‹ Le compagnonnage, son histoire, ses coutumes, ses règlements et ses ritesChapitre 72 sur 107 · L'Officiel du. RaUiement, n" du 15 octobre · texte numérisé non relu

L'Officiel du. RaUiement, n" du 15 octobre

et le passif à Ci 4G1 francs; l'avoir net était donc de 177 503 fr. 87.

La capitalisation à 3 \). 100 a pu évidemment être critiquée pour un placement immobilier et l'évaluation de l'actif eût dû être sensiblement diminuée de ce chef. Néanmoins la situation générale était bonne. Aussi les comptes furent-ils approuvés; les compagnons de Tours étaient en même temps mis en demeure d'accepter les statuts et de verser leurs fonds à la caisse de Nantes, faute de quoi un nouveau journal serait fondé. On vola encore la création d'une caisse de secours pour les veuves et orphelins ; chaque compagnon devait acquitter de ce chef une cotisation de 1 franc par an.

Les compagnons de Tours répondirent le l'^'" août 1897 à cet ultimatum par une lettre collective. Ils arguaient de nullité la décision du Congrès, le procès verbal ne portant ni cachet ni signature et ne mentionnant pas les noms des délégués; ils refusaient d'accepter l'évaluation de l'immeuble.

Les compagnons de Nantes mirent alors leur menace à exécution et créèrent un nouveau journal : VOf'ficiel du Ralliement (/es compagnons du Devoir et des chevaliers de iOrdrc. Depuis le IS octobre 1897, ce journal a paru concurremment au 'Ralliement de Tours, et bien que les deux feuilles aient échangé souvent des articles aigre-doux, le souvenir des liens qui ont jadis uni les deux groupes et aussi l'iniluence d'amis communs les ont empêchés de se déclarer ouvertement la guerre.

Le dernier bilan du Ralliement de Nantes {Officiel du l'^'' mars 1901) accuse un avoir net de 199 245 fr. 98 dont la i)resque totalité est représentée par la valeur de l'immeuble de Nantes, 193 333 fr. 33. Il n'y a plus aucun passif.

La société du Ualliemenl fonctionne dans les villes suivantes : Nantes, Angers, Bordeau.x, le Mans, Lyon, Paris, les Sables-d'OIonne, Angoulème.

II. Les sociétés corporatives du Devoir non adliérentes à l'Union.

Le Ralliement n'est, on l'a vu, qu'une société de retraites ouverte aux compagnons non adhérents à l'Union. Mais que sont devenues depuis vingt ans les sociétés du Devoir demeurées en dehors de l'Union? il est assez difficile de retracer leur histoire. Il est certain que, sauf trois ou quatre, ces sociétés ont végété et n'ont guère fixé l'attention du public. Le peu d'activité dont elles ont fait preuve s'est concentré sur deux jioints : la lutte contre l'Union compagnonnique, les tentatives répétées en vue d'unifier les divers rites par la Reconnaissance ijcncrale.

Lutte contre l'Union compagnonnique. — Quelle que soit l'opinion que l'on professe au sujet du différend qui aboutit si malheureusement en 1897 à une scission entre Tours et Nantes, on ne peut nier que les compagnons de Tours aient vaillamment défendu pendant plusieurs années la cause des sociétés indépendantes du Devoir contre leur rivale, l'Union compagnonnique. Depuis 1883, date de la fondation du journal de Tours, jusqu'en 1897, époque où un organe concurrent fut créé à Nantes, le compagnon Boudin et ses amis ont été constamment sur la brèche; pendant ces quatorze années ils se sont employés sans relâche à empêcher les défections, à disputer pied à pied le terrain à l'Union, à défendre leur conception de l'institution du compagnonnage.

Mais d'abord quelles sociétés avaient persisté à se tenir à l'écart de l'Union? quelles sociétés avaient adhéré à cette fédération? Nous tenterons d'établir cette double liste à l'aide d'éléments empruntés aux deux partis.

A la veille du Congrès de 1889 où fut proclamée l'Union, on comptait 31 corporations groupées en compagnonnages. Trois de ces corporations se divisaient chacune en deux sociétés de divers rites. Il y avait donc au total 34 sociétés de compagnons dont suit la liste empruntée à VAlmanach du Tour de France, publié en 1887 par la Fédération compagnonnique (13, rue des Archers, à Lyon).

Blaïuiiers chiimoisciirs. — Boulangers. — Hourroliers harnaclieurs. — Chapeliers. — Charpentiers. — Charrons.

— Cloutiers. — Cordiers. — Cordonniers. — Couteliers, ferblantiers, fondeurs, poêliers {Quatre Corps.). — Couvreurs. — Doleurs. — Forgerons. — Maréchaux ferrants.

— Menuisiers du Devoir. — Menuisiers du Devoir de Liberté. — Plâtriers. — Sabotiers. — Selliers. — Serruriers du Devoir. — Serruriers du Devoir de Lilierté. — Tailleurs de pierre étrangers. — Tailleurs de pierre passants. — Tanneurs corroyeurs. — Teinturiers en drap. — Tisseurs ferrandiniers. — Toiliers. — Tonneliers foudiiers.

— Tourneurs. — Vanniers. — Vitriers.

