‹ Le compagnonnage, son histoire, ses coutumes, ses règlements et ses ritesChapitre 91 sur 107 · IbiiL, art · texte numérisé non relu

IbiiL, art

3. Ibid., art. 135. L'article 136 reproduit la formule ordinaire du levage d'acquit. Le commissaire de police doit ccrtitier les signatures.

d'après le règlement intérieur des compagnons boulangers du Devoir.

i° Les compagnons doivent respecter le Père et la Mère. Toute infraction à cette prescription entraîne une amende de 3 francs; en cas d'insulte grave le coupable est expulsé de la ville. La Mère doit également respecter les compagnons et les traiter comme ses enfants (art. 128 et 129).

2° La Mère devra demander à chaque arrivant s'il est compagnon ou aspirant. Sur sa réponse affirmative, elle le préviendra d'avoir à ne pas s'absenter avant l'arrivée du rouleur (art. 138).

3° La Mère aura un registre oh elle inscrira les amendes et les dépenses faites par la société. Ce registre sera représenté à chaque assemblée mensuelle. Le tout sera soldé intégralement et la Mère y mettra son acquit (art. 139).

Chaque Cayenne doit avoir chez la Mère un local privé dont elle lui paye la location et où n'ont accès que les compagnons. Les affaires ou papiers secrats de la société y sont déposés (art. 134). Nous avons été admis à visiter plusieurs de ces locaux; celui que l'Union compagnonnique possédait avenue de la République, H, chez M^^^ Poulignier ', celui des compagnons charpentiers bons Drilles, 161, rue d'Allemagne, celui des compagnons chansons du Devoir, 42, rue de Bretagne, celui des compagnons bourreliers du Devoir, 123, rue du Faubourg-Saint-Martin et nombre d'autres. Généralement les compagnons ont à leur disposition pour leurs réunions intimes, pour celles, par exemple, oii le premier, le second et le troisième en ville se rencontrent chaque semaine, une arrière-boutique et, pour les réunions plus nombreuses, une salle plus vaste à l'étage supérieur.

Le mobilier de ces pièces est sommaire : une table et des chaises auxquels parfois s'ajoute un billard, si le local n'est pas exclusivement réservé aux compagnons. Au mur sont accrochées quelques lithographies : le roi Salomon représenté dans un costume qui rappelle assez celui des

l. Cette société a aujourd'hui son siège social, 9, cité Riverin.

monarques peints sur les cartes à jouer ou encore la Réconciliation des compagnoiis, gravure tirée d'une œuvre dramatique de Perdiguier mais qui évoque aussi le souvenir de la manifestation de 1848. Nous avons vu également quelques gravures plus anciennes et plus curieuses représentant divers épisodes de l'initiation des compagnons. Dans les locaux des compagnons charpentiers bons Drilles et étrangers (161, rue d'Allemagne, à la Villette, et 10, rue Mabillon) se trouvent également les chefs d'œuvre dont il est parlé dans un autre chapitre de cet ouvrage.

Il a été et sera également traité ailleurs du crédit accordé par les Pères et Mères des compagnons. Nous ajouterons seulement à ces explications ce détail que les conditions relatives au prix du logement et de la nourriture des compagnons sont précisées à l'avance dans la convention passée avec le Père et la Mère.

Parfois (il en est ainsi dans beaucoup de villes de province) chaque compagnon paie un prix de pension fixé à tant par mois, par semaine ou par jour.

Plus souvent le compagnon mange à la carte. Les prix sont fixes et connus de tous.

Malgré la modicité des prix, les Mères font généralement d'assez bonnes alTaires. Elles s'ij retrouvent, nous disait le premier en ville des compagnons charpentiers de Liberté (Indiens). Les mauvais payeurs en efiet sont rares; le bénéfice est minime, mais régulier et certain. La Mère est assurée d'un fonds de recettes fixes et pour peu qu'elle sache se créer en outre une clientèle indépendante (à Paris, parmi les ouvriers du quartier, les cochers de la station voisine, en province parmi les colporteurs, les rouliers, les paysans venus à la vilh' ]>oiir la foire, etc.), elle peut espérer amasser un pclit avoir pour ses vieux jours. On nous a même cité rexciiipie, il date il est vrai déjà de loin, d'une Mère qui a réalisé une véritable fortune. Les Mères sont au surplus des personnes fort honorables, sincèrement attachées au compagnonnage, qui, sans négliger, bien entendu, leurs intérêts, s'acquittent

avec un louable dévouement et une véritable charité des obligations de leur état *.

1. Les Pères sont ('■galonicnt de lir:ives gens, souven( un peu ctlaecs par leurs femmes, mais fiers eux aussi de leur dignité plus modeste, mais aussi plus durable que beaucoup d'autres. « Monsieur, il y a trente-cinq ans que je suis Père, » nous disait l'un d'eux en 1898, et l'on comprenait à l'entendre combien il était pénétré do l'importance des fonctions qu'il avait si longtemps remplies.

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