‹ Le compagnonnage, son histoire, ses coutumes, ses règlements et ses ritesChapitre 34 sur 107 · ET DANS QUELQUES GRANDES VILLES · texte numérisé non relu

ET DANS QUELQUES GRANDES VILLES

DEPUIS SA CONDAMNATION EN SORBONNE (lG55)

jusqu'à la RÉVOLUTION (l789)

I. Lo compagnonnage à Paris (lGoa-n89). — Les associations dissoutes en IGiio se reforment. — Lutte du pouvoir judiciaire et de la police contre les confréries des compagnons chapeliers, selliers, charrons, etc.

La sentence de la Sorbonne n'entraina pas la disparition du compairnonnage. A supposer qu'elles aient été réellement contraintes de se dissoudre en 16S5, les confréries de compagnons se reconstituèrent rapidement. Celle des compagnons chapeliers parisiens est mentionnée en 1683 par le Livre des confréries comme ayant son siège dans l'église des Pères Jacobins, rue Saint-Jacques; elle était placée sous le patronage des saints Jacques et Philippe. Cette association était très suspecte à l'autorité et de nombreux textes (sentence de police du 29 janvier 1700, déclaration du 22 novembre 1704, arrêt du Parlement du 1.3 juillet 1748) ' témoignent de ces dispositions en défendant

1. Recueil des statuts, ontonnn.nces et rèi/lements de la communauté des maîtres nuD'cliands chapeliers de la ville et faubourgs de Paris, 1775, in-12, p. 40, 15-2, 294 (l'exemplaire do la Bibl. Nat. est coté FS 64-29).

aux compagnons de faire aucunes assemblées, ni cabales sous prétexte de confrérie, ni de s'ingérer de placer les compagnons chez les maîtres. L'arrêt du Parlement du 13 juillet 1748 constate l'étroite entente qui régnait entre les compagnons. « Lorsqu'il arrive, y est-il dit, qu'un maître blesse quelqu'un de leurs prétendus privilèges ou refuse de leur avancer autant d'argent qu'ils en demandent, ils obligent leurs camarades à sortir de chez ledit maître et se refusent de lui en placer d'autres. »

Ces désordres se renouvelèrent en dépit de tous les efforts et de toutes les précautions prises par les autorités de police. Une sentence du 17 novembre 1764* constate que les garçons chapeliers non seulement portent des épées ou couteaux de chasse les jours de fêtes et dimanches, et méprisent les représentations qui leur sont faites à cet égard par les maîtres, mais encore semblent comploter de les mettre à contribution, en exigeant d'eux des gages exorbitants.

Chez les selliers, autre corporation dont le compagnonnage fut condamné en 1655, les maîtres et les compagnons vécurent toujours en assez mauvaise intelligence et des lettres patentes du 26 septembre 1764 ^ enjoignirent aux compagnons selliers de se faire inscrire sur le registre de la communauté avec leurs noms, origine, adresse et le nom de leurs maîtres. Cette règle a très probablement été dictée par le désir de surveiller de près les compagnons dont on redoutait les menées.

Dans presque tous les métiers où le compagnonnage nous est apparu comme organisé en Ifia:; et dans d'autres encore, nous rencontrons du reste la preuve directe ou indirecte de la survivance ou de l'existence de l'institution. Chez les charrons, c'est une sentence du 27 février 1746 interdisant aux compagnons toutes cabales et assemblées en quel(]U(! lieu que ce soit etsous quelque prétexte que ce puisse être.

1. Recueil précilé, p. 208. Ce texte n'est pas cite dans lo Recncil de M. de Lespinassc.

2. Statuts et oi'donnances des maîtres selliers, larmiers, de la ville et faubourgs de Paris, 1778, chez Vente {ûibl. Nat., Imprimés, F" 64C8).

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