LE COMPAGNONNAGE. H
launiou, a retracr- l'hisloriquo de la scission qui a portt' un coup niovlel à cette société. La cause immédiate de ce schisme fut une accusation de vol portée faussement contre un compagnon et un aspirant; mais depuis longtemps, il existait dans cette association deux partis ennemis. Le 16 février 1834, Guillaumou se retira de la société avec 21 compagnons et 73 aspirants qui fondèrent un groupe séparé (UiVÈre nouvelle. Ce groupe s'unit aux cordonniers sociétaires (dissidents depuis 1811), aux indépendants (1827) et aux compagnons de Liberté (184o) pour combattre le compagnonnage du Devoir. Les sociétaires de l'Ère nouvelle ne purent longtemps s'entendre entre eux; quelques mécontents fondèrent à leur tour un groupe nouveau dit de l'Alliance. Ce fut sans doute l'Alliance qui publia la brochure intitulée u Le secret des compagnons cordonniers dévoilé par les compagnons du Devoir, les Sociétaires, les Indépendants, les compagnons de Liberté et ceux des Devoirs réunis en Société de Secours mutuels à Paris, Payrard, 29, quai Napoléon '. » Ce curieux recueil renferme le formulaire des rituels secrets des divers compagnonnages de cordonniers; le but des éditeurs est évidemment de porter un coup aux socii'-tés énumérées dans le litre, sociétés dont assurément et contrairement à ce qu'ils semblaient prétendre, ils ne faisaient plus partie.
2" Progrès de la concentration industrielle et de la division du travail. — Dans un remarquable rapport présenté au nom du jury international de l'Exposition Universelle de 1867, Michel Chevalier constatait les progrès de la mécanique en môme tem[)sque son introduction continue dans l'industrie. « C'est, écrivait-il, un des caractères dominants de l'industrie moderne, h; [dus saillant de tous, pcut-éli-i', (pic la méc;mi(iue la pénètre de (oute paît. Toutes les brandies de l'industrie éprouvent, les unes après les autres, cette sorte d'invasion qui est pour le bien général, malgré l'effroi qu'elle a inspiré à un écrivain généreux et d'ailleurs fort éclairé, Sismondi, et malgré la
1. L'exemplaire Je la /lil/liotlii''fpie Nationnln est cote R, r)()005.
défaveur avec laquelle elle est envisagée par les po|nilations ouvrières. Par la vertu de la mécanique, des fabrications qui naguère formaient le lot de quelques artisans peu et mal outillés, élalilis dans une petite boutique ou une cluimbre, passent successivement à l'état de grande industrie. Presque tout s'y faisait à la main ou avec un petit nombre d'instruments d'une grande simplicité. Aujourd'hui, elles ont un nombreux outillage mis en mouvement parla vapeur ou par des chutes d'eau et on peut y observer d'une manière très accentuée la division du travail marchant de front, ainsi que c'est la règle, avec l'introduction des machines et des outils perfectionnés. » Longtemps les industries du bâtiment, celles qui fournissaient au compagnonnage son plus fort appoint et ses réserves, avaient été épargnées par le machinisme. On n'employait les machines pour le travail du bois que dans quelques cas particuliers et dans un petit nombre de chantiers*. Le menuisier achetait les bois en grume et les débitait lui-même avec une scie à main. De même le charpentier recevait des bois bruts qu'il lui fallait tailler. (( On lui donnait un arbre, nous disait un homme du métier, il devait l'équarrir. »
Déjà, en 18o3, cette situation s'était considérablement modifiée. Les rapports du Jury international de la première Exposition universelle constatent, à cette date, que les machines-outils pour le travail du bois se sont multipliées au point que leur emploi tend de plus en plus à se généraliser. « C'est une voie toute nouvelle dans laquelle entre l'industrie, et comme les outils pour le travail des métaux avaient donné lieu à de longues et laborieuses études avant d'atteindre le degré de perfectionnement que nous voyons aujourd'hui, ceux qui sont employés au travail du bois ont fait, dans ces dernières années, des progrès excessivement rapides- ». On voit figurer à cette Exposition des machines à scier ou à débiter les bois, notamment
1. Exposition iiniversella de IS55. Rapport du jury mixte international, Paris, Imprimerie Impériale, 1856, p. 2"0 (Rapport de M. Blondcau, !"■ groupe, 6" classe, 1" section.)