SCÈNE XIII Herminie, puis Mariette, la Comtesse
Herminie, seule, à l'adresse de Robert. — La maison est à moi, c'est à toi d'en sortir !
Mariette, entrant, suiine d' Isabelle. — Par ici. Madame! (Elle fait entrer Isabelle et sort.)
Isabelle. — - Ciière Madame, je viens en voisine... Pardonnez-moi de vous déranger.
Herminie, très affable. — Me déranger? Ah! comtesse, je suis ravie de vous revoir !
Isabelle. — Croyez bien, Madame, que de mon côté...
Herminie. — Vous êtes une de nos gloires, comtesse !
Isabelle. — Oli î
Herminie. — Ne niez pas, je me suis renseignée.
Isabelle. — - Gloire de music-hall.
Herminie. — Mais quel music-hall!... les Folies-Bergère, que l'univers nous envie.
Isabelle. — Voici la copie de l'inventaire !
{Elle lui remet un papier.)
Herminie. — Je vous remercie.
Isabelle, saluant pour prendre congé. — Madame...
Herminie. — • Un instant, Comtesse, j'ai une demande à vous adresser.
Isabelle. — Une demande?
Herminie. — Vous allez sans doute me trouver bien indiscrète... Mais je suis passionnée de graphologie...
Isabelle. — De graphologie?
Herminie. — - Oui, l'art de connaître les gens par l'examen de leur écriture.
Isabelle. — Ah ! oui.
Herminie. — J'ai étudié l'écriture des artistes les plus illustres de ce temps... Vous seule manquez à ma collection, et je serais heureuse et fière...
Isabelle, flattée. — Mais comment donc !
Herminie. — Vrai I Vous voulez bien m'écrire quelques lignes ?
Isabelle. — Avec le plus vif plaisir...
Herminie, indiquant la table du milieu. — Tenez, Comtesse... asseyez- vous là!
Isabelle. — Et je serais curieuse de savoir... (Elle s'assied derrière la table.)
Herminie. — Voici de l'encre et du papier à lettres...
(Elle prend à gauche, sur le petit meuble, l'encrier et le buvard.)
Isabelle. — Que voulez-vous que j'écrive?
Herminie. — Oh 1 n'importe quoi... ce c]ue vous voudrez.
Isabelle. — N'importe quoi?... (Après un temps de réflexion.) C'est curieux, tout de même : mettez la personne la plus intelligente de la société devant une feuille de papier bianc et dites-lui d'écrire n'importe quoi, comme ça, tout de suite... elle reste plus dinde qu'une oie!
Herminie, souriant. — Voulez- vous que je vous dicte?
Isabelle. — Volontiers !
Herminie, — « Mon chéri, jamais je n'oublierai les joies folles que j'ai goûtées dans tes bras, hier et avant-hier...
Isabelle, écrivant. — - Hier et avant-hier...
Herminie. — « Je t'attends aujourd'hui à la même heure... A toi mes lèvres, à toi mon corps, à toi tout! > Signez et datez.
Isabelle, signant. ■ — « Comtesse de Ballancourt... des Folies-Bergère ».
Herminie. — Ça suffit.
Isabelle. - — Mais c'est un billet d'amour !
Herminie. — Qu'y a-t-il de plus joli pour une femme qu'un billet d'amour?
Isabelle. — Un billet de banque !
Herminie. — Charmant !
Isabelle, lui donnant la lettre. — Voici... Et, maintenant, dites-moi ce que vous voyez...
Herminie. — Comme ça... tout de suite? Oh ! impossible. Il faut que j'étudie... à tête reposée... j'en ai au moins pour une heure...
Isabelle, se levant. — Une heure?... Alors, je reviendrai... 11 faut que j'aille chez Auguste... il a une fuite de gaz.
Herminie. — Auguste?
Isabelle. — Oui, la villa Auguste, qui touche la vôtre.
Herminie. — Ah ! c'est la villa?...
Isabelle. — Oui; je dis Auguste tout court... Une vieille habitude...
Herminie. — Oui, oui !
Isabelle. — Je passe par la cuisine, c'est plus court.
Herminie. — Faites, Comtesse.
Isabelle, sortant, à elle-même. — Il a toujours des fuites, cet animal-là I {Elle sort par la gauche, 2^ plan.)