‹ Le compagnonnage, son histoire, ses coutumes, ses règlements et ses ritesChapitre 32 sur 107 · JUSQU'A SA CONDAMNATION EN SORBONNE · texte numérisé non relu

JUSQU'A SA CONDAMNATION EN SORBONNE

maîtres; il en fut de même des nouvelles lettres donnécîs le 29 septembre de la même année. Les ouvriers qui, en drpit de toutes les interdictions, continuaient à former une confrérie, obtinrent même du Parlement, aux Grands Jours de Moulins (septembre 1540), un arrêt défendant aux patrons d'employer les apprentis comme compositeurs s'ils n'avaient trois ans d'apprentissage. Mais les maîtres prirent bientôt leur revanche : un édit du 28 décembre 1541 confirme toutes les dispositions de l'cdit du 21 août 1539 et supprime toutes restrictions apportées au nombre et au travail des apprentis '.

Encore bien que les textes ci-dessus cités ne le désignent que sous des locutions vagues telles que monopole, confrérie, etc., il n'est pas douteux que le mouvement des imprimeurs lyonnais et parisiens ait été l'œuvre du compagnonnage. Notre association présente en effet tous les caractères énumérés par ces édits et sentences : à défaut de son nom, son signalement très précis nous est donné. Quelle autre organisation eiàt pu déterminer les ouvriers à former une bourse commune, leur faire prêter serment, les réunir dans un lieu à ce destiné, leur donner un mot de ralliement, un signal tel que le tricl

La lutte de nouveau engagée par la royauté contre les confréries n'était, du reste, pas près de finir, comme le prouve la multiplicité des édits et arrêts de justice rendus contre ces associations toujours condamnées, mais aussitôt leconstituées que dissoutes, tant était fort l'esprit de fraternité qui unissait ses membres. La confrérie aurait pu adopter la devise de la salamandre, cet emblème cher à son royal ennemi : Extincta revivisco.

Deux ans après l'édit de Villers-Cotterets, en 1541, la confrérie des drapiers de Paris avait été autorisée; c'était, il est vrai, une association de riches marchands, peu turbulente et peu dangereuse. La confrérie des maîtres et compagnons cordonniers, placée sous l'invocation des saints Crépin et Crépinien, obtint de même, le G avril 1541, l'au-

1. IIauser, Histoire d'une grève au XVI' siècle, p. 9 à 15 et 21.

lorisalion de se reconstituer *. Mais un pou pkis tard, le 2 mai 1S53 -, un arrêt du Parlement prononçait la dissolution de cette confrérie et ordonnait que les tapis et ornements lui appartenant seraient portés en l'église de Noyon pour servir au divin service d'icelle église et que les deniers de la bouette (boîte ou caisse) de la dite confrérie « seraient distribués aux pauvres de l'hospice de la Trinité en ceste dite ville de Paris, enjoignant aux maîtres cordonniers et compagnons d'aller oyr leur messe parrocbiale en cette église ». Un arrêt du Parlement (19 juin 1555) intervint encore pour rétablir la paix entre ces confrères ennemis qui durent célébrer le divin service à des jours distincts et payer par moitié la redevance due par leur commune confrérie (de nouveau rétablie) à l'église métropolitaine ^. Bien que la confrérie des cordonniers fût mixte et, par suite, n'eût pu former un compagnonnage proprement dit, il est probable que ses membres compagnons étaient unis par les liens de quelque monopole ou coalition analogue à celle des imprimeurs et se rattachant à notre institution.

Bornons-nous h signaler brièvement (Isambert, t. XIV, p. 62) l'ordonnance d'Orléans (1560), dont l'article dO dispose que les deniers et revenus de toutes les confréries,

1. JI. Hauscr nous paraît avoir commis, à ce sujet, une légère erreur. « A Paris, écrit-il [Ouvriers du temps passé, p. 173), nous constatons l'oxistcnca do doux confréries distinctes chez les cordonniers et ces deux corps ne s'entendaient guère entre eux. » Les maîtres et les compagnons ne formaient qu'iOîe seule confrérie dont maîtres et ouvriers se disputaient la direction. Lo texte du rcglemont do 1551, promulgué par le chapitre de N.-D. de Paris, no laisse aucun doute à cet égard. Il donne aux maîtres la haute main sur la confrérie : mnnentilms regimine et achninistrntlone et superintendentiâ rerum dictss confratrix solum dictis mnf/istris; qnod si dicti famuli suhire recuscwerint, foras dictam confratriam expellnntur. (Recueil des statuts, lettres patentes, déclarations du Koy... dos maîtres cordonniers, Paris, Montalant, 1752, in 4. L'exemplaire do la Bibliothèque Nationale est coté F, 12.929). IjC 21 juillet de cette môme année 1.551, un arrêt du Parlement do Paris défendait aux compagnons de se trouver avec armes et déguisements aux assemblées qui se réunissaient les jours des fôtes patronales. Bibl. Nat., ms. 21,557, f» 189.

2. Bibl: Nat., ms. 8115, f. 473. — Collect. L.\moignon, t. VII, f 450.

3. Archives Nationales, Collection Rondonneau, AD, XI, IG. — Collect. Lamoignon, t. VU, f" 570.

Page 1