‹ Le compartiment des dames seules; pièce en trois actes [par] Maurice Hennequin & Georges MitchellChapitre 38 sur 62 · SCENE XIX Madame Le Petit-Ronein, puis Philippe · texte numérisé non relu

SCENE XIX Madame Le Petit-Ronein, puis Philippe

Madame Le Petit-Roneiu, seule, avec joie. — Il ne m'avait pas oubliée, après dix-neuf ans!...

Philippe, entrant par le fond. — Nicole ! Où est Nicole?

Madame Le Petit-Ronein. — Monsieur Thomery...

Philippe, se précipitant. — Ah ! chère Madame, je suis très heureux... Madame Monicourt vient de me téléphoner : Nicole divorce...

Madame Le Petit-Ronein. — Oui, je sais...

Philippe, indigné. — Croyez-vous ! Ce Monsieur de Mérinville ! Se marier quand on aime une autre femme !

Madame Le Petit-Ronein, vivement. — Qui vous a dit?

Philippe. - — Madame Méricourt... au téléphone... Il a tout avoué...

Madame Le Petit-Ronein, à part, avec émotion. ■ — Il m'aime !

Philippe. — Il a tout fait, paraît-il, pour oublier cette femme sans pouvoir y parvenir.

Madame Le Petit-Ronein. — Il a tout fait, sans pouvoir... (Poussant un cri, chancelant et tombant dans les bras de Philippe.)

Philippe. — Eh bien! chère Madame... qu'avez-vous?

Madame Le Petit-Ronein, se remettant. — Ce n'est rien., c'est la chaleur... je vais aller prendre l'air sur la plage..

Philippe. — C'est ça !

Madame Le Petit-Ronein, à part. — Une telle constance., et j'hésiterais? Non 1 je n'ai pas le droit d'hésiter! {Elle sort par le fond.)

SCÈNE XX Philippe, puis Nicole, puis Robert Philippe, seul. — Ma femme ! Nicole va être ma femme !

jVieole, entrant de droite, l^r plan, et s' adressant à la cantonade. — Oui, maman, j'épouserai Monsieur Thomery...

Philippe, très ému. — Mademoiselle... je veux dire : Madame...

Nicole. — Dites : Nicole!...

Philippe. — Oh ! oui, je dirai : Nicole. Oh ! oui, ma chère Nicole!... Je ne sais pas faire de grandes phrases... je suis un esprit simple... (se reprenant) un cœur simple... Je suis profondément ému... Quand Madame Monicourt m'a téléphoné, j'étais en train de déjeuner.

Nicole. — A onze heures?

Philippe. — A l'hôtel, je déjeune toujours avant les au 1res... On est mieux servi et plus abondamment... Tout d'abord, je n'ai rien compris, à cause de la friture.

Nicole. — La friture?

Philippe. — Il y avait de la friture sur la ligne téléphonique.

Nicole. — Ah I oui.

Philippe. — Ça faisait... (Imitant la friture dans le téléphone.) Tic, tic, tic, tic, tic, tic, tic, tic, tic !

Nicole, à part. — C'est comme un fait-exprès, jamais il ne m'a paru plus bête !

Philippe. — Et je faillis m'évanouir de joie en apprenant 1

Nicole. — Au moins, serez-vous un mari fidèle, vous?

Philippe, protestant. — Si je serai... {Avec âme.) Roméo a-t-il trompé Héloïse... je veux dire : Abélard a-t-il trompé Juliette?

Robert, à la cantonade. — Descendez ma malle 1

Nicole. — Lui ! (A Philippe.) Prenez-moi dans vos bras, embrassez-moi, tutoyez-moi, dites-moi que vous m'aimez.

Philippe. — Oh ! oui. (La prenant dans ses bras.) Je t'aime, je t'adore 1 je t'adore, je t'aime !

Robert, qui vient d'entrer, 1" plan à gauche. — Oli !

Nicole, à Philippe. — Ma bouche ! Prends ma bouche !

Robert, furieux. — Elle lui donne sa bouche !

Nicole. — Prends-la donc !

Robert, saisissant Philippe et l'envoyant à gauche. — Vous 1 voulez- vous bien foutre le camp !

Philippe, furieux. — Monsieur I

Nicole, à Robert qui est au milieu. — Ah ! ça, Monsieur, de quoi vous mêlez- vous?

Robert. — - De quoi?

Nicole, montrant Philippe. — Monsieur est mon fiancé !

Robert. — Son fiancé I

Philippe. — Parfaitement I

Nicole. — Dès que les délais légaux seront expirés, je m'appellerai Madame Philippe Thomery.

Robert, à part, avec émotion. — Mon futur gendre ! C'est mon futur gendre I

Nicole. — Et je n'ajouterai qu'un mot : je l'aime, entendez-vous, je l'aime.

Robert, à part. — Déjà 1

Nicole, sortant par la droite, 1^^ plan, et s'adressant à Philippe. — Tu auras ma bouche quand tu voudras, mon chéri !

Philippe, avec défi. — J'aurai sa bouche quand je voudrai, mon chéri I (se reprenant) son chéri 1

Robert, à lui-même. — Du calme... du sang-froid... Tu n'es plus le mari, mais tu es le père !

Philippe. — Vous ne me faites pas peur, vous savez !

Robert, avec émotion. — Philippe, mon enfant, mon fils^ jurez-moi que vous la rendrez heureuse?

Philippe, ahuri. — Hein !

Robert. — Jure-le moi?

Philippe. — Et il me tutoie I

Robert, avec force. — Jure-le moi ! Au noni de. ta mère, jure-le moi, jure-le !

Philippe. — - Je vous le jure !

Robert. — Ah ! merci, merci !

(// le prend et l'embrasse sur le front.)

Philippe, se débattant. — Mais, Monsieur !

Robert, mystérieusement, montrant la porte à droite ^ 1" plan. — Chut ! tais-toi ! (// passe à gauche.)

Philippe, s'essuyant le front. — Il m'a mouillé !

Robert, se dirigeant vers la gauche, 1" plan. — Et, maintenant, va faire ta malle, Œdipe !

(// sort par la gauche, 1" plan. Philippe le regarde avec ahurissement.)

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