‹ Le compère LerouxChapitre 7 sur 15 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

Le trtpol.

Le lendemain au soir, vers onze heures, Raphaël et Mathieu firent leur entrée dans le salon delà maison Trie1.

Depuis la veille rien n'avait changé. 11

loi LE COMPÈRE LEHOUX.

semblait que les belles dames et les beaux messieurs fissent partie du mobilier de l'établissement et n'eussent pas plus remué que la table.

— Suis-moi, fit le vicomte.

Ils sortirent du salon par une porte du fond pareille à celle d'une alcôve.

Perrière cette porte se trouvait une étroite pièce carrée, meublée comme un cabinet de toilette, et sur la muraille faisant face à la porte on voyait une glace de six pieds de haut paraissant incrptée datis la boiserie.

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Lorsque San Colombano eut fermé la porte, les deux amis se trouvèrent dans l'obscurité. — Un bourdonnement confus qui semblait ne point venir du salon frappa particulièrement les oreilles de Champcarré.

— Est-ce qu il y a de l'eau par ici "^ demandat-il. Je crois entendre le bruit d'une rivière.

S'il eût vu clair, le jeune homme aurait sans doute remarqué l'étrange sourire qui plissa les lèvres de son ami.

Pour toute réponse, celui-ci plaça son pouce sur un bouton de cristal qui brillait dans l'ombre au milieu du cadre de la glacé. Un

bruit sec retentit ; la glace s'enfonça dans la muraille; et un flot de lumière envahit le cabinet.

— Entrons, dit le vicomte.

Ils pénétrèrent dans une vaste salle qu'éclairait vivement un grand lustre pendu au plafond et dont l'éclat était reflété par les rehauts dorés des moulures de ce plafond et par les boiseries peintes en blanc qui tenaient lieu de tapisserie. — Une dixaine de tables meublaient cette salle.

Sur l'une d'elles, Champcarré remarqua un cylindre de soixante à soixante-dix centimètres

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de diamètre, au centre duquel était suspendu un plateau mobile garni à ses bords de cases numérotées; - ce cylindre était placé au milieu d'un tapis vert bordé de cases numérotées correspondant à celles du cylindre.

— Qu'est-ce que cela ? — demanda-t-il à son ami.

— C'est une roulette, répondit le vicomte. On n'y joue pas souvent ici, car ce jeu est trop dangereux pour les pontes. Le banquier à dix-huit chances sur vingt..

— C'est un jeu fort à la mode en Allemagne.

— Oui ! à Bade, à Francfort, à Hornbourg. Ces villes seraient plus pauvres que le bonhomme Job si elles n'avaient que leurs bains pour vivre...

Un certain nombre de personnes, parmi lesquelles les vieillards dominaient, jouaient au lansquenet autour d'une autre table plus grande.

— C'est ici que nous nous installons, dit le vicomte.

~ N'est-ce pas le digne Lehmann qui fait le jeu? demanda Champcarré.

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San Colombaijo posa son lorgnon dans son arcade soiircillièro :

— C'est ma foi bien lui, répondit-il.

Et il s'approcha de son compère comme s'il ne l'eût pas vu depuis plusieurs années, en s'écrianl :

— Vous ici, Lehmann !

— Cela vous étonne donc, mon cher vicomte? fit le juif.

— Certes, oui, j'ai lieu de ra'étonner! Vous qui vous enfermez tous les jours comme un

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ours; vous qui rêvez économie politique et sociale dans le silence de la retraite ! Votre présence ici est un événement.

— Il y a temps pour tout, vicomte. Je suis venu me distraire un peu de mes travaux de la journée.

— Naturellement, vous perdez.

— Vous êtes une mauvaise langue, mon cher, et vous donneriez à mes clients une triste opinion de moi si vous leur disiez que je ne gagne jamais. Jouez- vous?

Raphaël échangea un coup d'oeil avec Champcarré.

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— Et VOUS? lui demanda-t-il.

— Prenez la banque, répondit le jeune homme, et je parie pour vous.

SanColombano prit les cartes, en disant :

— Mille francs, qui fait le jeu ?

— Diable! s'écrièrent les pontes, l'enjeu est un peu fort. N'importe, nous tenons.

Raphaël tourna l'as de trèfle pour les joueii rs

et pour lui le valet de cœur.

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