‹ Le Compère Mathieu, ou les Bigarrures de l'esprit humainChapitre 10 sur 28 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le compère Mathiea se répand dans le monde. — Persécutioa qu'il essuie. — Autre persécution. — Désespoir de Diego. — Son triomphe.

J'ai dit dans le chapitre précédent que le compère Mathiea était aux gages d'un libraire j mais comme ces gages suffisaient à peine pour la dépense du më> nage et notre entretien , et que les ducs et les marquis vivaient en bonne intelligence, le compère, qui commençait à être connu dans- la république des lettres, travailla pour son compte, et débuta par un chef-d'œuvre : ce fut son Traité de Cracologie.

Gomme il connaissait l'ignorance des quatre-vingtdix-neuf centièmes des libraires qui ne savent point apprécier les choses , et l'injustice et l'avidité du reste^ qui , sachant connaître le mérite d'un ouvrage , ne le paient point sa valeur, il fit vendre son livre à un de ces messieurs , le vendit lui-même à un autre, auquel il l'escroqua ensuite pour le revendre à un troisième. Il arriva de là que les trois libraires crièrent haro sur le compère Mathieu ; que celui-ci , comme philosophe , en rit ^ et que le Traivé de Cntcologie fut venou ce qu'il valait.

Un si heureux début ne tenta point le compère de se remettre auteur à gases. Il contibua de travailler pour son compte \ et, ma^;ré la prudence de messieurs de la librairie , il trouva toujours le moyen de se faire bien pajer de ses ouvrages , ce qui le mit en état de prendre un quartier dans le voisinage de notre hôte le vina'grier, et de créer deux nouvelles charges en fa-

veur de Di^go et de moi : celle de laquais fut le lot de l^KspagnoI y celle de valet-de-chambrc-secrëtaif e fut le mien.

Il s'en fallait beaucoup que la philosophie eût rendu le compère inisanthrope ^ sournois , bourru, fantasque, et tel que certains philosophes le sont. Au contraire , il était enjouë, poli, ouvert et gracieux. Ces belles qualités, jointes à une figure très avantageuse, le faisaient désirer et rechercher dans les cercles les plus distingues de Paris; mais cela ne dura quW temps : il éprouva bientôt que Tincons tance et l'ingratitude sont le propre des grands.

Il avait compose , chantd , publié quelques couplets un peu caustiques ( et cela le plus innocemment du inonde ) contre quelques personnes de condition , des^quelles il éprouvait journellement les bontés. Ces personnes , piquées de cette bagatelle , s'avisèrent de décrier le pauvre compère comme un esprit méchant et dangereux, en un mot, comme un monstre et comme mie peste dans la société.

Le compère Mathieu avait l'esprit trop bien fait pour se formaliser de l'injustice et de la lâcheté de ce pro-» cédé. Il savait que le vrai mérite et la philosophie furent de tous temps en butte à la malignité. Il se contenta de renoncer à tout commerce avec les hommes et de ne s'occuper désormais qu'à écrire.

En conséquence de cette résolution , il ne sortait plus , il travaillait sans rçlâche.. Pour toute récréation , il s'amusait de temps en tepips à feire quelques légères observations sur le gouvernement : lorsqu'à y en avait un cahier , Diego allait le vendre à un libraire honnête et discret. Cela servait aux menues dépenses du ménage.

rious jouissions d-ui^e tranquillité digne d'être enviée, lor^squ'un soir l'enfer suscita un e](empt , deux sergens.

trois recors et six pousse- culs ^ qui vinrent enlever mon pauvre compère ^ ses papiers ^ ses effets et Theureuse cassette qui contenait toute notre ressource et notre espoir.

Lorsque ces scélérats furent partis , je dis à l'Espagnol, que cet événement avait pétrifié : Eh bien! seigneur Diego , voici bien une autre affaire que la rencontre du chebec algérien ! — Ah ! les malheureux , s'écria- t-il, de venir ainsi enlever mon maître , le plus grand , le plus profond, le plus sublime et le plus honnête des philosophes de la terre ! ah ! les barbares ! de nous laisser sans un sou.... Le révérend père Jean de Siguença le disait bien un jour dans son sermon sur l'enlèvement du prophète Elie , que l'on avait substitue la rapine au désintéressement et la violence à la charité. Ah ! père Jean de Siguença , où étes-vous ? que n'éliez-vous ici pour confondre ou plutôt pour excommunier ce maudit exempt avec ses deux sergens , ses trois recors et ses six pousse-culs 1

Heureusement que nous n'étions point tout à fait si pauvres que Diego le croyait : il me restait encore dix écus. Mais qu'était-ce que dixécus pour deux hommes qui n'avaient que cela pour toute ressource? L'Espagnol avait été autrefois comédien , sauteur , laquais , écrivain, cocher, colporteur, suisse, poète, et pouvait Té tre encore^; mais moi , qui né suis qu'un sot , qu'un malotru , à quoi pouvais-je servir?

