‹ Le compagnonnage, son histoire, ses coutumes, ses règlements et ses ritesChapitre 74 sur 107 · Du cliof-d'œuvro · texte numérisé non relu

Du cliof-d'œuvro

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conversation. Enfin, aiiiuiit a sonnr. Deux G/, revêtus de leurs insignes s'approclient de l'aspirant et lui frappent sur l'épaule, lui découvrant la tète et lui passant la main sur le front, et puis, ils lui font signe de les suivre.

11 arrive près d'une laide sur laquelle se trouvent des couleurs en croix, une assiette avec de l'esprit de vin qui brûle, sans autre lumière, et une autre assiette pour lui faire déposer ses métaux.

A coté se trouve une lète de mort. Un G.', se couche sur une espèce de cercueil, tout nu, recouvert jusqu'à la poitrine d'un drap blanc et le bras étendu dans l'attitude d'un homme mort. 11 représente le parjure!...

L'aspirant, les yeux bandés, est conduit devant cette table. Le premier lui dit : ■< Pays, qu'êtes-vous venu faire ici? »

L'aspirant répond : «Me faire recevoircompagnon du Devoir •-.

Le P.'. — Gomment avez-vous osé pénétrer dans ce lieu? — Savez-vous prier Dieu?

L'aspirant. — Oui.

Le P.-. — Faites votre prière.

L'aspirant. — Laquelle?

Le P.". — Gelle que vous voudrez.

Après que l'aspirant a fait sa prière on le fait relever, on lui demande s'il veut qu'on lui débande les yeux. 11 répond « oui ■■.

Alors un G.'. le menace avec un poignard levé sur sa poitrine et lui dit : •< Pays, voyez ce qui est réservé au parjure ».

On lui bande les yeux de nouveau et on lui dit qu'il faut qu'il le frappe [le parjure). Le G.", qui était couché se relève et on lui conduit l'aspirant le poignard à la main. Au moment qu'il (sic) va frapper on lui dit : « Arrêtez, Pays! » et on le conduit au Temple en le faisant voyager entre deux G.-, qui le tiennent chacun par un bras. Étant arrivé, un G.*, frappe un coup. Un autre G.-, qui est dans le Temple demande : « Qui amenez-vous là? » On lui répond : <' Un brave aspirant qui désire se faire recevoir G.-. ». La porte s'ouvre et on le fait entrer. On le fait asseoir, on lui met entre les jambes un réchaud avec profusion d'encens. Le premier en ville s'asseoit près de lui, lui demande ses noms et prénoms, sa religion, s'il veut en changer. La conversation dure longtemps sur la religion et la fausse monnaie i. On lui dit : ■• Pays, tous les G.", ont un papier quand ils voyagent. Si on voulait vous le prendre que feriez-vous? »

L'aspirant répond : « Je le cacherais de mon mieux, et si ou voulait me le prendre de force, je le défendrais au péril de ma vie ». On lui répond : ■< Ge que vous dites est bien » et on a

\. C'est-à-dire que l'on tend un piogc au récipiendaire, en lui disant que, pour être admis, il lui faut abjurer sa religion et s'engager à l'aire de la fausse-monnaie. C'est là une épreuve comme en imposent aux néopliytes toutes les sociétés secrètes

soin en même temps de lui mettre la main sur la tête pour la lui faire courber à seule lin (aie) que l'encens qu'il a entre les jambes lui aille bien au visape.

« Mais ce n'est pas cela (ju'il faudrait faire (lui dit-on); il faudrait le manger (le papier). Mais il y a un cachet, et sur ce cachet un acide corrosif, autrement dit un poison. Plutôt que de vous le laisser prendre, il faudraiL l'avaler; vous sentez-vous le courage de le faire? » et on lui met un papier entre les mains, et on lui dit de l'avaler et comme on a soin de verser du suif dessus, il fait la grimace et on lui dit : « Mangez toujours! » et si l'aspirant le mange, on l'arrête et on lui dit qu'on ne veut pas l'empoisonner. Alors on lui débande les yeux, et il voit un temple en forme d'escalier (recouvert de calicot] de sept marches et des couleurs suspendues formant l'équerre. L'aspirant porte les regards sur cela; on le fait mettre à genoux, et on le fait jurer, en étendant la main droite, par son père, sa mère, ses frères et sœurs, de ne point divulguer le secret des compagnons. On lui fait répéter trois fois : « Je jure, je jure, je jure >• et un compagnon s'adresse à l'Assemblée. « Et vous, frères, si le pays devenait parjure, que mériterait-il"? •> Tous répondent d'un ton lugulire : <■ La mort!... »

