‹ Le Compère Mathieu, ou les Bigarrures de l'esprit humainChapitre 9 sur 28 · V. le Leœieon de Harvît an mot écho · texte numérisé non relu

V. le Leœieon de Harvît an mot écho

pai^ûrdas en désopilant la bourse y et Vsltï àe nous envoyer ad patres un peu plus tôt que nous le roudrious.

Voilà y mes enfans, en quoi consiste cette seconde partie y qui par«itra>^eu de temps après lu première.

Comme je n'ai que soixante-quinze ans , et que ma santé me promet de vivre encore un demi-siècle ^ j'espère de voir quatre ou cinq éditions du Traite' de la science unix^erselle , et passer mon temps à le revoir , le corriger et l'augmenter jusqu'à ec que Venus passe sur le disque du soleil ^ ou que la siiltbne Moscha fasse une pirouette sur le nombril de ^a hbiltesse , ce qui revient au même. Alors, ayant observé ce passage de mon grenier, j'emploierai le reste de mes jours à composer un ouvrage sur la conjonction des planètes . Adieu , mes enfans. — • Ayant fini ces mcfts, le vieillard partit.

Diego ^ qui n'avait bougé de dessons le lit pendant le discours du vieillard , sortît enflii de son réduit , en s'écriant qu'il n'avait eu que trop sujet d'être efFrayé de ce qu'il avait vu sur l'escalier. — Le loup-^garou , continuait- il, n'a repris sa figttre humaine en entrant dans celte chambre, que pour nous réciter les trois quarts du grimoire^ et peut-être pour nous ensorceler tous. O maudit suppât de BéelzebntK et jd'Astaroth ! que n'es- tu dans le fin fond de l'enfer, avecles enchanteurs de Pharaon , Simon le magicien et le ministre Bekk€r(t); nubien, que n'es-tu réduit en cendres au milieu de la grève , ainsi que le furent Urbain Grandier à Loudun et Gofiredy à Marseille ! Mais non , je ne

(i) Balthozar Bekker, ministre calviniste à A m ster dam, soutient daae sdn Monde enchanté qw leftdiabled n'ont ancnn pouvoir sur les hpinmes, on phitOt il insinue qn'il B*y a point de diabUs. Cet ouvrage ayant fait grand bruit, Us raagistratti d'Amsterdam le déposèrent ; mais comme (/était d'ailleurs un bomme de métlte et fort savant, ils lui conservèrent sa pension *

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puis avoir la satisfaclion de te voir brûler vif en ce moDcle^ avant que tu partes pour Tenfer, ton héritage. Les tribunaux, les magistrats , à force de ne plus croire au diable, ne croiront bientôt pUijS en Dieu; carrieD ii'approcbe plus de Fathéïsme que de nier la possibilité'^ la realite des sortilège^, des enchantemens , des mali^fiées f des pactes avec le diable, et du sabbat. Aussi, depuis cet indigne relâchement de la justice envers les sorciers, nous voyons journeilement des effets terribles de la puissance de Satan et de la mëchancetë de ses ministres. Tantôt une sécheresse excessive brûle les campagnes et fait périr les récoltes; tantôt des pluies continuelles font déborder les rivières qui inondent les villes et les villages, entraînent les maisons , les ponts, les écluses, etc. ; tantôt une grêle affreuse hache en pièces les arbres , les vignes, les moissons , et écrase jusqu'aux hommes et aux auimaux : d'un autre côté y ce sont des incendies qui consument des cités entières^ des tremblemens de terre qui bouleversent des royaumes; des volcans de soufre et de feu qui embrasent des provinces , des guerres sanglantes qui ruinent et désolent les plus belles parties du monde, des pestes horribles qui ravagent perpétuellement quelques contrées de la terre ; joignez à cela un poison cruel répî^du dans l'air, qui depuis quelque temj)s lait périr les bestiaux , un venin subtil <|ui, répandu dans. le sang Se la moitié des hommes , attaque l'espèce humaine jusque dans les sources de la génération : ajoutez encore les médecins , les charlatans avec leurs .sachets anti-dpoplectiques, leurs poudres, leurs baumes, leurs pillules, leurs teintures stomachiques; puisies avocats et les procureurs qui trompent et ruinent les plaideurs ; les financiers qui sticent le sang du peuple^ les riches qui foulent aux pieds les pauvres', et qui méprisent ou se haïssent les uns les autres; item^ le

Mathieu. ij

froid , le chaud ^ la misèi^ et mille autres maux qui nous assiègent sans cesse le corps et l'ame : que Ton dise alors qu'il n'y a point de sorciers , et que le règne de Satan ne commence pas à prendre le dessus sur celui du Seigneur. O temps ? ô mœurs ! ô monde malheureux , ensorcelcf et corrompu.

— Il faut avouer , dit le compère, que ce vieillard est un insupportable bavard : où peut-il avoir prêche cet imperttuent discours ? Je n'aurais assurément point eu la patience de l'entendre jusqu'à la fin, si je n'eusse observe parmi les sottises qu'il débitait , certain ordre de choses qui m'a plu beaucoup. En effet , si quelqu'un avait à faire un traite' suivi , raisonné , doctrinal de toutes les sciences que l'homme peut désirer savoir , je lui conseillerais de suivre ce plan poiir former le système figuré des connaissances humaines , qu'il devrait mettre à la tête de ^on ouvrage ; mais pour peu qu'il entrât de philosophie dans ce traité suivi, raisonné, doctrinal, de toutes les sciences, il ne serait point pratica()le ; les vrais dévots s'en scandaliseraient , les hypocrites crieraient à r«nthée , au philosophe ; les ministres , les courtisans et ceux qui ont intérêt que le peuple demeure simple et sot, crieraient au raisonneur, au mutin, au mauvais citoyen , et l'auteur en serait quitte à bon marché , si , après avoir vu supprimer ou brûler son livre, on lui laissait la Uberté de s'aller jeter dans la rivière , la tête la première. Tel est le génie de ma chère nation. Un vieillard à demi- timbre s'est enfermé pendant cinquante-deux ans ' dans un grenier pour éviter les impoitunités des sots, la persécution des méchans, et pour écrire en liberté. Que doit donc faire un homme

qui a son bon sens? O temps! ô mœurs! ô divine

philosophie ! dans quel coin de la terre êtes-' vous retirée? •

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