‹ Le compère LerouxChapitre 11 sur 15 · II · texte numérisé non relu

II

226 LE COMPÈRE LKROUX.

— Dans les carrières.

— Sacrebleu ! fit le juif ; il faut être singulièrement passionné pour aller se réfugier dans un pareil souterrain.

— L'endroit oii nous nous plaçons n'est pas connu ; et nous ne sommes jamais plus de dix ou quinze.

— Et qui donc tient ce tripot ?

Un vieux drôle qui ne fait pas trop bien

ses affaires. Il est marchand devins an coin de la rue de la Tombe-Issoire.

Lehmann ne crut pas devoir pousser plus loin dans ce sens le cours de ses interrogations.

— Vous êtes allé chez ce jeune homme ? lui |

demanda-t-il.

— Oui, monsieur, et j'ai les billets.

Comment vous y étes-vous pris

— Je l'ai trouvé encore au lit, un peu souffrant. Aussitôt qu'il m'a vu il m'a demandé du papier et il a signé sans murmure. . .

— Âh !

— Regardez cela. Je lui ai fait signer sept billets antidatés et post-dates, l'un de cinquante mille, l'autre de soixante-dix mille, le troisième de quarante, le quatrième de trente, etc., jusqu'à concurrence des trois cent mille francs.

— 11 n'a rien dit?

— Ma foi non î Je lui ai expliqué qu'il fallait agir ainsi pour ne pas être obligé de spécifier sur un billet qu'il s'agissait d'une dette de jeu, et il s'est exécuté avec la meilleure volonté du monde. C'est un charmant garçon.

Lehmann feuilleta les billets.

Ils étaient payables à l'ordre de sir Georges, Surrey esquire — et portaient tous pour désignation : valeur reçue comptant.

— Voifs avez oublié une chose, dit-il à

son complice ; mais c'est peu important.

Quoi donc ?

— Il n'a pas spécifié dans quel domicile il entendait payer. Mais, je le répète, c'est peu important.

^-— Maintenant, monsieur. . .

— Vous désirez de l'argent, n'est-ce pas î

— Oui, monsieur.

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Et combien ?

— Croyez-vous, monsieur, que...

Voyons, parlez !

Je m'en rapporte à votre générosité.

— Vous savez que les recouvrements sont difficiles, surtout lorsqu'il s'agit de ces jeunes gens. Et l'échéance est longue... six moisi...

— Vous me donnerez ce que vous voudrez.

— Âvez-vous assez de deux pour cent?

— Huit mille francs ! oh ! oui , monsieur, jusqu'à la première occasion.

C'est entendu.

Le juif se leva, prit la somme en question dans sa caisse et la compta au chercheur de martingale après avoir eu soin de lui faire signer un reçu en bonne forme sous le nom de Trial.

Celui-ci sortit.

— Hait mille francs ! disait-il en descendant l'escalier. Je vais en gagner vingt mille ce soir au lansquenet, si je trouve quelqu'un, et j'irai à Montrouge. 11 me suffit de vingt-cinq coups pour être sûr de ma martingale à la roulette.

Lehmann rappela San Colombano.

— Eh bien! avez-vous écouté? lui de-

■ ♦ manda-t-il.

— Décidément, fit le vicomte, je^commence a croire qu'il n'y aurait pas de coquins sur la

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terre s'il n*y avait plus de passions. — J'aurais confié ma bourse à un stoïcien...

— Il n'y a jamais eu de stoïcien, mon cher, chacun a ses passions qu'il ne peut dompter. Si l'on devient coquin par passion, c'est aussi par passion que l'on est honnête homme. A nous deux maintenant.

— Je ne vous demande rien, moi, seulement continuez à payer mes dépenses ; voilà tout ce que je réclame de vous.

.mMt

— Nous avons fait une bonne soirée hier ;

aussi je vous donnerai tout ce que vous me demanderez.

— Vous n'avez pas ce que je désirerais, fit le vicomte en mettant la main sur sa poitrine.

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