Ayant passé la nuit dans les plus tristes réflexions , le lendemain matin, nous louâmes un galetats chez le fossoyeur de Saint- Médard, et nous employâmes le reste *du joiir et les quatre suittins à tâcher de découvrir les traces du malheureux compère Mathieu ; mais nos peines et nos recherches furent inutiles.

Le soir du cinquième jotir, nous nous trouvâmes plus désolés que jamais.' Nous venioùs de faire dans

un morne silence le plus léger des soupers , lorsque Diego s'écria dW ton lamentable : Ah ! si je n'avais point oublié le métier. de poète, je pourrais mettre en vers TofEce de Tlmmaculée Conception ou paraphraser le Libéra , et tirer de l'un ou de l'autre de ces deux ouvrages de quoi subsister quelque temps; mais hélas! j'ai oublié le métier de poète.... Ah! si je n'avais point obblié le métier de comi-tragi-sauteur , je trouverais peut-être de l'emploi; mais hélas! j'ai oublié le métier de comi-tragi- sauteur, ainsi que le métier de poète.... O très chaste et très respectaole recteur des jésuites de Saragosse ) très pieux et très humble prélat monsignpr Tongarini ! très charitable et très loyal israélite £lc«izar! et vous, ô chef d'oeuvre de la nature, incomparable Rachelî votre serviteur et votre ami , Dîégo-Aîias-Fernando de la Plata, y Mendoca, y Rioles , y Bajalos , se trouve sans ressources ^ sans appui et sans consolation... Cher compagnon! contmua-t-il en m*embrassant, allons de ce pas accomplir mon voyage de Saint-Jacques de Compostelle en 6alice , allons accomplir mqn vœu. Ensuite , comme le recteur des jésuites de Saragosse m'a dit cent fois que les saints de son ordre ont le cœur bon, nous tâcherons de nous les rendre propices en visitant leurs reliques et les lieux où ils veulent être honorés.

Nous commencerons par le bonnet de saint Anchieta à Orense (1); nous visiterons le foie de saint Forget à Astorga (2) , la brayette de saint Mena à To-

fl] Lorsque le père Aochîeta, jésaîte et missionnaire dans le Brésil, avait trop chaud, il ordonnait aux poules de s'élever en l'air et de lui faire un parasol de leurs ailes ; ce que les poules exécutaient à l'instant, au grand étonnement des spectateurs. V. Jouvenci, HUiQr* Societ., tîb, 2S, p, 766.

(•2) L'an 1649, ^® P^î*"^ Forget, recteur des jéstliîes de Metz,

4a LE tOMPERE

ro (i)| le scrotum de saint Baitbazar à S<$«»vie (a) , le toapet de saint Gonzalès à Colmenar (a), Tanns de Gombar à Tolède (4)> les boyaux de saint Pierre d'A->

' vendît aaz ursullaes de Mâcon une maison située dans la première de ces deux villes , pour la somme de quàtre-viogt nulle francs messins. Ces religieuses avaient fait cette acquisition sur la bonne foi du père jésuite, et s'en étaient rapportées à soft ettimation; sais «jant reeonnn que cette estimation était fondée scur de faux contrats et de faux plans» que le recteur avait fait voir sans songera aucun mal, ces Impertinentes nonnains eurent l'audace d^intenter utf procès à l'homme de tKeu ; et par une prévarication inouïe, le parlement de Metz ordonna que les partie* seraient remises au même état qu'auparavant le contrat, à mtoins aue les ]ésuite# n'aimassent mieux se contenter, pour tout prix cle ladite maison, de la somme de 18,000 1. tournois. V. /a morale pratique et let registres da par* iement de Metz,

(i) Le père Mena, p,>ussé 4a louable désir de propager son espèce, fit accroire à une béate, sa pénitente» crue le ciel lui avait inspiré de coaober avec elle ; il vint tant d'enfans de ce

' charmant accouplement^ que l'inquisition fit arrêter le jésuite Mena ; mais ses confrères ayant trouvé le moyen de le faire évader, il s'enfuit à Cônes, où il se fit juif, pOiir voir s'il ne pourrait pas travailler plus trananilleuent à la vigne du seigneur dans le judaïsme que dans le christianisme. Y. lldefonse, évèque de Malega, dans son Théâtre jéiuitique^ p. a5.

