‹ Le compagnonnage, son histoire, ses coutumes, ses règlements et ses ritesChapitre 43 sur 107 · Archives du Loiret, 15, )'J · texte numérisé non relu

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qui avait lenlé de débaucher divers i,'arçons du même métier du service de leurs maîtres et d'avoir frappé ceux qui se refusaient à la suivre. {Archives du Loiret, B, 1980.) En résumé, le compagnonnage nous apparaît sous l'ancien régime comme une association purement ouvrière qui a pour buts essentiels la formation professionnelle de l'ouvrier, la défense de ses intérêts vis-à-vis des maîtres, le placement, l'organisation des secours en cas de maladie et d'accident, l'assistance matérielle et morale donnée à l'ouvrier voyageur. Le compagnonnage luttait alors avec persévérance, souvent même avec succès, contre l'action de la corporation officielle entièrement soumise à l'inlluence patronale. En vain les maîtres réclamaient et obtenaient contre les Devoirs l'appui de l'autorité; en vain les Parlements et les lieutenants de police multipliaient arrêts, sentences et perquisitions; il fallait compter avec cette société secrète, ennemi insaisissable, lutteur masqué dont les feintes hardies suivies de brusques retraites déconcertaient quiconque tentait de l'arrêter dans sa marche. 11 était à peu près impossible en effet d'anéantir une association dont les adhérents déguisaient leur véritable personnalité sous des noms d'emprunt, se juraient une discrétion inviolable et punissaient de mort les traîtres et les parjures, avec une association qui étendait ses ramifications sur les deux tiers de la France, qui, grâce à une active correspondance et à une contre-police admirablement organisée, était informée très rapidement des projets de ses adversaires et ainsi mise à même de les déjouer. Plus la décadence de la corporation s'accentua, plus le compagnonnage grandit en force et en influence; contre l'égoïsme croissant des maîtres, contre leur domination trop souvent injuste et oppressive, il est désormais leur seul recours. Aussi toutes les attaques dirigées contre lui échouent. L'édit de février 177(>, qui supprime un moment les communautés d'arts et métiers bientôt rétablies (août 1776), laisse intacte l'institution du compagnonnage. Ainsi l'ouragan qui renverse les grands chênes de la forêt ne peut rien contre les lianes qui serpentent à fleur de

sol, à demi cachées par la terre et par la mousse. Ce qu'il a créé lui-même, le législateur peut le détruire. Une institution, une organisation qui ne s'appuient que sur la puissance public[ue tombent le jour même où ce support vient à leur manquer. Il en est tout autrement d'une association qui a pour point d'appui non la loi, mais l'instinct de conservation et de défense d'une classe de la société, et quelle classe? la plus nombreuse comme la plus énergique : celle des ouvriers. Toutes les sévérités des codes, toutes les persécutions policières ont été et seront du reste toujours inutilement mises en œuvre contre les institutions qui prennent leur racine, soit dans les profondeurs sacrées de l'âme humaine, où habitent le sentiment religieux et le sentiment patriotique, soit dans la conscience collective d'un groupe d'hommes spontanément unis pour sauvegarder leur droit à la justice et à la liberté. Le compagnonnage — et c'était là le principe de sa force et de sa grandeur — combattait seul à la lin de l'ancien régime pour la cause des humbles et des déshérités; en lui se concentraient les énergies latentes, les espérances encore imprécises de ceux que la faillite morale de la corporation avait laissés sans défense contre les abus et les iniquités du régime industriel alors en vigueur. Le rôle de l'association de compagnons ne finit pas au surplus avec la Révolution. L'individualisme économique, dont la loi du 14 juin 17'.lt va consacrer le triomphe, créera à l'ouvrier une situation encore plus précaire et l'eût courbé, sans résistance possible, sous le joug de la classe patronale, si le compagnonnage, dont notre syndicat professionnel a depuis un quart de siècle recueilli l'héritage, ne lui eût assuré la protection que la loi lui refusait. Nous étudierons dans le livre suivant cette phase nouvelle, la plus intéressante à notre avis et, en tout cas la mieux connue, de l'histoire du conipaL.'n()nnage.

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