‹ Le compagnonnage, son histoire, ses coutumes, ses règlements et ses ritesChapitre 45 sur 107 · Archives Nationales, D, IV, 57, 1488; G. Mahtin, p · texte numérisé non relu

Archives Nationales, D, IV, 57, 1488; G. Mahtin, p

des maîtres charpentiers, parce qu'on va quehjuefois leur enlever leurs garçons de force et les empêcher de travailler. » {Bibliothèque nationale, mss., Fonds français, 11697, f'^ 146). Et Nouvion répond [Ibid., ("> 147) en faisant observer la difficulté de protéger les ateliers des maîtres dont beaucoup de commandants] de bataillons ignorent l'exacte situation.

Les inquiétudes sont encore augmentées par la présence, à Paris, d'environ 2^000 ouvriers employés dans les ateliers de secours créés le 1*='' mai 1789 •. Parmi ces individus, il y a un certain nombre de meneurs dangereux, beaucoup de fainéants et de gens faibles que l'on entraînerait facilement à l'émeute ou au pillage.

Les maîtres et entrepreneurs de tous les métiers comprenant que l'assemblée partageait leurs alarmes, lui avaient présenté, le 5 mai 1791, une adresse demandant la suppression de l'institution des compagnons du Devoir (Arcliives parlementaires, 1'"° série, t. XXV, p. 609). La municipalité s'était enfin décidée, la veille, à annuler comme inconstitutionnels et non obligatoires les arrêtés pris par les ouviiers des diverses professions pour s'interdire et interdire à tous autres ouvriers le droit de travailler à d'autres prix qu'à ceux fixés par lesdits arrêtés; ordre était donné d'arrêter les coupables -. Les jours suivants, 5 et 6 mai, les ouvriers et les patrons pétitionnent à l'envi : les premiers pour demander à la municipalité d'élever de ;^0 ou 40 sous à 2 fr. ilO le prix de leurs Journées; les seconds pour réclamer la dissolution de l'assemblée de l'Archevêché, c'est-à-dire des réunions illicites tenues par leurs ouvriers. Le corps de ville, inqjuissant et affolé, se résout en quelque sorte à abdiquer et à faire appel à l'Assemblée; il nomme des commissaires chargés d'exposer les faits au comité de la Constitution et de prendre son avis.

Cette altitude eut pour résultat d'exaspérer les maîtres contre le corps de ville. Dans une pétition présentée le

1. Voir Z?(6. Xat. mss., Fonds français, 11697, f"^ 98 et 11"/, deux lettres échangées à ce sujet entre Bailly et La Kajette. 'i. Roux et Bûchez, Histoire parlementaire, t. X, 102.

2 juin 1701 ;i l'Assemblée, les maîtres marrcliaux lliHrissent la faiblesse de la municipalité, cause de tous ces désordres : « elle a, disent-ils, protégé, toléré les rassemblements d'ouvriers et lorsqu'éclairée par le cri général, elle a senti ses torts, il était trop tard pour y remédier ». Ils dénoncent en même temps la coalition de 80 000 hommes rassemblés dans la capitale, les ouvriers de tous les métiers s'apprêtant à suivre les traces des maréchaux et des charpentiers '. A ce réquisitoire les ouvriers répondaient en dépeignant leur condition sous les couleurs les plus noires. Ils travaillent, disent-ils, de quatre heures du matin à sept heures du soir, soit quatorze heures par jour (le temps des repas déduits) et ne gagnent que 30 sous. Il ne serait que juste de réduire à treize heures la durée de leur travail et de porter leur salaire à 40 sous.

La situation était évidemment critique, surlout en raison du peu de prestige et d'autorité d'un gouvernement tenu déjà en échec par le pouvoir occulte des clubs et d'une Assemblée hésitante et timorée. Cependant la crainte et l'instinct de conservation inspirèrent aux représentants la volonté d'agir, c'est-à-dire de se défendre, fût-ce au prix d'une injustice et d'un attentat contre une liberté sacrée, la liberté d'association des travailleurs. Tel sera du reste éternellement le lot des timides et des indécis; ils sont condamnés par la loi de leur nature à demeurer toujours en deçà ou au delà de leur droit; la notion d'un gouvernement calme, réfléchi, mesuré dans sa politique parce qu'il est conscient de sa force, leur est étrangère. Ils sont incapables d'une action saine et féconde; pour eux, il n'y a pas de milieu entre l'alTaissement et la violence, entre l'immobilité et la réaction. On a parfois prétendu expliquer la loi du lijuin 1791 par l'influence des idées physiocratiques, par la faveur dont jouissaient alors auprès des purs théoi'iciens la célèbre maxime « /at.ssc;- faire, laisser passer ». l,a vérité historique nous semble beaucoup plus simple. Cutte loi ne [leut être envisagée, à notre avis, sans tenir compte des

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