‹ Le compagnonnage, son histoire, ses coutumes, ses règlements et ses ritesChapitre 62 sur 107 · II. Oui, monsieur, j'en suis le secrétaire · texte numérisé non relu

II. Oui, monsieur, j'en suis le secrétaire

D. Au commencement di- la grève, Iravailliez-vous encore?

]{. Je ne travaillais pas. J'ai travaillé seulement cet hiver pour la Mère. J'ai fait un petit escalier chez elle... je

vais VOUS donner connaissance des faits. En 1841, il y avait Leaucoup de singes (patrons) qui payaient les ouvriers de 3 fr. 50 à 3 fr. To, contrairement à ce qui avait été dit en 1833. Les ouvriers ont murmuré; ils ont été près des compagnojis qui ont fait ce qu'ils ont pu pour éviter la grève. En 1842, les maîtres ont encore payé des ouvriers qui valaient bien 4 francs seulement 3 fr. 50. Les ouvriers se sont adressés aux compagnons pour leur faire part de leur position malheureuse ; les compagnons les ont encore empêchés de faire grève. En 1845, la même chose s'est renouvelée. Alors, ils ont examiné leurs plaintes; ils ont reconnu qu'elles étaient, de nouveau, bien fondées. Les ouvriers voulaient quitter presque immédiatement les travaux; les compagnons leur ont dit qu'il était plus sage de faire tout ce qui était nécessaire pour arriver à un arrangement amiable. »

Les débats mirent également en évidence la parfaite entente des deux compagnonnages : celui de Liberté et celui du Devoir entre lesquels existaient cependant de vieilles rancunes. Comme le président s'étonnait de cet accord subit et en demandait la raison, Vincent répondit que les deux sociétés s'étaient trouvées d'accord en cette circonstance sans qu'il fût besoin d'une convention ou d'un mot d'ordre, parce qu'elles avaient compris que l'intérêt général devait passer avant tout.

Les accusés furent défendus par Berryer, qui prononça en cette occasion une de ses plus belles plaidoiries et revendiqua éloquemment pour les ouvriers le droit de s'associer. <i L'Union, s'écriait-il, est le premier besoin des hommes, le droit le plus légitime de ceux qui ont un intérêt commun, le droit de l'intelligence. Ce droit est sacré; ce droit est inviolable; ce droit, il est respecté par les lois qui nous régissent; Je ne ferai pas ci nos lois V injure de dire qu'elles lui sont contraires. » En pure équité, cette thèse était inattaquable ; mais la loi n'est pas malheureusement toujours en harmonie avec le droit. La grève des charpentiers, bien ([u'elle ne fût autre chose que l'exercice d'un droit primordial, constituait évidemment une infraction aux dispositions

de l'art. 415 du Code pénal qui déclarait illicite de la part des ouvriers « toute coalition pour faire cesser en mèmie temps de travailler... » Il y avait eu incontestablement de la part des ouvriers coalition en vue d'amener la cessation du travail. Un mot d'ordre avait été donné; des cartes ou permis de travailler chez certains patrons adhérents aux tarifs avaient été délivrés; une commission avaitété chargée de relever les noms des ouvriers qui travaillaient et auxquels plus tard le séjour dans le département de la Seine (levait être interdit : il n'eu fallait pas davantage dans l'état de la législation d'alors pour motiver une condamnation. Elle fut terrible. Par jugement du 20 août, Vincent et Dublé, les deux chefs de la grève, contre lesquels aucun acte de violence n'était établi et qui, au conli'aire, avaient donné mainte preuve de leur sagesse et de leur modération, furent condamnés à trois et deux ans de prison. Sept autres accusés s'entendirent infliger des peines de quatre et de huit mois d'emprisonnement. En appel (9 octobre) toutes ces condamnations furent confirmées, sauf en ce qui concernait le nommé Arrivière, qui fut acquitté. Ce fut là du reste pour les patrons une satisfaction platonique. Nombre d'entre eux avaient, dès le mois d'août, accordé l'augmentation demandée. Les plus opiniâtres finirent par céder et, le 5 novembre, le travail reprit dans tous les chantiers.

Les charpentiers attirèrent encore deux fois sur eux l'attention du public avant la fin du règne de Louis-Philippe. Le 23 avril 1840, un certain nombre de bons Drilles ayant appris que l'un d'eux travaillait comme ouvrier menuisier-parqueteur au fort de Bicêtre s'y rendirent en troupe pour le contraindre à abandonner ce travail que leurs usages interdisaient à un charpentier. L'atelier fut cerné et le réfractaire grièvement blessé. Les auteurs de ces voies de fait furent condamnés à trois ans et un an de prison '.

Quelques mois plus tard, la vicilb; aniniosité quï divisait

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