‹ Le compagnonnage, son histoire, ses coutumes, ses règlements et ses ritesChapitre 73 sur 107 · I. — Rituel de la réceplion · texte numérisé non relu

I. — Rituel de la réceplion

Dans toutes les sociétés secrètes, la réception d'un nouveau menabre donne lieu à une cérémonie au cours de laquelle, loin de la présence des profanes, s'accomplissent certains rites mystérieux en même temps que le récipiendaire est soumis à diverses épreuves : les unes morales, les autres physiques, les unes de pure forme, les autres plus sérieuses. Ces pratiques ont une double raison d'être. Elles permettent aux initiés d'étudier le caractère de celui qui aspire à devenir un des leurs, de juger s'il est énergique, intelligent, dévoué, s'il est animé de cet esprit d'abnégation que l'on est en droit d'exiger des membres d'une association de ce genre.

Les rites correspondent encore à des préoccupations d'un ordre moins élevé. On veut agir sur l'imagination du futur affilié, lui inspirer une haute idée de la société à laquelle il va s'agréger, exalter le mysticisme plus ou moins latent dans toute âme humaine, créer, en tout cas, sur son esprit une forte impression par la crainte des

cluitiments dont le rendrait passible la violation du pacte solennel par lequel il s'est lié. Le ooni|>agnonnai,'e, société secrète par excellence, ne pouvait manquer d'adopter pour la réception de ses nouveaux membres un cérémonial particulier et en quelque sorte sacramentel dont la tradition s'est ^perpétuée jusqu'à nos jours. Ici, en cfTet, les considérations qui viennent d'être exposées s'imposaient avec une force toute particulière. Le compagnonnage recrute ses adhérents dans la classe populaire et l'àme du peuple est éminemment sensible au symbole. L'Idée en soi, le pur concept intellectuel la touche peu. Mais que cette idée se manifeste sous une forme concrète, qu'elle se fasse image, qu'elle se fixe et se précise en une démonstration objective, visible et tangible, elle sera comprise, elle pénétrera dans les esprits et, bientôt après, dans les cœurs. Tous les rites du compagnonnage ne sont au fond que la traduction en signes, en objets et en mots, la matérialisation d'idées dont la signification, inintelligible pour le profane, s'éclaire pour l'initié. Le prestige du mei^veilleux, l'inquiétude de l'attente, l'incertitude où est laissé le néophyte touchant le but véritable de l'association et le rôle exact qui lui sera dévolu, toutes ces impressions influent puissamment sur le cerveau d'un homme simple , dont Fliorizon a été jusqu'alors celui d'un artisan assujetti à de durs labeurs, à des tâches nettement déterminées et circonscrites. Dans la cérémonie de réception où il va intervenir à la fois comme acteur et comme patient, tout est habilement combiné pour surexciter les énergies affectives et émotives de tout son être, pour l'étourdir, l'assouplir, le terrifier, le conquérir, le réduire, en un mot, à l'état d'instrument passif de cette collectivité dont les secrets viennent de lui être en partie révélés.

Quel est exactement le rituel usité pour les initiations de compagnons? Ce rituel diffère d'une société à une autre. Chaque compagnonnage possède, en matière de réception, ses usages et son formulaire particuliers. Mais peu à i)eu le scepticisme a envahi la classe populaire et le

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compagnonnage n'a pu échapper complètement à son action. Des indiscrétions ont été commises. Des compagnons dissidents ont parlé. D'autres, qui professaient des opinions avancées et jugeaient, à tort ou à raison, nécessaire d'en finir avec des pratiques surannées, ont pris le parti de divulguer à des profanes, bien entendu sous le voile de l'anonymat, le récit du rituel de réception. Aujourd'hui l'ombre qui couvrait ces épreuves est en grande partie dissipée et le mystère s'est évanoui.

C'est en 1858, dans un livre anonyme intitulé : Le secret des compagnons cordonniers dévoilé (Payrard, 26, quai Napoléon), qu'ont paru les premières divulgations publiques sur les rites secrets du compagnonnage. Depuis, une fort intéressante description du rituel de la réception chez les charpentiers bons Drilles a été publiée en 1891 par M. du Maroussem en appendice à son livre les Charpentiers de Paris. Compagnons et indépendants. Enfin VOffice du Travail a donné, dans son livre sur les Associations professionnelles (tome I), la description de divers rites et cérémonies de sociétés de compagnons dont il n'indique pas les noms.

Il nous a été possible, à nous aussi, de recueillir des renseignements circonstanciés sur les rites des compagnons, et ces récits, dont nous avons scrupuleusement contrôlé l'authenticité, permettront au lecteur de se faire une idée précise des cérémonies secrètes et des épreuves en usage chez les compagnons en ce qui concerne non seulement la réception, mais aussi les reconnaissances, les co7iduites, les guilbrettes, etc.

En ce qui concerne les réceptions, nous avons eu entre les mains deux manuscrits secrets décrivant : l'un, le nouveau rituel d'initiation des tanneurs et des cordonniers du Devoir; l'autre, la réception de l'Union compagnonnique. Cette dernière est entièrement inédite. Quant à notre premier manuscrit, il présente certaines analogies de texte avec la brochure précitée de 1838, qui traite, elle aussi, de l'initiation chez les tanneurs et les cordonniers du Devoir. Mais les deux versions sont loin de se confondre, celle

que nous donnons étant la plus réconte et ayant été précisément adoptée à la suite des révélations de i8y8.

Le rituel des cordonniers publié en 1858 relatait trois entretiens. Le premier, très court, était identique à celui dont nous donnons le texte. Le second avait pour titre entrée de boutique et pour but de commander pour le soir un compagnon cbargé de recevoir le néophyte. Le compagnon se flattait de bien boire, de bien manger, de gruger les margagcats jusqu'au cœur. Cet entretien a complètement disparu de la nouvelle réception.

Le troisième entretien a été conservé, mais a été sensiblement modifié. Ainsi l'ancien texte ne renferme aucune allusion à l'épreuve qui a pour thème la punition d'un prétendu parjure. Les frais de la réception s'élevaient alors à environ 50 francs (35 francs pour la caisse, 3 francs pour le banquet , 2 francs pour une paire de gants blancs, etc.).

Rituel de la réception des tanneurs et des cordonniers (d'après le manuscrit secret qui nous a été communiqué).

Initiation d'un co.MrAriNON nv Devoiu

Premier entretien :

« Pays, vous savez qu'il y a réception pour le jour de Pâques. Ceux qui désireraient se faire recevoir devront en avertir un compagnon au moins huit jours d'avance. »

La confidence étant faite, les aspirants présents s'occupent de faire le chef-d'œuvre; ils le portent en chambre où les compagnons sont assemblés, le posent sur une table recouverte d'une serviette et lous les G.-, le visitent. Le premier en ville demande s'il n'y a pas d'opposant, car il n'en faut que trois pour que l'aspirant soit refusé.

Puis on le fait monter en chambre où un compagnon désigné lui en signale les défauts '. Le G.-, prie l'assemblée d'avoir des égards pour lui et lui dit (|u'il lui rendra réponse de la décision prise à son égard.

Commande d'assrmiu.ki;, cius mvstiquks et nKCErrinN Deuxième, entrelien.

Minuit approche : les aspirants qui doivent être reçus sont arrivés chez la Mère. Un C.-. est avec eux pour empêcher toute

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