‹ Le compagnonnage, son histoire, ses coutumes, ses règlements et ses ritesChapitre 48 sur 107 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3. Nous utiliserons ces notes pour notre Revue des Sociétés do compagnons sous l'Empire. Voir infrà, p. 88.

iiulividu ;i été victime de la part de deux compagnons charpentiers qui voulaient le forcer à s'agréger au Devoir; sur son i^efus, il fut frappé de deux coups de pointe par un de ces fanatiques porteur d'une canne à dard (canne à épée).

A Chartres, où les compagnons n'avaient pas troublé la paix publique depuis l'arrêté du 14 thermidor an XIII * pris contre leur société, une rixe sanglante éclate en septembre 1807 entre des compagnons du Devoir et des ouvriers cordonniers-. Six artisans mêlés à cette rixe furent condamnés, peu après, à six mois de prison et cinq francs d'amende par le tribunal de Chartres.

Mais c'est surtout dans le département de Saône-et-Loire et plus spécialement à Chalon-sur-Saône que l'autorité dut intervenir avec vigueur pour prévenir ou réprimer des troubles suscités par les rancunes et les rivalités qui sép raient les compagnons. Une lettre du préfet de ce département (4 août 1806. Archives Nationales, ¥'', 4236) raconte une rixe survenue à Chalon le 7 juillet : un compagnon menuisier avait été tué et l'autre blessé. Le lendemain 8 juillet, le maire de la ville prend un arrêté interdisant l'usage de toute dénomination telle que gavot, dévorant, l'emploi des mots de ralliement, prohibant les réunions de plus de trois compagnons, etc. Mais en même temps, dans une lettre qu'il adresse au ministre de la Police en lui envoyant une ampliation de cet arrêté, le préfet de Saône-et-Loire émet l'avis que des mesures partielles ne peuvent mettre un frein au désordre presque général du compagnonnage. « Il faut, écrit-il, des moyens de répression plus vastes appliqués partout avec sévérité. » De fait, en mai 1808 les rixes entre compagnons recommencent de plus belle à Chalon.

Dans le Rhône, l'organisation du compagnonnage est toute militaire et reflète les mœurs guerrières de la période

1. Archives Nationales. Pièces de police, F', 4-236, Lettre du Préfet d'Eureet-Loir du 21 septembre 1807.

2. Les cordonniers uo furent inities aux secrets du compagnonnage qu'en 1808.

impériale. Les compagnons se réunissent à certains jours pour défiler par les rues. « Ils marchent en ligne comme la troupe, précédés de sapeurs et de tambours majors on costume et de tambours qui battent la marche. Ils onl des chefs, un mot d'ordre, des signes particuliers pour se reconnaître... Ils sont sous la direction d'une Mèi'e chez laquelle tout ouvrier doit se présenter en arrivant. Celui qui manquerait à cette formalité serait tellement persécuté qu'il serait forcé de quitter la ville... Ils font des règlements et des arrêtés qui font loi pour eux. Scmvent ils ont obligé les maîtres de s'y conformer. )) Le commissaire central de Lyon, qui relate tous ces faits dans un rapport adressé au conseiller d'État chargé du 2° arrondissement de police, ajoute, dans une note du 3 juillet 1809 ', qu'il suffirait d'une étincelle pour enflammer ce corps si combustible.

Ces rapports et d'autres encore avaient éveillé l'attention du gouvernement. Le Conseil général de police avait été saisi d'un rapport de Pelet de la Lozère concluant à l'exécution stricte de la loi du 14 juin 1791, et à la création de bureaux de placement. Les choses en étaient là lorsque l'assassinat d'un compagnon charpentier, lue à Bordeaux par des compagnons cordonniers (16 octobre 1809), décida le parquet à agir avec vigueur. Des perquisitions opérées à Bordeaux et à la Rochelle amenèrent la saisie de documents très instructifs analysés dans un rapport adressé au Grand Juge, ministre de la Justice, par le procureur général près la cour criminelle de la Gironde (8 novembre 1809 ^). « Il n'y a point de faux frères parmi eux. Ceux mêmes que des sentiments honnêtes ont engagés à quitter cette société ne se déterminent jamais à trahir le serment qu'on a exigé d'eux. » Les menées contre les patrons sont prouvées. Dans deux lettres saisies, les Chambres de Nantes et de la Rochelle s'applaudissent d'avoir fait porter de 4 livres 6 sous à G livres le salaire des compagnons cordonniers; on y mentionne une interdiction de boutique. La Chambre

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