‹ Le compagnonnage, son histoire, ses coutumes, ses règlements et ses ritesChapitre 3 sur 107 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

trop intimement engagées dans la lutte des classes pour qu'il fût aisé d'apprécier leur rôle en toute impartialité. Le seul nom de compagnon éveillait alors dans l'esprit des chefs d'industrie et de toute une fraction de la bourgeoisie les mêmes défiances instinctives qu'inspire encore à beaucoup de gens le seul mot de syndicat ouvrier. Une autre partie du public, moins directement intéressée à la solution des conflits industriels, plus accessible aux influences littéraires, plus aisément séduite par le décor poétique du compagonnage, s'éprenait, au contraire, pour cette association mise à la mode par un roman de George Sand, d'un engouement trop peu réfléchi pour être durable. Le Compagnon du Tour de Finance n'était-il pas alors le type supérieur de l'ouvrier, et l'ouvrier n'était-il pas, h la fin du règne de Louis-Philippe, comme au xviii^ siècle, l'homme de la nature, le bon sauvage, — le personnage sympathique par excellence, le héros élevé sur un pavois par la littérature contemporaine? Défiance et parti pris d'un côté, enthousiasme sentimental de l'autre : l'image que le public se formait du compagnonnage était, dans les deux cas, fort différente de la réalité.

Malgré la chaleur de ses convictions, malgré son dévouement d'apôtre, malgré la clairvoyance de la plupart de ses vues, Agricol Perdiguier lui-même était trop compagnon, et même trop gavot, pour qu'il lui fût possible d'écrire une histoire vraiment complète et impartiale de l'association à laquelle il avait voué sa vie. Compagnon, il ne pouvait, sans manquer à des serm.ents sacrés, divulguer à ses lecteurs les mystères de l'association dont il était membre, initier des profanes à son enseignement secret, à ses rites, à ses symboles. Gavot, il ne connaissait qu'imparfaitement — comme le prouvent les nombreuses erreurs relevées dans son livre par Moreau et Ciiovin (de Die) — les règlements et l'organisation des sociétés du Devoir. Quant à la partie historique de son ouvrage, sa valeur est presque nulle. Le lecteur s'aperçoit trop vile que l'auteur, si digne d'attention lorsqu'il relate des faits dont il a été le témoin, avait été insuffisamment piéparé par une instruction primaire à entreprendre une élude aussi délicate que celle des origines du compagnonnage. De tous les écrivains compagnons aucun ne peut cependant être comparé à Perdiguier au point de vue du style et de l'intérêt

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