Ces sociétés peuvent se classer en trois groupes. Les unes ont adhéré en niasse à l'Union compagnonnique : les chapeliers, les cloutiers, les plâtriers, les Quatre Corps (couteliers, ferblantiers, fondeurs, poêliers), les sabotiers formiers, les selliers, les tanneurs corroyeurs, les teinturiers en drap, les toiliers, les tonneliers foudriers, les tourneurs, les vanniers, les vitriers (IG sociétés). A ces corporations se sont joints des ouvriers de diverses professions non admises jusqu'ici à faire partie du compagnonnage.

Se sont divisés et ont formé deux sociétés, l'une adhérente à l'Union, l'autre indépendante : les bourreliers bar nacheurs, les charrons, les cordiers, les cordonniers bottiers, les forgerons, les menuisiers et les serruriers du Devoir (7 sociétés), plus les menuisiers et les serruriers du Devoir de Liberté.

Dans les corporations ci-après mentionnées, la totalité ou tout au moins la grande majorité des compagnons, s'est refusée à adhérer à l'Union et est demeurée groupée en sociétés indépendantes. Cette catégorie comprend : une société du Devoir de Salomon : les charpentiers du Devoir de Liberté et les huit corporations suivantes du Devoir : les compagnons passants tailleurs de pierre, les maréchaux, les compagnons passants charpentiers (bons Drilles), les compagnons passants couvreurs, les doleurs, les tisseurs ferrandiniers, les boulangers, les jilancheis chamoiscurs.

Il résulte de ces données que le Devoir de Maître Jacques groupait encore après le Congrès de Paris 14 sociétés corporatives dont 8 comprenaient la totalité (ou peu s'en fallait) des compagnons de la profession.

Reconnaissance générale. — Quelques compagnons émus de la décadence croissante du compagnonnage * ont cru en découvrir la cause dans un défaut de cohésion entre ses divers éléments et ont tenté d'y remédier en demandant l'adoption d'une reconnaissance générale, c'est-à-dire de rites communs à tous les compagnons et leur permettant de se reconnaître pour tels à première vue. Cette idée, émise pour la première fois dans une lettre des compagnons de Marmandc du l^f octobre 1893 {Ralliement du 14 mars 1894), fut favorablement accueillie par un certain nombre de sociétés ^ . Cette tentative était cependant condamnée à un échec dont un article du compagnon Tapy dit Gascon le Bien Sincère nous révèle la cause : « Les sociétés actives auraient dû être informées, pour pouvoir en délibérer, des conditions primordiales qui forment la base de ladite Reconnaissance.

L'activité des sociétés corporatives du Devoir a été des plus faibles au cours des vingt dernières années. Plusieurs se sont dissoutes, d'autres sont en sommeil. Sur les douze ou quinze qui existent encore, trois ou quatre seulement se maintiennent dans une situation relativement satisfaisante. Dans une dernière partie de cet ouvrage, nous entreprendrons de dresser l'inventaire des sociétés de compagnonnage.

Sociétés du rite de Salomon {Devoir de Liberté). — Réduites à un nombre infime d'adhérents, ces sociétés n'ont guère donné signe de vie depuis 1870. On a vu que l'admission

1. « Bordeaux compte à peine -10 CC.'. boulangers sur lOOO (ju'il y a dans cette ville... Les compagnons charrons du Devoir ne représentent pas 5 p. 100 des ouvriers de cette profession. » (Lettre publiée dans l'Officiel du Ralliement du 15 mai 1808.; « Il ne faut pas se faire d'illusion; jamais le compagnonnage n'a été si malade. A part quelques corporations, toutes vont sur leur déclin... 11 n'est plus le bon vieux temps où l'on voyait 40 à 50 sociétaires loger au siège do chaque corps d'état. » {Id., 1" juin 1898.)

2. Voir ÏOfflciel du Ralliement, n°* du 1"^ décembre 1897 et du 1" janvier 1898.

des compagnons de Liberté par l'Union compagnonnique avait dtHerminé la rupture survenue entre cette association et les compagnons dits restés fidèles au Devoir. Tous les compagnons du rite de Saloraon n'ont cependant pas adhéré à l'Union : les charpentiers, les menuisiers et les serruriers forment encore, comme il a été dit, des sociétés indépendantes. Nous étudierons l'organisation et la réglementation de ces sociétés dans la dernière partie de cet ouvrage qui a pour titre : Le compagnonnage en 1901 .

L'Union des travailleurs du Tour de France. — Cette société, ainsi qu'il a été dit, n'est pas une société de compagnons, bien qu'elle soit issue du compagnonnage et qu'elle présente quelques analogies avec cette institution. Au cours de cette période trentenaire, les règlements de l'Union des Travailleurs furent revisés plusieurs fois : en 1875, en 1883, en 1889. On trouvera le détail de ces modifications dans la Notice historique publiée par le sociétaire Marquet (2" édition, Tours, Bousrez). Nous nous bornerons à décrire sommairement, dans notre avant-dernier chapitre, l'organisation actuelle de cette Société. L'Union des Travailleurs a participé à l'Exposition Universelle de 1878 où elle obtint une médaille d'or. Bien qu'elle ne soit pas parvenue à grouper un grand nombre d'ouvriers, cette société, très sagement diiigée, a prospéré et a su assurer à ses membres le bénéfice d'institutions vraiment modèles de mutualité et de prévoyance.

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