Ensuite on lui fait boire le breuvage que l'on lui dit (sic) que Maître Jacques a composé pour les réceptions, qu'il n'est pas bon, mais qu'il faut qu'il le boive jusqu'à la lie. L'on désigne trois compagnons : l'un pour servir de parrain, l'autre de marraine, et l'autre de curé. On lui donne un nom et on le baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit compagnon du Devoir, enfant de Maître Jacques.

On lui donne les couleurs et on lui dit que le rouge est le sang que Maître Jacques a répandu dans les plaines de Provence, et on lui donne le baiser compagnonnique.

Rituel de réception de VUnion compacjnonniquc. — Nous analyserons en l'abrégeant ce dernier rituel enlièrement inédit jusqu'ici et dont les prescriptions sont slrictcmenl observées par tous les corps d'élaladhércnls à cette grande société.

Au début de la séance au cours de laquelle il doit être procédé à des réceptions, le président frappe trois coups de maillet et dit :

Compagnons, drbnnt et à l'ordre *. Tous les compagnons se lèvent, tête nue, la inaiii gauche sur le cœur, la main droite

1. La nn'mc formule est de rigueur pour ouvrir les tenues dos loges maçonniques.

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ouverte et tendue vers le président. Ce dernier frappe encore un coup de maillet et dit : ■> G.-, maître des cérémonies, quelle heure est-il? •>

R. Mon Président c'est l'heure à laquelle les G.-, se livrent à leurs mystérieux travaux.

D. Puisqu'il en est ainsi, au nom des trois fondateurs du compagnonnage, Salomon, Jacques et Soubise, sous les auspices du conseil supérieur de l'Union compagnonnique et par les pouvoirs qui m'ont été conférés, je les déclare ouverts.

R. Notre concours vous est acquis.

On lit alors le compte rendu de la dernière séance ; on signe le procès verbal, puis on suspend la séance et on introduit les retardataires. A la reprise de la réunion, des délégués de la société vont prendre les récipiendiaires et les introduisent dans les lieux secrets désignés à cet effet. Ils doivent justifier qu'ils ont payé le droit d'entrée de 10 francs, s'ils étaient déjà aspirants, celui de 20 francs dans tout autre cas.

On les conduit ensuite dans la chambre des réflexions oïli ils peuvent lire des inscriptions telles que celles-ci :

« Si la curiosité te conduit ici, va-t'en ! »

« Qu'est-ce qu'un honnête homme se doit à lui-même? »

<( Que doit-il à ses semblables, à sa patrie? »

<i Que pensez-vous du compagnonnage? «

On bande ensuite les yeux des néophytes et on les ramène à l'endroit d'où ils sont venus. On leur demande le nom qu'ils veulent porter, en les avertissant qu'il ne leur sera sûrement pas donné, car les noms doivent se tirer au sort'. Puis on leur ôte leurs chapeaux, cravates, paletots, gilet, montre, bijoux, argent et toutes sortes de métaux 2. On leur met le bras gauclie hors de la chemise,

1. On verra par la suite qu'il n'y a rien do vrai dans celte aftirmation. On veut sans doute, en persuadant au récipiendaire que le choix d'un nom est pour lui une formalité sans conséquence, éviter qu'il se préoccupe de l'opinion d'autrui et lui permettre de se décider en toute liberté.