(a) Vn bourgeois de Gapareoça ayant trouvé le frère Balthazar en flagrant délit avec sa femme, b tua snr-le-cbamp, sans considérer que le fait d'un fésnife ne peut qu'honorer la couche d'un honnête homme , ce qui est bien douloureux. Y, U TiéUrejésuUifue^jp. SoS.

(3) Le père Gonzalès Alveria ayant obtenu la permission de prêcher l'évangile dans le M onomotapa, fut inspiré du ciel d'y faire le métier d'espion, ce que les Monomotapiens ayant reconnu» ils pendirent le saint homme, et depuis ce tempslà personne nes^avisa d'aller en ce pays pour le même supo^t. V. C Histoire des jésuites^ t. a, p. a4. — Sach., Ub. 5.

(4) Le père Gombar, reèteur des jésuites de Montepulciano en Toscane, ayant été convaincu de s'amuser à certain petit jeu assez commun en Italie, fut honteusement chassé de ladite

v'ilès à TruxUlo (i)| le bout du nez de saint Mariann à Dadajos (2) , r^chine de saint Santarel à Lorca (3)^ les ongles de saint Suarès à Pënailour (4) 9 et le nombril de saint Lorriu à Seville (5).

Là, nous entrerons à inôpital pour nous reposer,

ville par les habitaos, aiosî que tous les jésuites qui étaient sous ses ordres, ce qni est bien dur assurément. V. l'Histoire J^Muitique^p. 262. — Sachin., lîb, 5*, n<»ioj7Ct suîv.

(1) L'amour que la société a toujours eu pour son prochain , poussa tes jésuites de Sévilte à attirer à eux l'argent de ptu- Mieurs personnes, nommémenfd'uneerande quantité d'ouvriers et d'artisans, et cela sous prétexte de faire valoir cet argent. Ijorsqu'ils se virent une somme d'environ quarante-cinq mille ducats, le père Pierre d'Avilès, provincial de l'Andalousie, qui savait qaei'argenC est l'hameçon avec leqnel le diable tire les âmes à lai, persuada à ses confrères de faire banquroute, ce qu'ils firent le plus joliment dn monde. Y. Idelfonse, évêque de Malaga, en ood Tkédtrejésuitiifue, p. 378.

(») Le parlement de Paris» tonjou» pr6t k interpréter îe» choses à rebours , fit brûler les œuvres de Mariaaa^ parce que ce- bon père y avait dit qvelqae part que le régicide est une action digne de ionangc^glorieuse, héroïque^ eï qu'il gémissait qu'iiy en eût si peu qui se portassent à ane démarche si géoé* rense. Y. de Thon, t. i5, p« 1 1 1 et ^ta.

(5) Le i5 mars i6a6, les oeuvres du père Sastarel forent brûlées par arrêt du même parlement, et à peu près pour l« même bagatelle.Co//«/i<>ji<</iC(orttm, p. 9o4et ao5.

(4) Le a6 juin i6i4« les œuvres du père Su ares forent brûlées par arrêt dn même parlement, et toujours pour la même chose. Y , ttbi sub,

(5) Le père Lorrin était unkioÉatiie terriblement porté pour l« bien de la religion et pour le repos de l'état. L'on en peut voir uD échantillon dans son Commentaire^ êvr le psaume io5« où après avoir loné l'action dePhinès qui tua ZambrietGoflbi, il rapporte ces vers de Senèqii«.

Victima haud alla amplior Potett, magifqw opimamactarljovit Quant rc9 îniquus^

44 LE COMl>BftE

pendant quelques jours , et nous réciterons tous les matins les quinze oraisons de sainte Brigitte , pour que nous continuions notre pèlerinage en bonne santé.

De Séville nous irons visiter le pancrëas de ss(int Guerret a Lobrixa (i), la rate de saint Gdntbiéri à Monda (2), les fesses de saint Boitet à Grenade (3^ , la barbe de saint Comolet à (ïuadix (4), l'oreille de saint Aubignj à Lorca (5), le fdmur de Saint Guignard à M urcie (6), Tepiglotte de saiut Varadc à Valence (7),

(1) Le père Guerret, professeur du bienheureux Jean Ghâtel, fut banni de France, pour avoir enseigné qn'on peut tuer les rois. V. Mézerai, Abrégé chron,, p. 4^6 et suivantes.

