, vice-président, trésorier et trésorier adjoint, deux scrrétaires, un arcbiviste, un rouleur, un maître des cérémonies).
Les membres de la société se réunissent en assemblées ordinaires le deuxième dimanche de chaque mois et en assemblées trimestrielles le premier dimanche de janvier, avril, juillet, octobre. On y délibère et on y vote, à la majorité plus un des inscrits, sur les questions intéressant les affaires sociales.
Admissio)i. — La société admet : 1° des nienibies honoraires sans condition d'âge. Le droit de réception est de 12 francs, plus 3 francs si l'on veut adhérer à la caisse de retraites;
2° Des membres participants. Pour être admis en celle qualité il faut avoir dix-sept ans au moins, quarante au plus, avoir professé pendant trois ans un métier d'artisan, être sain de corps et d'esprit, de bonne vie et mœurs, et — telle est du moins la lettre des statuts — donner des preuves de capacité professionnelle reconnues par les membres de sa corporation. Il faut en outre avoir accompli un stage de trois mois comme candidat. Le candidat paie y francs à titre de droit d'entrée, 6 francs pour les insignes, 3 francs pour la caisse de retraites, lii centimes pour s(in livret. Il reçoit un nom de compagnon.
Les insignes consistent en un ruban vert fixé au x'cvers de l'habit par une épingle avec les lettres U. C. entrelacées; aux enterrements, on porte une couleur noire.
Obligations gén&rales des sociétaires. — Tout sociétaire doit assister aux assemblées et enterrements, visiter les malades à son tour, loger chez la Mère, sauf dispense (on ne vise son livret que s'il est quitte de toute dette envers la Mère). U est interdit, à peine d'amende, de soulever des discussions pouvant nuire à la bonne harmonie.
Mutualité. Ohliyations des sociétaires concernant la mutualité. — Tout membre nouveau paie pendant le stage de trois mois auquel il est astreint une cotisation de 2 francs
par mois, sans avoir droit aux secours. Ce délai expiré, le taux de la cotisation et des secours en cas de maladie est fixé comme il suit. Deux cas sont prévus.
4"'' cas. — La société d'il. C. auquel appartient l'inléressé a fixé la cotisation à 1 fr. ;J0 par mois. Dans ce cas tout membre adhérent reçoit en cas de maladie et cà partir du troisième jour un secours de 2 francs par jour pendant trois mois et de 1 franc par jour pendant trois autres mois; il n'a pas droit à rassistance médicale et pharmaceutique. Après six mois le secours cesse en principe. Mais, si le sociétaire est reconnu atteint d'une maladie chronique, la société peut lui accorder un secours mensuel dont la quotité varie selon ses ressources.
2^ cas. — La société locale d'U. C. a fixé à 2 francs par mois le taux de la cotisation. S'il en est ainsi, tout sociétaire malade a droit : 1° à un secours de 1 fr. 50 par jour pendant trois mois et de 73 centimes pendant trois autres mois ; 2" à la graluité des médicaments et de Vassistancc médicale.
Tout sociétaire en retard de trois mois de cotisation est privé de tout secours en cas de maladie. Le sociétaire en retard de neuf mois de cotisation peut être rayé.
Les membres de chaque société visitent à tour de rôle, et deux fois au moins par semaine, leur confrère malade.
Aucun secours n'est dû en cas de maladie ayant pour cause l'inconduite, la débauche, une blessure reçue au cours d'une rixe que le blessé aurait provoquée, un accident dû à l'imprudence de la victime. Le sociétaire malade est secouru par la société de la ville la plus proche, qui est remboursée par la société à laquelle il a versé sa dernière cotisation.
Tout sociétaire voyageur et nécessiteux a droit à trois repas et à un coucher (coût maximum, 3 fr. 50) et à un viaticum de 4 centimes par kilomètre (maximum, 5 francs).
En cas de décès d'un de ses membres, la société offre une couronne et supporte les frais de l'enterrement de la dernière classe payante. Les sociétaires assistent aux obsèques.
Les membres honoraires et bienfaiteurs acquittent une
cotisation annuelle de 0 francs, mais n'ont droit à aucun secours.
Démission. Radiation. — Le membre démissionnaire perd tous ses droits aux secours et à la retraite.
Est rayé tout membre condamné à une peine infamante, tout membre dont la conduite est notoirement scandaleuse. Tout membre qui a insulté publiquement ses confrères ou porté préjudice à la société peut êti'e rayé par le comité; en cas de faillite, il est statué en assemblée générale sur la radiation ou la non-radiation du failli.
Fonds sociaux. — Les fonds de chaque société (droits d'entrée, cotisations, amendes, dons, ([uêtes) sont versés à la Caisse d'épargne ou placés en valeurs de premier ordre. Les reçus des dépôts sont conservés dans une caisse dont le président, le trésorier et un délégué ont chacun une clef. Il ne peut être conservé que 200 francs en espèces dans cette caisse.
Fête. — Chaque année une fête du compagnonnage est célébrée le dimanche qui suit le 3 septembre.