2. Il est fait allusion à cet usage dans le catéchisme des compagnons de Maître Jacques. On demande au nouveau C.\ : « Comment étiez-vous vctu, quand on vous a reçu? — R. Je n'étais ni nu, ni vêtu, mais dans un état décent et dépourvu de tous métaux. — D. Pourquoi^ — R. Comme marque de mon innocence ot dépourvu de tous métaux pour marquer qu'un compagnon ne doit jamais so rendre coupable d'opprobre et de déshonneur... (?)... La même recommandation se trouve dans le rituel du

on leur retrousse le pantalon de la jambe droite jusqu'au genou, puis les frères conducteurs les amènent. Ici le rituel ordonne de recourir à certains artifices assez ridicules en vue de jeter l'épouvanle dans Tànie du candidat auquel une grande bonne volonté est assurément nécessaire pour prendre au sérieux ce tapage inofTensif et puéril. On ouvre la porte avec fracas, comme si elle était garnie de gros verrous. Ou fait marcher les néoidiyles tète baissée comme s'ils entraient dans un souterrain. On les promène à droite, à gauche, en avant, en arrière, puis on les fait asseoir, vis-à-vis du président. Le Maître des cérémonies avertit ce dernier que les néophytes sont dans le temple, et leur interrogatoire commence '. Les iiucstions suivantes leur sont posées tour à tour :

« Quel est votre dessein en vous présentant ici"?

« Qui vous en a inspiré le désir?

« Quelle idée vous faites-vous de l'ordie dfs G.".?

« Savez-vous quelles obligations on cdiilracte parmi nous'?

" Quelb' iili'L' vous formez-vous d'une société dans laquelle on exige que les récipiendaires soient présentés d'une manière qui doit vous paraître singulière?

catochisiiic d'aiiprciiti iVanc-niaroii. Cette l'ois la pruliiiiiliuii île (oiis lurtaux est expliijuoo par celte raison inattcnduo que « lorsqu'on liâtil le temple de Salomon, les cèdres du Liban lurent envoyés tout taillc^s et i)rêts à être mis eu œuvre, ilo sorte qu'on interdit tout coup de marteau ou d'aucun autre outil ».

1. Cet interrogatoire n'est autre que le leslainciit en usage dans les réceptions maçonniques. On sait que tout i)rol'ane est tenu, lors de son initiation dans la maçonnerie, de l'aire une sorte de profession do foi, do déclarer quelles sont ses opinions pliilosopliiqucs, do dire quelle idée il se forme de ses devoirs envers la société, la famille, etc. On nomme cette épreuve morale le tantament, bien que la liberté du prétendu Ivslaleur semble n'y être guère respectée. Il nous souvient à ce propos d'avoir entendu un franc-maçon — dont, au suriilus, la valeur intellectuelle et la sincérité ne sont ])as en cause et auquel une assez l)rillanto fortune politique était réservée, — raconter en notre présence, il y a dix ans environ, l'anecdote suivante. Dans la logo dont la personne en question faisait jiartie, un profane fut mis on demeure, au cours de sa réception, do déclarer si, dans ses dispositions testamentaires, il réclamerait ou non des obsèques purement civiles. Ayant tergiversé et finalement ayant répondu qu'il aliandonnerait aux siens le soin do régler cette question, ce profane s'entendit refuser l'accès de la maçonnerie.

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« Encore une fois, soyez franc dans vos réponses. Nous lisons dans votre cœur. »

Aussitôt après que le néopliyte a ré})ondu à ces questions, commencent les épreuves à peu près calquées sur celles qui sont en usage dans la maçonnerie, mais généralement, il faut l'avouer, assez ridicules. « Le premier voyage est le plus pénible de tous. Le candidat, dont les yeux sont bandés, est promené à travers la chambre et l'on s'efforce de multiplier les obstacles sous ses pas. On le fera marcher tantôt à pas lents, tantôt un peu plus vite. On l'obligera encore à se baisser comme pour passer sous un souterrain, à enjamber comme pour franchir un fossé, à marcher en zigzag. On imitera l'orage, la grêle et le tonnerre afin de lui imprimer quelques sentiments de crainte (sic). » On suspend ensuite un instant ce colinmaillard tintamarresque et le président demande au profane quelles sont ses impressions qui doivent êti'e plutôt confuses. Puis il lui explique que « ce premier voyage est l'emblème de la vie, du tumulte des passions, de la difficulté des entreprises, des obstacles qui se multiplient sous nos pas, mais aussi qu'il signifie le bonheur d'avoir des amis (jui nous guident et nous secourent à travers les dangers. »