(2) Le père Gonthiéri eut le coorage^dans un de sessermons* d'exhorter Henri IV d'exterminer tous les huguenots ; mais ce prince, encore hérétique dans Pâme, négligea malheureusement un avis si salutaire. Y. de Thou, t. i5j p. 85.

f3J(4) Les pères Boitet et Comolet furent les glorieuses trompettes de la sainte ligue. Le père Comolet, prêcliant un jour à Saint-Barthélémy, critfit dans le saiut enthousiasme qui l'agi* tait : // nous faut un Aod^ fât-ilmoine^ fât-it soldat, fàtMiterger^ U nous faut un Jod, Peu de temps après il vint un moine qui fut cet Aod. y. la seconde Apologie pour l'université de Pattis, p. 169 et 170. Item. Le recueil touchant l* Histoire du père Jot^encij p. a 22.

(5) Le bienheureux père d'Aubigny fut le confesseur de Ravaillac, et le confident ce ses révélations. Y. la fin des Memoires de Condi^ et les Mémoires de Sully,

(6) Le père Guignard s'était amusé à faire quelques petits libelles contre Henri XII et Henri IV» et à soutenir certaiacs

' propositions qu'on appelait esécfables. Pour cela, il fut pris, emprisonné, pendu et écartelé. La société perdit en lui on des meiiieurs'sujcts qu^ellc eût alors. Y. la Ghron. noveQnaire, p. 433 et suiv.-« Mézerai, Abrégé chron.» t. 3, p. 417*

{7) Le père Yarade, çn vertu de son ministère, bénît et encouragea Barrière pour assasûner lient 1 lY, mais le maladroit manqua son coup. Y. Jus reg» , p. 534.

kl grosse dent de saint Alagon h Tortose (i), le sabre de saint Ignace a Montferrat (a) , et le prépuce de saint Girard a Toulon (3).

De Toulon nous nous embarquerons pour Naples , où y après avoir vu la liquëfiiction du sang de saint Janvier , nous irons visiter les sourcils de saint Morao à Bénëvent (4), les paupières de saint Gujot à Capoue (S)f et le gosier de saint Boddens à Ostie (6),

(i) Le père Alagon était llioiume du monde le plut géaéreux ; il promit un jour cinquante mille écut et la vrandesse rPËspagoe au capitaioe la Garde pour asiatslner le même prince. V. Factum du capiiaiue la Garde, au quatrième volame de l'Etoile.

(2) Tout le monde sait que aaiut Ignace pendit son épée et son poignard à un des piliers de la chapelle de !• Vierge à Montferrat, le jour qu'il se roua son chevalier.

(5) L'édifiante histoire du bienheureux père Girard et de sa chère fille la Cadière est assez connue.

(4) Gam-hj, empereur de la Ghine, eut neuf fils ; il désigna le quatrième, nommé Jum-cim, pour son successeur. Le père Marao, inécuntent d*une disposition si contraire aux louables projets qull avait dans la tête, fit révolter le neuvième fils de cet empereur contre son frère Yum-cim. Mais le diable, qui est toujours aux aguets pour traverser les plus saintes entreprises, fit échouer celle-ci: le père Morao fat pris et martyrisé, ainsi que le prince qu'il voulait mettre sur le trône. Y. les lettres de M. Fabre^ protonotaire apostolique, et les anecdotes de l'état de là religion de la Ghine, ch. 5 et sniv.

(5) FraoçoisMartel, prêtre delà paroisse d^ntreâu, près de' Dieppe, convaincu d'avoir voulu attentera laviedeLouisX.111, par les conseils du père Guyot , ainsi que de quelque» autres petites fredaines, fut condamné par- le parlement de Rouen à être brAlé Tif, ce qui fut exécuté. Le révérend père -Guyot anrait certainement subi le même sort, mais iise sauva. V. l'Examen des quatre actes, édit. de Paris, 164^*

(6) L'an i638, le père fioddens, recteur des jésuites de

46 LE COM^ÀftX

puis nous irons à Rome faire notre prière sur le tombeau du saint prélat Tongarmi , «t baiser la panloufle (lu saint-père ; de Rome rous passerons «n teirejsainte : nous irons à Nazareth, è Bethlëem y à Jerosalem , à CaiÀamaum et à la Mecque ; de là «ous reviendrons à Constantinople , où nous demanderons au Kislap-Agasi s'il n'aurait point entendu parler de Raohei ; de Oonstantinople nous viendrons à Venise) nous y saluerons le juif Ele'azar , et nous y ferons une confession générale pour nous mettre en ëtat de finir dignement notre pèlerinage ; de Venise nous Tiendrons à Ëelluno , visiter la mâchoire inférieure du patrkircbe Busembaum (i), la vemie de saint Crîminal à Inspruck (2) , le tibia de saint Personnîà Landsberg (3) ,

