SCENE XVII Robert, Isabelle
Robert, embrassant toujours Isabelle. — Je suis à toi, tu es à moi, nous sommes à nous ! {S' apercevant que les autres personnages ne sont plus là.) Partis, enfin!...
(Il lâche Isabelle.)
Isabelle à moitié suffoquée tombant assise devant le piano. ■ — Ah ! j'étoufTe !...
Robert, à part, tombant assis sur le canapé. — Le sacrifice est consommé.
Isabelle, furieuse. — Ah! ça. Monsieur!...
Robert, sans l'écouter, éclatant en sanglots, à part. — Ah ! mon Dieu, mon Dieu, que je suis donc malheureux!
Isabelle, stupéfaite. — Comment ! Le voilà qui pleure ! (Elle se lève.)
Robert, se levant comme mû par un ressort, à lui-même, avec énergie. — Eh bien, non ! Il ne faut pas se laisser abattre ! Il faut tâcher d'oublier ! Il faut s'étourdir ! (Haut, avec force.) Comtesse !
Isabelle, à part, effrayée. — Il me fait peur !
Robert. — Votre corps admirable, m'a grisé, fasciné, affolé !
Isabelle, flattée. — Ah bah !
Robert. — Depuis notre rencontre à Paris, il est toujours devant mes yeux... le jour... la nuit... jusqu'aux heures de repas... il danse sur mon assiette !
Lsabelle, coquette. — Non?
Robert. — - Aussi, quand vous m'êtes apparue, j'ai été pris de vertige et je n'ai pu résister au désir d'un corps à corps.
Isabelle. — Vous qui deviez ilonner au monde le spectacle d'un mari fidèle?
Robert. — Un mari fidèle? Je plaque ma femme, je plaque ma belle-mère, je plaque mon beau-père; je plaque tout et je dépose ma fortune à vos pieds. Allons-nous en î
Isabelle. — Où ça?
Robert. — Où vous voudrez, en Savoie, aux Pyrénées !
Isabelle, souriant. — Je ne demande pas mieux... Seulement, j'ai un ami... Oh! un ami qui n'est pour moi qu'un père...
Robert, à part. — Un père, lui aussi !
Isabelle. — Je vais lui écrire que je vais passer un mois chez ma- mère.
Robert. - — C'est ça I Ecris à ton père que tu vas chez ta mère.
Isabelle. — On se retrouvera à la gare?
Robert. — A la gare, oui !
Isabelle, à part, sortant 2^ plan à gauche. — Ça me fera deux villas au lieu d'une.
SCENE XVIII Robert, puis Madame Le Petit-Ronein, puis Firmin Robert, seul. — Tant pis, je me plonge dans l'orgie.
Madame Le Petit-Ronein, entrant avec une gerbe d'œillets. — J'apporte des œillets à votre femme !
Robert. — Ma femme ? Je divorce !
Madame Le Petit-Ronein, stupéfaite. — Vous divorcez ! Et pourquoi?
Robert, élourdiment. — Parce que, il y dix-neuf ans, je suis monté dans vin compartiment de dames seules 1
Madame Le Petit-Ronein, poussant un cri et laissant tomber les fleurs. — Quoi? C'est pour ça?
Robert, à part. — Ah! mon Dieu! j'allais encore me trahir !
Madame Le Petit-Ronein, anxieuse. — C'est pour ça?
Robert, vivement. — Au nom du ciel! ne répétez jamais ce que je viens de vous dire.
Madame Le Petit-Ronein, très émue. — Je vous le promets, Robert !
Robert, avec effusion. — Merci ! Merci ! (A part, sortant par la gauclw, l^r plan.) Elle ne dira rien! (// sort.)