Le second voyage s'accomplit à une allure plus rapide. « Il ne doit être remarquable que par un bourdonnement que les compagnons font à bouche fermée, en imitant le sifflement sourd d'un ouragan [sic). » Le candidat doit aussi tremper sa main dans l'eau d'un baquet. — On le ramène ensuite à sa place et on l'informe que le « bourdonnement est le symbole des combats que l'homme vertueux doit soutenir contre le vice. L'eau est le symbole de la purification. »

Le troisième voyage a lieu à grands pas, mais sans précipitation. On secoue devant le patient une torche dont on lui fait toucher la flamme en évitant de le brûler.

Leçon. — « Pays, vous devez avoir remarqué que ce voyage est encore moins pénible que le précédent. Quant à la flamme, c'est le complément de la purification. »

Quelques questions sont adressées au novice : « Feriez-vous le sacrifice de vos opinions pour la drfensc du compagnonnage? Que penseriez-vous d'un iionime qui trahirait ses serments?... » etc. Puis on lui présente, comme au futur maçon, la célèbre couiic d'amertume ' en lui disant : « Buvez ce In-euvage jusqu'à la lie. C'est le calice d'amertume de la vie. » On conduit ensuite le néopliyte à l'autel; il lient dans la main gauche un compas dont on a pris soin d'émousser la pointe. On lui lait étendre la main droite et on lui dit :

« Pays, rengagemeiil que vous aile/, coiilractci' ne cuiiUfiil. rien qui puisse blesser le respect que nous devons tous aux lois de notre pays, ni aux bonnes mouirs, ni à votre foi politique et religieuse, en un mot, rien qui puisse blesser votre conscience. Mais je vous préviens qu'il est terrible autant (jue solennel. Il faut cependant que vous le prêtiez de votre pleine et libre volonté. Y consentez-vous? »

S'il répond oui (ce (ju'il fait loiijours), le piésident lui dicio la formule du sermciil (ju'il réqx'qc mot pour mot :

« Sur l'air que je respire, sur l'eau qui nie désaltère, sur la lumière qui m'éclaire, sur tout ce (pic j'ai de plus cher et de plus sacré au monde, je jure de garder à tout jamais inviolables les secrets de l'Union comiiagnonnique, de me soumettre à sa constitution, aux règlements généraux de l'ordre, de ne jamais méconnaître uu bon conqiagnon de (juelque étal (]u'il soit, dans quelque condition qu'il puisse être, de l'aider de mes conseils et des services que je pourrai lui rendre, de ne jamais porter atteinte ni à sa fortune ni à son honneur. Si je deviens parjure, que je meure maudit et que ma mémoire soit en exécration. » Les compagnons répondent : •■ Qu'il en soit ainsi! ■> Ils laissent tomber leur bras droit, l^a main frappe sur la cuisse droite en signe de contentement {sic). •>

On emmène les récipiendaires [)our les ihabilhM', tandis qu'avec une aimable, mais un peu puérile ingénuité, les

1. « 8iini)lo amer », protend M. Amlricux qui, lorsqu'on lui présenta, lors do son initiation maçonnique, ce calice d'estaminet, no put s'cm|)("-cher, raconte-t-il, de s'écrier que " ça manquait de curaçao ». (SoKvmirs d'un ancien préfet de police.) D'après certains on-dit qui ont cours dans les chantiers d'ouvriers indciiendanls, cet usai,'o <lo faire i)oirc la coupe d amertume serait parfois, chez les compagnons, l'occasion d'une mystification fort malpropre.

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unionistes préparenl ïcffet de la lumière. Les rédacteurs du rituel qui veulent absolument nous arracher toutes nos illusions, nous apprennent que cet effet est simplement [uuduit par le gaz, ou à défaut de gaz, par une ilamme (l'alcodl ou un feu de bengale.

