SCÈNE XVI
Les mêmes, Nicole, puis Hcrmiiiîe,
puis Firmin, puis Isabelle
jVieole, entrant par la droite, !«'' plan, et n'apercevant tout d'abord que Monicourt qui est au milieu. — Papa !
Robert et Monicourt, ensemble. — - Ma fille !
Robert, à part. — Sapristi !
Monicourt. — Votre fille I Comment, votre fille?
Robert, vivement. — La nôtre... Je veux dire : la vôtre... enfin, ma femme... (A part.) J'ai failli me trahir.
Nicole, très nerveuse, maîtrisant son émotion. — Votre femme ! Oh ! plus longtemps. Monsieur !
Monicourt, approuvant. — Oh ! ça !...
Robert, passant au milieu. — Nicole I
Nicole, lui coupant la parole. — Je vous en prie, trêve de paroles inutiles; autant je vous aimais, il y a une heure encore, autant je vous déteste à présent !
Monicourt. — Très bien !
Robert, désespéré, à part. — Elle déteste son père 1
Nicole. — Non seulement vous m'avez abandonnée, trahie le jour même de notre mariage, mais vous m'avez fait l'injure de me conduire ici, dans cette villa... Une villa qui appartient à... (Avec dégoût.) à la Comtesse de Ballancourt !
Robert, vivement. — Oh ! quant à ça, je n'y suis pour rien. Ce n'est pas moi qui ai choisi cette villa, c'est Madame Monicourt; je n'ai su à qui elle appartenait que lorsqu'elle était louée.
\'ifoIe, gagnant la gauche, entre Monicourt et Robert. — Vous voulez me faire croire que vous ignoriez?
Monicourt. — • A d'autres, Monsieur.
Robert. — 11 y a trois jours, je ne la connaissais pas !
\ieole. — Qui ça?
Robert. — La Comtesse de Ballancourt !
\leole. — Il y a trois jours, vous ne la connaissiez pas?
Robert. — Je ne lui ai parlé qu'une seule fois dans ma vie... en revenant de l'église... quand elle a apporté la quittance, et c'est tout !
A'ieole et Monicourt, stupéfaits. — C'est tout?
Robert. — C'est tout !
(Paraît Herminie par la droite, 1^'' plan; elle s'arrête sur le seuil de la porte.)
Monicourt, ahuri. — Mais alors?
A'ieole, vivement, à Robert. — Jurez-le moi!
Robert. — Je vous jure que je ne connaissais pas la Comtesse de Ballancourt I
Herminie, s' avançant. — Il ment !
Robert, ahuri. — Moi?
Herminie, allant à lui. — Oui, vous mentez, comme vous n'avez jamais cessé de mentir I {Bas et vivement.) C'est elle, votre maîtresse !
Robert, à part. — Sacredieu !
Xieole, à Robert. — Répondez, Monsieur, répondez !
Robert. — Eh bien 1 oui, j'ai menti! j'ai menti, comme toujours : je suis son amant depuis cinq ans.
]>JicoIe, indignée. — Depuis cinq ans?
Firmin, entrant par le fond et annonçant. — Madame la Comtesse de Ballancourt !
(// sort, après avoir fait entrer la Comtesse.) ^
Robert, Herminie, Monicourt, Nicole, ensemble. — La Comtesse !
Isabelle, entrant par le fond et s'adressant à Herminie. — Eh bien! chère Madame, avez- vous...?
Robert, se précipitant sur Isabelle, lui mettant la main sur la bouche pour l'empêcher de parler, tout en l'embrassant. — ■ Ma chérie, mon amour! Je t'aime, je t'adore!...
Nicole, poussant un cri et tombant dans les bras de son père. — Ah !
Monicourt. — Oh !
Herminie, jouant l'indignation. — Sous nos yeux ! Robert, à Isabelle. — Ta bouche ! donne-moi ta bouche. Herminie, à Monicourt. — Mais emmène-la donc !
Monieourt, emmenant Nicole vers la droite, l^"" plan. — Ne regarde pas... N'écoute pas...
Robert, tout en embrassant Isabelle. — Ta bouche ! Ta bouche I...
Herminie, sortant à la suite de son mari et de Nicole. — Toi, si je te revois jamais, ce sera dans un caucliemar !