RIVALITES ENTRE COMPAGNONS
c'était dans un cabaret où le hasard avait réuni des champions des deux partis, qu'on en venait aux mains après s'être provoqué, après avoir échangé des insultes à la façon des héros d'Homère. Parfois enfin on convenait de se rencontrer en rase campagne et là, loin de la maréchaussée, on se livrait de véritable batailles rangées où coulaient des flots de sang. « On s'exerçait à manier la canne, le bâton, à assommer promptement son homme. Les plus forts, les plus terribles, les plus audacieux étaient les plus célèbres, les plus aimés des compagnons. Tuer son semblable, du moment qu'il n'était pas de notre petite société, ce n'était pas un crime, c'était un acte de bravoure. Le Tour de France était tout belligérant.... En dépit des agents de police, des gendarmes, des soldats, des juges, des prisons, l'esprit de guerre ne s'affaiblissait point. Chaque société vénérait ses héros, ses martyrs et maudissait tout ce qui lui était opposé... Nos chansonniers chantaient la guerre, exaltaient notre orgueil, notre supériorité, nos préjugés, nos préventions. Nous étions des dieux et nos adversaires étaient, selon leurs dires, des brigands, des sots qu'il fallait exterminer*. »
La plus ancienne bataille dont la tradition fasse mention aurait eu lieu en 1730, dans la plaine de la Crau, entre Enfants de Salomon et Enfants de Maître Jacques (auxquels s'étaient joints des enfants de Soubise). Los combattants étaient armés de compas, de bâtons, de mousquets. Il y eut grand nombre de tués et de blessés et il fallut envoyer des troupes pour faire cesser la mêlée.
Près de cent ans plus tard (1810), une autre bataille rangée fut livrée près de Lunel, entre Vergèze et Mus (Gard), par les tailleurs de pierre de Salomon aux compagnons du même état enfants de Maître Jacques. Les premiers avaient pour chef Sans Façon de Grenoble, un ancien grenadier de la garde impériale qui, armé d'une fourche, menaçait de mort quiconque faisait mine de reculer. Une