Maestricht , le père procureor de la même maîfloo , le père gardien des réooUett et an brassedr de bière, nomsié Iiandsman, fâchés de voir cette ville au pouvoir des hérétiques , entreprirent de la livrer aux Espagnols; mais avant été malbeareusement déccuverts, les deux jésuites et le récollejt furent décapités et Laudsman pendu. V, l'Histoire des PaysBas,t.i, p. 2S9.

. (1) L'histoire du patriarohe Busembaum et de son commcntatenr Lacroix est trop coonae pour être mise ici.

(a) Le père Grimioal était a«sai vaillant soldat que séié prédicateur : il se mît. à la tète de ceux de fiemaoaoor aux Indes , pour forcer les fiadajg[es à embrasser i'évangile ; mais lualbeureusement poar lui et pour la religion* il fîut tué «n premier combat qu'il donna contre ces mfidéles. Orlaod., n° lia.

(5) Le père Persooai» dégui^ tantôt en soldat, tantôt autr«ment» pareouiatt les maison» des catholiques en Angleteiw pour les eftborter è favoaîier les projeta d» p*pe Bie v et du tm d'Espagne contre ce royaume. C'^eat bien dammage que ces saintes entreprises ne réussirent pas » il en serait résulté an bien i^ofiu^pour la catholicité. Y. Bapin Toiras, u 6, p. 3oo et suiv.

le gosier de saint Holte a Augsbourg (i); la savatte de saint Walpold à Strasbourg {^) i la moustache de saint Briant à Landau (3), le crâne de saint Kervin à Nauci (4)^ l'index de saint Caropian à Toul (5), le gigot de saint Tesmond à Metz (6), la rotule de saint Gérard à Verdun (7) , la vessie de saint Oldecorne à Sedan (8) , et la fressure de saint Garnet à Mézières(9); puis ayant fait à Rheims une neuvaine à la sainte Ampoule y nous reyiendrons attendre ici que le ciel ait pitië de nous en faveur de notre dévotion.

— C'est fort bien dit , seigneur Diego, dis-je à l'Espagnol , mais il me semble que vous pourriez bien nous tirer de la misère sans avoir obligation à une kirielle de saints du calendrier des jésuites. Vous êtes

(i ) Le père Holte avait persuadé au nommé Patrice Galen etd^utres Anglais d'assaMÎner la reine Elisabeth; il les avait même confessés et commaniés pour les encouragfer davantage ; mais le coup manqua, et ces ooofessioits et communions furent en pore perte. V. jiçt, in prodit.^ p. 59 et suir.

(a) Le père Rkbard Walpold avait engagé Edouard Squirre d^empoisonnerla même princesse» mais cet Edouard âqvsiire ne fut pas plus adroit que Patrice Gulen et %tê compi^oons. Vr le Catbéchisme de Pasqoier, p. aia, etc.

X^) r4J (^) I^s pères Briant, Kervin et Campian voulareot aas0i attenter à la vie de cette princesse, mab lu ne réussirent pas mieux qu'Edouard S^irre et Patrice Gulen; ils furent martyriaés le premier déceinibie iSBi* ¥• de Thoo, t. 8 , p. 54i et 542,

S^(7)(^)(9) Voici le plus bMNDooiip 4e fétoiiet ^e l'on ait jamais vu ; c'est la coi^uration des pondrêai. Maie ce coup ayant manqué, comme bien d'autres» les jésoitea Oldecorne etGarnety qui y-a valent participé^ furent pendus et éventrés, et leurs confrèiet Tesmond et Gérard se sauvèrent, de peur qu'on ne leur jciiât le jnéinc toor. ¥.:Méserai,. Abrégé chroo., t. 3, p. 5aa.— M. de Tbou,, et. les A«t. in prodU.y p. %ih, etc.