Avant l'apparition de la lumière le président s'écrie : « C.'. ici présents, si notre nouveau frère devenait parjure, que mériterait-il? »

Tous ENSEMBLE (d'unc voix sombre) : « La Mort! » Le Président. — « Puisque vous avez confiance en sa parole, que demandez-vous pour lui? »

Tous (d'une voix plus douce et moins forte). — c La lumière. »

Le Président. — « Que la lumière lui soit accordée. » Ce fiât lux est le signal attendu pour le grand effet qui doit achever de sidérer le néophyte. On frappe trois coups de maillet. Au deuxième coup on ôte le voile qui bande ses yeux et, au troisième coup, c'est-à-dire dès que ses yeux se rouvrent, tel un éclair striant la nue, la flamme mystique jaillit du bec de gaz subitement ouvert ou du bol de punch préparé à cet effet. On conduit ensuite le récipiendaire à l'autel et on lui présente une coupe où se trouvent trois bulletins roulés portant tous trois (à son insu) le nom qu'il a choisi pour son baptême compagnonnique : Nivernais la Fidélité par exemple, ou Agenais Bon Cœur. On lui dit que ces trois noms ont été choisis par ses pères et sont en harmonie avec son caractère. Il plonge sa main dans la coupe, il tire un bulletin. 0 prodige attestant bien la puissance des trois grands fondateurs, Salomon, Jacques et Soubise ! le bulletin porte justement le nom que le candidat avait choisi! Le président alors le proclame compagnon, lui remet les couleurs, lui donne le mot de passe, lui indique les signes, attouchements, la manière de marcher, lui révèle les rites de Ventrée de chambre et de la reconnaissance et le présente aux compagnons. Parfois l'un d'eux prononce un discours de circonstance. Puis, le président se met à l'ordre, déclare les travaux flnis et frappe les trois coups de maillet de rigueur.

La réception officielle est terminée; elle a souvent son épilogue chez quelque restaurateur ou inarcluind de vins voisin où l'on fête, le verre en main, le nmiveau compaiinon.

11. Inslruclion et Catéchisme compagnonniques. Leurs analogies avec le Catéchisme et le rituel maçonniques.

Il importe d'enseigner au nouveau compagnon la doctrine morale du compagnonnage et de lui donner connaissance des traditions qui se sont perpétuées dans les Devoirs.

L'Instruction et le Catéchisme compagnonniques ont été composés dans ce but. Le Catéchisme compagnonnique a déjà été publié dans la brochure intitulée : Le secret des Compagnons cordonniers dévoilé (ï^aris, Payrard, 1838). Quant à l'Instruction compagnonnique, encore inédite, nous lui ferons de fréquents emprunts. Abstraction faite des maximes et des préceptes moraux qui s'y trouvent épars ', l'Instruction et le Catéchisme ne sont guère autre chose que l'exposé des légendes des trois fondateurs et l'explication des princi[)ales allégories dont se compose le fonds commun des trois Devoirs. Il est impossible de parcourir les rituels maçonniques, dont le texte est aujourd'hui bien connu, grâce à diverses divulgations qui en ont été faites, grâce aussi aux manuscrits ayant appartenu à d'anciens vénérables ou orateurs décédés et dont il n'est pas très difficile de se procurer un exemplaire^, sans être frappé de l'analogie qui existe entre ces formulaires et ceux du compagnonnage. Nous possédons, grâce à l'obligeance d'un ami, archiviste paléographe et historien distingué, l'un de ces manuscrits, daté de l'an 5769 de l'ère maçonnique, c'est-à-dire de l'année 1709 de l'ère chrétienne. Ce maiius-

1. 11 n'est fait aucune allusion aux Catéchismes et Instructions compagnonniques dans la publication do l'Office du Travail : Les associatiuiis professionnelles, t. I, où il est traite'', dans un cliapitrc siiécial, du ronipagnonnagc.

'^. Pour ne citer «[u'un auteur cntro plusieurs. M. C'opin AlliancoUi a pul>lié un résumé du rituel nia(;onniiiue. On trouvera aux Archives .Xiitionules, V', •1230, au milieu do pièces qui ont trait au compagnonnage, un rituel maçonnique dont l'existence n'a pas encore été signalée et qui parait être de la fin du siècle dernier.

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crit renferme de nombreux passages qui semblent calqués sur le rituel du Devoir de Maître Jacques (à moins que ce ne soit, au contraire, ce dernier document qui ait été emprunté au formulaire maçonnique). Les citations suivantes permettront au lecteur de se convaincre de la parenté qui existe entre les deux textes :

Rituel maçojvnique (Loge DE St-Jean).

