‹ Le compagnonnage, son histoire, ses coutumes, ses règlements et ses ritesChapitre 36 sur 107 · DEPUIS SA CONDAMNATION JUSQU'A LA REVOLUTION · texte numérisé non relu

DEPUIS SA CONDAMNATION JUSQU'A LA REVOLUTION

Nous sommes édiflés sur le succès qu'obtint cette réglementation, par une sentence de la juridiction consulaire de Lyon du 23 février 1723 {Recueil précité). Il résulte de ce texte que les compagnons tailleurs faisaient encore, en 1723, « des assemblées d'un nombre considérable tant dans la ville que dans les faubourgs, qu'ils se retiraient le soir dans des maisons ou auberges où ils faisaient des règlements parmi eux, qu'ils se choisissaient des chefs, s'imposaient des amendes, que leurs chefs, ou premiers garçons, exerçaient une autorité si absolue qu'ils disposaient à leur gré des ouvriers de ladite profession. Ils les plaçaient dans des boutiques et les faisaient sortir quand

bon leur semblait » Saisis de ces plaintes, le prévôt des

marchands et ses échevins l'endirent un jugement renouvelant toutes les prohibitions et injonctions antéiieures. Mais cette sentence fut tout aussi inefficace que les précédentes, comme le prouve un arrêt du Parlement du 7 septembre 1778. (Isambert, t. XXV, p. 411.) Cet arrêt reproduit les dispositions réglementaires déjà vainement édictées et condamne notamment les associations connues sous le nom de Sans-Gêne, Dévorants, Bons Enfants, Gavots, Droguins, du Devoir; il enjoint à tous ceux qui logent au mois ou à la nuit et sont connus sous le nom de Pères ou de il/éres de déclarer les noms de leurs locataires dans un délai de quinzaine à compter de leur arrivée.

A Toulouse comme à Lyon, les confiseries de compagnons luttaient contre la coi^poration officielle. Les compagnons charrons attendaient les ouvriers étrangers à leur arrivée dans la ville, les entraînaient chez la Mère et les plaçaient dans un atelier, s'ils ne préféraient les obliger à continuer leur chemin sans s'arrêter. Les chapeliers tenaient des assemblées séditieuses, se coalisaient et l'efusaient de travailler si les maîtres n'augmentaient le prix de leur journée et le nombre de leurs repas. (Du Bourg, Tableau de Vancienne organisation du travail dans le midi de la France.) Une requête des maîtres serruriers du 5 mai 1682 accuse les compagnons exerçant ce métier de molester ceux de leurs camarades qui refusaient d'accepter leurs

règlements. « Lesdits compagnons ont établi un certain devoir et obligent les compagnons du pays à faire ce devoir avec eux; s'ils refusent de faire ce devoir, ils les battent, excèdent, maltraitent et même obligent à quitter la ville. » Quant aux maîtres bostiles au Devoir, on interdisait aux compagnons d'aller travailler chez eux. Celte puissance occulte du compagnonnage se perpétua à Toulouse jusqu'à la Révolution. Une requête adressée en janvier 1783 aux capitouls par les maîtres menuisiers de la ville accuse encore les Dévorants de se donner des juges pour faire exécuter leurs prétendus règlements, de se rendre maîtres des prix, des conditions et des heures de travail, enfin de priver de compagnons les maîtres qui leur déplaisent.

Il serait aisé de poursuivre cette revue et de montrer que dans les principales villes de Bourgogne, de Provence, du Languedoc, de Touraine le compagnonnage comptait des adhérents groupés en confréries clandestines '. Mais il sera plus intéressant et plus instructif à la fois d'étudier, k l'aide des rares textes qui projettent quelque lumière sur cette institution, les coutumes, les règlements, la hiérarchie des anciens compagnonnages.

1. Il en était ainsi uotaminent à la Rochelle, à Ninics, à Bourg, k Màcon, à Orléans. Voira ce sujet les notes du prochain chapitre et le livre de M. Germain Martin : Les Associations ouvrières au XVI H' siècle. Paris, Rousseau, 1900.

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