Gazcltc des Tribwiaux, '28 août
•i. .1. Iii.\N j, La Grave des charpentiers. 1815, p. 5.
LA MONARCHIE DE JUILLET 13o
un salaire uniforme de 50 centimes par heure. Ce salaire, disaient-ils, n'était pas exagéré, vu la durée de la morte saison (4 mois). Les patrons déclaraient injuste cette égalité des salaires; mais les ouvriers répondaient que l'ouvrier habile était plus considéré, qu'il faisait rarement les gros travaux, qu'il était moins exposé au chômage. Même à salaire égal, il élait donc mieux traité qu'un ouvrier moins adroit. Ils réclamaient également la suppression du marchandage.
Sur le refus des entrepreneurs d'accepter ces conditions (G juin 1845), 4 à oOOO charpentiers se déclarèrent en grève le lundi 9. Dans une lettre fort digne et très modérée de ton, leur délégué Vincent protestait des intentions pacifiques de ses camarades. « î\ous n'occasionnerons, écrivait-il, aucune espèce de trouble ; nous ne ferons pas de rassemblements tumultueux et, si nous déplorons avec vous la gêne momentanée où vont se trouver quelques-uns d'entre vous, nous n'en poursuivrons pas moins notre but auquel nous espérons arriver avec votre concours. »
Cette lettre n'eut aucun résultat, et les ouvriers, encouragés par la presse de l'opposition : le National, la Démocratie jiacifiquc et même la royaliste Quotidienne, décidèrent de continuer la lutte. Bientôt la grève des charpentiers devint le grand événement du jour. Le gouvernement ayant décidé (26 juin) de mettre des militaires à la disposition des entrepreneurs, Ledru-RoUin l'interpella sur cette résolution qui, disait-il à bon droit, constituait une violation de la neutralité qui s'imposait aux pouvoirs publics. Le comte Duchâtel répondit par un sophisme : puisque les travailleurs civils renonçaient au travail, ce n'était pas, d'après lui, leur créer une concurrence que d'appeler au secours de l'industrie des travailleurs militaires. L'ordre du jour fut voté.
Cependant la situation s'aggravait. La grande majorité des entrepreneurs se refusait à augmenter les salaires des ouvriers qui, de leur côté, maintenaient énergiquement levirs revendications. L'autorité inquiète se décida à frapper un grand coup. Le 19 juillet, à trois heures de l'après-
midi, un commissaire de police se présente rue de Flandre, chez le Père et la Mère des compagnons charpentiers, fouille tous les meubles, brise le bureau en bois qui renfermait les fonds de secours. Le Père et la Mère, M. et M™^ Linard, sont arrêtés et conduits à la Préfecture ainsi que sept autres ouvriers charpentiers, parmi lesquels Vincent, secrétaire des compagnons bons Drilles, le compagnon Dublé et le rouleur. Deux jours plus tard, (21 juillet) le Père et la Mère étaient relâchés, mais l'arrestation des autres inculptés fuL maintenue.
Le 9 août, deux nouvelles descentes de justice avaient lieu simultanément chez les deux Mères des compagnons charpentiers. A la chaussée du Maine, chez les compagnons de Liberté, la pei'quisition n'eut aucun résultat. A la Villette, chez les bons Drilles, la jjolice fut plus heureuse ; elle saisit tous les registres du compagnonnage conservés depuis trente ans. En même temps, une ordonnance judiciaire renvoyait devant le tribunal coiTeclionnel de la Seine 19 ouvriers charpentiers, compagnons ])our la plupart, comme prévenus des délits de coalition, coups, violences et menaces sous condition. Les débals s'ouviir(,'nt le 20 août 1843 devant la 7" ciiambre correctionnelle et remplirent cinq audiences; ils élai)lirent jusqu'à l'évidence que le compagnonnage avait eu la dircclion de la grève. L'interrogatoire du principal accusé Vincent ne laisse aucun doute à cet égard. Le président l'interroge en ces termes : « Il existe deux sociétés d'ouvriers, celle des Compagnons du Devoir et celle des Renards de Liberté. Je vous demanderai d'abord à laquelle de ces deux classes vous prétendez appartenir?
R. A celle des compagnons du Devoir.
D. Vous êtes plus spécialement attaché à la société par la raison que vous en êtes le secrétaire?