Ouverture de Loge : D. Élesvoiis maron?

R. Mes frères me reconnaissent pour tel.

Rituel du compagnonnage DU devoir.

Catéchisme : D. Ètes-vous compagnon?

R. Éprouvez-moi.

Instruction : D. A quoi connaîtrai-je que vous êtes compagnon "?

R. A mes signes, attouchements cl paroles.

P. Pourquoi vous ètes-vous fait recevoir?

R. Parce que j'étais dans les ténèbres et que j'ai voulu voir la lumière.

D. Que vîtes-vous lorsque vous fûtes reçu?

R. Je vis trois grandes lumières, l'une à l'Orient, l'autre à l'Occident et l'autre au Midi.

D. Que signilient ces trois grandes lumières?

R. Le soleil, la lune et le rouleur en chambre.

D. Quelles sont les principales lois du compagnonnage ?

R. Punir le crime et honorer la vertu.

D. Combien avez-vous d'ornements dans la Loge?

R. Trois.

D. Quels sont-ils ?

R. La pavé mosaïque, l'étoile flamboyante et la houppe dentelée.

Catéchisme d'apprenti ; D. A quoi connaitrai-je que vous êtes maçon?

R. A mes signes, paroles et attouchements.

D. (Catéchisme d'apprenti.) Pourquoi vous ètes-vous fait maçon?

R. Parce que j'étais dans les ténèbres et que jai voulu voir la lumière.

D. {Ibid.) Quand on vous a donné la lumière, qu'avez-vous vu?

R. Trois grandes lumières.

D. Que signifient-elles?

R. Le soleil, la lune et le vénérable.

D. Quelles sont les devoirs d'un maçon?

R. De fuir le vice et de pratiquer la vertu.

D. Combien avez-vous d'ornements dans la Loge?

R. Trois.

D. Quels sont-ils?

R. L'étoile flamboyante, la houppe dentelée et le pavé mosaïque.

D. Combien y a-l-il de bijoux ou de pierres précieuses?

R. Trois mobiles el trois immobiles.

D. Quels sont les trois mobiles ?

U. Le roiileur, le premier el le second en ville.

D. Que signifient les trois immobiles?

R. La pierre brute pour les apprentis, la pierre cubique pour aiguiser les outils des CC". et la planche à tracer par laquelle les architectes font leurs dessins.

D. Avez-vous travaillé?

R. Oui, du lundi matin au samedi soir.

D. En quoi consiste le travail d'un compagnon?

R. A équarrir les pierres, à les mettre en place et de niveau et à tracer une muraille au cordeau.

1). Avec quoi avez-vous travaillé?

R. Avec le mortier, la bêche et la brique.

D. Avez-vous été payé?

R Je suis content.

1). Combien y al-il de bijoux?

U.Six. Trois nuiables el Irois immual)les.

1). Quels sont les trois nuiables?

R. L'équerre que porte le vénérable, le niveau (jue porte le 1" surveillant et la perpendiculaire que porte le second surveillant.

D. Quels sont les trois immuables?

R. La pierre brute pour les apprentis, la pierre cubique en pointe pour les compagnons, et la planclie à tracer pour les maîtres.

D. Avez-vous travaillé?

R. Oui, depuis le lundi malin jusqu'au samedi au soir.

D. En quoi consiste le travail d'un maçon?

R. A équarrir les pierres, les polir, les mettre de niveau et à tirer une muraille au cordeau.

D. Avec quoi travaillez-vous?

R. Avec le mortier, la bêche et la brique, qui signifient la liberté, la constance et le zèle.

D. Lorsque vous avez travaillé, avez-vous été payé?

W. Je suis content.

Poursuivons celte comparaison en confrontant le texte (lu Catéchisme el de V Instruction compagnonniqiies avec (•(•lui du Catéchisme maronnicjuc du second grade, celui de Compagnon.

ritlel comi'agnonmqie.

Catéciiis.>ie.

I). Etes- VOUS compagnon?

R. Eprouvez-moi.

lîm EL MAÇO.N'MyUE.

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