‹ Le compagnonnage, son histoire, ses coutumes, ses règlements et ses ritesChapitre 31 sur 107 · JUSQU A SA CONDAMNATION EN SORBONNE · texte numérisé non relu

JUSQU A SA CONDAMNATION EN SORBONNE

Nous n'en voulons retenir que le rôle joué en cette circonstance par le compagnonnage dont l'organisation et la hiérarchie (capitaine, lieutenant), les insignes, les mots d'ordre, bref tous les caractères distinctifs nous sont décrits ou signalés avec précision par des lettres patentes du 31 août 1539 portant règlement des compagnons imprimeurs parisiens (Gollegt. Lamoignon, t. V, I'° 558. — Lespi- NASSE,t. III, p. 707) : « Les compagnons dudit état, est-il dit dans ce règlement, au moyen de certaine confrérie particulière qu'ils ont élue entre eux, ont, par monopole et voie indirecte, fait délibération de ne besogner avec les apprentis..., font banquets des deniers qu'ils tirent des apprentis, leur font faire serment tel qu'il leur plaît... » Il leur était donc défendu « de faire aucun serment, monopole d'avoir entre eux aucun capitaine, lieutenant, chef de bande, ni bannières ou enseignes, de s'assembler hors les maisons de leurs maîtres, ni ailleurs, en plus grand nombre que cinq... de porter des épées, poignards ou bâtons invasibles, de choisir ni avoir aucun lieu particulier ou à ce destiné, ni d'exiger argent pour faire bourse commune, de laisser l'œuvre commencée, de faire aucun tiHc (mot qui leur servait de signal pour quitter l'atelier ^). »

La grève des compagnons imprimeurs de Paris était du reste le résultat d'un mouvement concerté. En s'insurgeant contre leurs maîtres, ces artisans avaient, selon toute vraisemblance, obéi à un mot d'ordre et suivi l'exemple de leui's camarades lyonnais qui avaient cessé tout travail depuis le mois de mars 1539 . Ces derniers se plaignaient, nous dit M. Ilauser {op. cit., p. 176) : 1° de toucher des salaires insuffisants et inférieurs à ceux d'autrefois ; 2» de ne pas pouvoir travailler à leur guise ^. A ces deux griefs

1. Ces prescriptions n'eurcut aucun cirot, comme le prouvent FEdit de mai 1575 (Lesfinasse, t. III, p. 710) et l'article 4 des statuts de 1618. {Recueil des statuts et rèylements des maîtres marcha/ids libraires, imprimeurs et relieurs de la ville de Paris, 1620, in-4, p. 16. L'exemplaire de la Bibliothèque Nationale est coté F 13019.) Ces textes renouvellent les prohibitions toujours violées de l'Êdit de i53y.

•-'. Les compagnons lyonnais gagnaient, nourris, un salaire de 6 sols 6 deniers tournois par jour, correspondant, si l'on prend pour base des

s'en ajoutait un troisième relatif à l'apprentissage. Les anciennes règles du régime corpoi^itif étaient si bien tombées en désuétude que les maîtres introduisaient dans leurs ateliers un nombre croissant d'apprentis qu'ils employaient aux travaux de tout ordre, créant ainsi une grave concurrence au travail adulte. La colère des compagnons se manifesta par des menaces et des coups portés aux enfants, par des entraves mises à leur travail, et, finalement, par la désertion des ateliers [op. cit., p. 183 et 184).

Le débat fut tranché en première instance par une sentence du sénéclial de Lyon du 31 juillet 1539 qui donnait gain de cause aux compagnons sur un point en disposant que les maîtres devraient continuer à les nourrir « raisonnablement, honnêtement, selon leur qualité, en ]Kiin, vin et pitance » mais qui déboutait les grévistes de toutes leurs autres prétentions. Cette sentence nous révèle toute la puissance de la coalition formée entre les compagnons. Ils se seraient débauchés et, par manière de monopole, tous auraient laissé leur besogne c prêtant le serment de cesser œuvre quand l'un d'eux veut cesser et ne besoigner si tous sont d'accord ». Ils portaient des épées et des bâtons invasiblcs, se livrant à des excès contre les maîtres. Le sénéchal, dont la sentence fut confirmée par des lettres royales du 21 août 1539', interdit les réunions de plus de cinq personnes, défend aux compagnons de faire aucuns serments en monopoles, de battre, ni menacer les apprentis, de porter aucunes épées, poignards, ni bâtons invasibles.

Les lettres royales du 21 août furent impuissantes à mettre fin aux conflits qui divisaient les compagnons et les

données quo M. Hauscr est porté à croire plutôt exagérées, à 5 francs do notre monnaia. Los patrons offraient d'augmenter co salaire, mais refusaient de continuer à nourrir les compagnons, trop exigeants et difficiles, disaient-ils. Le reproche bizarre de ne pouvoir travailler à leur guise a pour origine la prétention émise par les grévistes de cliômer quand il leur plaisait, et de rattraper le temps perdu en se faisant ouvrir l'atelier les jours de fêtes et les dimanches (op. cit., p. 183).

1. Voir cette sentence à la page 17 de la brochure de M. Hauser, Histoire d'une (jrcve au XVf^' siccle. Une copie du temps se trouve aux Arcliiccs communales de Lyon, AA, 151, f" 69.

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