Les statuts ne peuvent, en principe, être modifiés que tous les cinq ans, en Congrès. En cas d'urgence un article peut être modifié avec l'assentiment des deux tiers des sociétés d'U. C.
Aucune société d'U. C. ne peut se dissoudre sans l'autorisation de la Direction. L'actif, dans ce cas, est versé à la caisse de mutualité générale (Voir p. 317, le règlement de cette caisse).
IL L'Activité. — Tout compagnon, avons-nous dit, faiL à la fois partie de l'Union compagnonnique (représentée dans chaiiue ville par une des sociétés locales dont il vient d'être question) et de l'Activité, c'est-à-dire d'une société professionnelle '. Ces dernières sociétés concourent à l'élection du comité de la société d'Union. Elles sont régies à la fois par leurs statuts particuliers et par un règlement voté en dernier lieu on 18U'J au (Congrès de Toulouse.
1. Seuls les anciens compagnons ne sont pas tonus do faire partie do l'Activité.
Les groupes d'Activité s'occupent des intérêts corporatifs, de l'embauchage, de l'enseignement professionnel, etc. Ils choisissent librement leur Mère et leur siège social.
Pour être reçu membre d'un groupe d'Activité il faut être âgé de seize ans et s'engager à adhérer à l'Union dans un délai de six mois. Chaque groupe est administré par un conseil élu pour un an et qui comprend un bureau, plus un délégué par corporation si le groupe réunit plusieurs métiers. Les compagnons ne portent que les couleurs de l'Union, à l'exception des anciens qui portent les anciennes couleurs.
Tout compagnon et tout candidat stagiaire verse à l'Activité un droit d'entrée de 1 fr. 50 et une cotisation mensuelle de lo centimes (non compris, bien entendu, la cotisation payée à la société d'U. C).
Il est tenu chaque mois une réunion à laquelle l'assistance est obligatoire sous peine d'amende. On y lit la correspondance et on y discute les intérêts sociaux. Des assemblées extraordinaires peuvent être convoquées.
Les sociétés actives organisent un service permanent de placement. Les compagnons ne peuvent refuser les « embauches » qui leur sont fournies et doivent séjourner au moins quinze jours dans les villes où ils ont trouvé du travail.
Les membres qui comptent plus de cinq ans d'activité peuvent être admis à Thonorariat et ne paient plus de cotisation à l'Activité.
Diverses institutions de prévoyance et de mutualité ont été fondées par l'Union compagnonnique. Nous les passerons en revue à tour de rôle.
A. Mulualilc générale. — On a vu que chaque société d'U. C. assurait à ses membres, en échange du paiement de sa cotisation, des secours de maladie ou de route, se chargeait des frais funéraires, etc. Mais l'une ou l'autre de ces sociétés pouvait tomber en déconfiture par suite d'une épidémie ou de toute autre circonstance exceptionnelle. On a donc créé, pour venir en aide aux sociétés en cas d'embarras, une mutualité générale avec fonds commun. Chaque
société locale d'U. C. verse à cet effet un impôt annuel de 50 centimes par sociétaire. Ces sommes sont placées en valeurs de tout repos par le trésorier de la Mutualité générale dont les opérations sont contrôlées par une commission de surveillance; tous les ans un rapport est adressé à la Direction générale à Lyon par le président de la Mutualité générale dont le siège est à Bordeaux; les fonctions de président sont actuellement exercées par M. Jules Morisseau.
La Mutualité générale est autorisée à venir en aide aux compagnons malheureux qui ne réuniraient pas les conditions requises pour être secourus par l'Union ou à leurs veuves. Il a été ci'éé à cet effet une Caisse de secours immédiats alimentée par un prélèvement de 10 centimes sur le versement sus-relaté de '60 centimes par sociétaire et par an.
B. Caisse de retraites. — Celte caisse a été fondée en 1882 à Lyon dans le but de constituer des pensions de vieillesse alimentées par des versements volontaires et de venir en aide aux compagnons devenus prématurément inlirmes.
La caisse de retraites admet : l» des membres bienfaiteurs Ccotisation, 10 francs par an); 2° des membres honoraires (cotisation annuelle, 6 francs); 3"^ des membres participants (droit d'entrée, 3 francs; cotisation mensuelle, 1 franc). Tout membre de l'Union âgé de vingt-cinq ans est tenu de s'affilier à la Caisse de l'etraites. Le sociétaire en retard de neuf cotisations est réputé démissionnaire.
En principe, aucune pension n'est servie avant cinquante ans d'âge et quinze années de versements. La quotité de la pension est fixée chaque année par le trésorier administrateur-, d'accord avec la diiection, en tenant compte des années de versements et des ressources de la caisse. En cas d'invalidité, la pension peut être accordée même avant cinquante ans d'âge.
La Caisse de retraites est gérée par un trésorier-administrateur général, M. Caboriau (de Surgères, Charente-Inférieure) assisté d'un trésorier adjoint et d'un délégué.