eficoTC jeune, dispos, vîgouTenx; essayez de vous remettre à faire quelques sauts de carpe , quelques tours de force, quelques (équilibres, etc. Vous savez que le paillasse de la grande troupe de la foire va quitter pour eiitrer chez les pères de l'Ofatoire ; pour peu que vous approchiez de ce que vous dites avoir su autrefois , je vous garantis sa place. — Par saint Armelle ! tu dis vrai, repondit Di^go. — En même temps il e'tendit les couvertures de notre grabat au milieu du taudis^ se mit à faire quelques cabrioles , quelques moulinets , quelques gambades, et me dit : Comment trouves-tu cela, Jérôme? — Tout au mieux, seigneur Diego , re'pondis-je : si les convulsion n aires de saint Paris en savaient faire autant, l'incrédulité' serait plus rare. — O l'incomparable! ô l'admirable ami Jérôme î s'écria Diego ; tu viens de me faire penser à une chose. Je veux avoir aussi des convulsions , moi ; il n'y a point de mal à cela; c'est pour la gloire de Dieu, pour confondre l'incrédulité des impies, et chasser la misère qui va nous égorger. Le recteur des jésuites de Sara- , gosse m'a toujours dit qu'on méritait doublement lorsqu'on savait concilier ta religion avec ses intérêts ; en voici l'occasion y mon cher Jérôme , ne la laissons pas échapper.

Le lendemain , Diego prit deux béquilles et se traîna sur le tombeau du bienheureux Paris; dans le cimetière de Saint- Médard. Il n'y est pas «n quart d'heure que d'horriblçs convulsions le saisissent ; il fait des grimaces et des contorsions effroyables : les assistans , saisis d'admirajtioa , s'écnent : Miracle ! miracle l L'é-

flise et lés environs se remplissent d'un peuple innomràble; c'est à qui verra , à^qui touchera. le seigneur ^¥g^- — Sefyileujr de Dieu; lui crie-t-on, y a-t-il feng-tempsqup vous été* affligé?^ Il ja quinze ans, répondit^ il ,.én continuant seîs cabrioles: — Que vous

MATHlEtT. 4g

êtes heureux! ajoute- 1- on , yous ne viendrez point ici huit jours sans être entièrement guërî.

Lorsque la scène fut finie , et que la fuule du monde fut dissipc'e , Diego revint au logis ^ jeta ses deux béquilles y et me dit : Mon cher Jérôme , je n'ai fait de ma vie pareils sauts ; je croyais avoir cinq légions de diables dans le corps , tant le zèle de notre sainte religion m'animait. Cependant cette aiïaire fait grand bruit j et je ne sais.... Il prononçait ces mots lorsque le sieur Chaulin^ prêtre et aocteur en la faculté de théologie , arriva. Le saint homme sauta au cou de Diego, /en versant un torrent de larmes, et lui dit : Mon cher frère en Jésus-Christ , béni soit le moment qu'il a plu au ciel de vous inspirer de venger l'honneur de là religion par une très sainte, très licite et très pieuse fraude j continuez , je vous prie , ne démentez point votre première démarche ; attendez tout de la bénédiction de Dieu , de la protection de saint Augustin ; et de la reconnaissance des hommes ; en même temps , il lui donna une bourse de vingt louis. — Adieu, ajoula-t-il^ souvenez- vous de vous trouver guéri dans huit jours, et de faire place à d'autres.

Lorsque le père Chauvin fut parti, peu s'en fallut que les convulsions ne me prissent à mon tour ; mais c'eût été de ces convulsions occasionées par la joie qu'un malheureux ressent, quand il passe inopinément au plus triste état à une situation heureuse et inespérée.

Diego , plus persuadé que jamais de la sainteté et de l'vtilite de l'action , continua la huitaine sur le même ton , se surpassa le huitième jour , jeta ses deux béjquilies , et marcha aussi droit qu'il eût jamais fait.

A la vue du prodige , les exclamations recommencent ; Diego puolie que sa confiance au bienheureux

5o LE COMPÈftE

Paris l'a amené de Bilbao en Biscaie ; le vinaûp^^^ le fossoyeur et vingt autres personne» attestent de ravoir connu impotent depuis qu'il est à Paris : deux cents autres témoins certifient de la rëalite de ses convulsions et de sa guerison : procès-verLaux et autres actes juridiques sent dresses sur le tout; l'admiration, lé zèle et la dévotion du peuple redoublent ; la foule des paralytiques et des cnls-de-jatte devient innombrable sur le sépulcre du diacre ; le prêtre Chaulin apporte vingt autres louis , et y joint les remercîmens de tous les âppelans et réappelans de France. Diego et moi allons loger dans le quartier du Palais-Royal, et nous retrouvons le compère Mathieu dans un bordel de la rue du Chantre.

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