‹ Le compagnonnage, son histoire, ses coutumes, ses règlements et ses ritesChapitre 35 sur 107 · DEPUIS SA CONDAMNATION JUSQU'A LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

DEPUIS SA CONDAMNATION JUSQU'A LA RÉVOLUTION

(COLLECT. RONOONNEAiT, Archivcs Nationales, AD, XI, 18. — Lespinas.se, t. n, \). 569.) Chez les ferrailleurs, cloutiers, épingliers, une ordonnance de police du 10 septembre 1783 (CoLLECT.RONDONNEAU, AD, XI, 18. — Lespinasse, t. II, p. 593), vise d'anciens règlements antérieurs à 1770 qui avaient prohibé les cabales formées entre compagnons et apprentis. Chez les menuisiers, une sentence de police du 20 juin 1739 * interdit aux compagnons de s'assembler les dimanches et fêtes, et un arrêt du Parlement du 23 juillet 1746 ^ leur défend de tenir aucune assemblée, même à titre de confrérie, sous peine de prison.

Les couvreurs n'étaient pas mieux vus. Le 31 mars 1692, un arrêt du Parlement (Collect. Lamoignox, t. XVIII, f" 600. — Lespinasse, t. II, p. 630) supprime une prétendue confrérie des compagnons couvreurs (évidemment un compagnonnage) et ordonne la vente de l'argenterie. Or la confrérie survécut si bien à cette condamnation qu'en 1744, il fallut publier des lettres patentes (14 mars. Lespinasse, t. II, p. 631) pour interdire à nouveau aux compagnons couvreurs de tenir confrérie dans l'église Saint-Denis de la Châtre.

Ces textes, auxquels il serait possible d'en ajouter d'autres dont la portée est identique, nous paraissent démontrer jusqu'à l'évidence la persistance à travers tout le .wii" et le xviii° siècles des confréries ouvrières, c'est-à-dire des compagnonnages parisiens.

II. Le compagnonnage dans quelques grandes villes de province.

En {irovince comme à Paris, les confréries de compagnons étaient nombreuses et puissantes bien que persécutées. Il en était ainsi tout particulièrement à Lyon où, le 2 octobre 1688, les maîtres tailleurs d'habits adressent au prévôt

1. Statuts des menuisiers. Paris, Ballant. 17Û7. p. 1-21. — Lespinasse, t. II, p. 491.

'2. Lespinasse, t. II, 492. La confrérie des menuisiers avait été supprimée pur l'article 94 des statuts de la corporation (Statuts de 1751, p. 18). — L'exemplaire de la Bibliotlicciue Nationale est coté F=, 6453.

des marchands et aux éclievins une plainte contre les compagnons ' qui, disent-ils :

ne travaillent qu'autant qu'il leur plaît, sans considérer si l'ouvrage presse ou s'il peut être difFéré et exigent... des sommes excessives du taux fait par les ordonnances de cette ville qui réglaient leur salaire à 7 sols par jour dans les mortes saisons et 8 sols dans les bonnes; les suppliants... ont appris que par un monopole fait entre les compagnons tailleurs de cette ville, ils se sont fait un Maitre compagnon des assistants avec certains articles en forme de règlements par lescjucls ils ont établi des droits qu'ils nomment bienvenue, bonnet de nuit, réception, parrainage, d'amende de 5 sols et 2 sols 6 deniers. La première est encourue par tous les compagnons qui manquent les jours de dimanche de se trouver au lieu d'assemblée qu'ils assignent tantôt dans la ville, tantôt dans les fauxbourgs. La seconde est encourue par tous les compagnons qui travaillent plus tard ou vont au travail de meilleure heure que celle qu'ils ont arrêtée entre eux, s'ils éteignent la chandelle dans les cabarets ou s'ils ne s'y rendent pas à l'heure.

La supplique ajoute que les compagnons obligent les artisans étrangers qui arrivent dans la ville à acquitter certains droits, « sinon ils les enlèvent de chez leurs maîtres et les frappent. Leur insolence est venue à ce point qu'ils disposent des compagnons comme bon leur semble, les envoient travailler chez les maîtres ou les en font sortir à leur volonté, à quoi ils sont d'autant plus enhardis que certains maîtres se servent d'eux pour faire sortir les compagnons de chez les autres maîtres, proposant à l'ouvrier un gain plus considérable. » En réponse à cette requête, le prévôt des marchands de Lyon rendit une ordonnance défendant aux compagnons tailleurs de s'assembler au nombre de plus de trois, sous prétexte de bienvenue, conduite ou autrement, ce à peine de prison et de 50 livres d'amende. Les logeurs dits Pères et Mères étaient tenus de déclarer les noms de leurs locataires; des perquisitions étaient ordonnées dans les lieux oi!i s'assemblaient les compagnons pour y saisir leurs boîtes (caisses) et leurs papiers.

1. Règlements des mailres tailleurs iChahits de In ville el fauljouri/s de Lyon, Lyon, Degoin, 1729, p. 38 et sniv.BiOl. Aal., Imprimés, F', G473.

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