‹ Le Compère Mathieu, ou les Bigarrures de l'esprit humainChapitre 25 sur 28 · CHAPITRE Vr · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vr

Soi te de la relatîoa de Diego.

Lorsque sainte Thérèse eut fini son histoire , reprit l'Espagnol f elle dit à son amie qu elle était passablement instruite de lasienne; mais que, comme elle ignorait le fond de celle de saint François , elle la priait de vouloir la lui conter. Sainte Claire acquiesça avec plaisir à une demande si raisonnable , et parla ainsi :

Le séraphique saint François, que voilà, est né à Assise, en Ombrie , ainsi que moi. Après avoir passé les premières années de sa vie à apprendre lecommerce , auquel son père , qui était un riche négociant , le destinait , il attrappa je ne sais quel mal en courant le guilledou avec ses camarades , et ce mal lui renversa tellement la cervelle qu'il devint fou. — Fou ! s'écria sainte Thérèse. — Oui, ma chère, fou , et très fou ; mais d'une folie si admirable, qu'elle servit de modèle par la suite à La réformation de la simplicité évangélique.

Le premier exploit que mon compatriote Francis fit en entrant dans la carrière qu'il courut si dignement après cette aventure singulière, fiit de se revêtir de haillons , et de s'aller planter au milieu de soixante à quatre-vingts gueux qui mendiaient à la porte de l'église de Saint rierre , à Kome. Après avoir demeuré quelque temps parmi ces truands , u jeta ses guenilles , reprit ses habits ordinaires , et revint à Assise; mais sa charité pour ses confrères ne l'abandonna pas ; pour

en cooTâincre tonte la terre y il ne cnit pouvoir mieux faire que de voler son père pour faire Taumône aux ladres y et raccommoder une egUse sur la recommandation d'un crucifix qui lui avait fait Thonneur de lui parler.

Le père François , interpre'tant mal à propos certaines paroles de Salomon (1) ,. ou plutôt craignant que les pieuses libéralités de son fils ne lui fissent faire un jour banqueroute 9 le déshérita ^ et le traîna devant l'e'vêque pour le faire condamner (2). Mais le saint n'en fit pas à deux fois , il se mît nu comme un ver en présence de toute l'assemblée ^ rendit toutes ses bardes à son père et nia le bonhomme , pour apprendre arx parens à respecter leurs enfans ; après quoi; s'ëtant affublé d'une guenille qu'on lui donna ^ s'étant ceint d'une corde qu'il trouva , et enveloppe' la tête d'un capuchon qu'il se forma y il se mit à courir les champs y equippe à peu près comme Cratës.

Des actions si saintes et si édifiantes touchèrent une infinité de personnes. L'on n'entendait parler que d'enfansqui avaient volé leurs parens pour faire l'aumône ; l'on ne voyait que des fils qui «vaient renié leurs pères pour s'attacher à Dieu ; l'on ne rencontrait que des gens qui avaient renoncé à tout pour aller mendier ; c'était à qui admirerait ^ à qui imiterait y à qui suivrait le nouvel apôtre. Bref, en moins de quatre ans, la moitié de l'Italie se trouva obligée de faire l'aumône à l'autre, et la quantité prodigieuse de disciples de tout sexe, de tout âge, de toute condition que le saint personnage

(t] Geloi qui vole son père et «a mère , et qni dit qae ce D*e8t pas péché, participe au crime des homicides Prov, cbap 28, V. 24»

(4) V. sa vie.

96 LE COMPBftE

se fit , le détcriaÎDa à former un ordre ie fel%teiix , ce qu'il fit à la grande sati&factbn d un cbacao, ik'ayaiit encore que vingt-sept ans.

Je ne tenais point le moindre rang parmi les adaiirateurs de François, mais je n'osais le témoigner. Mofo père était terrible sur cet article ; il regardait le saint comme un fanatique, un ëcervel^; il gémissait de la faiblesse de la raison humaine ^ en voyant l'ardeur avec laquelle un chacun embrassait un genre de vie à son avis si ridicule , si méprisable. Cependant je n'eus pas plutôt entendu parler ae rétablissement que le patriarehe de la besace venait de faire , <}ue je résolus de m'y faire agréger.

Four cet eflet je m'échappai une nuit de la maison de mon père (i) ^ je courus au monastère de sainte Marie des Auges, où ayant été reçue, fêtée, régalée comme une divinité par cet homrne admirable , je fus préchée, bénie, tondue, puis dépouillée des habits du siècle , revêtue de l'habit de Tordre , menée chea les bénédictines de Pozzo , et de là dans une vieille église, où J£ devins , non pas une simple réformatrice comme vous, ma chère sœur, pais bien la fondatrice de Tordre des damianites (2) , ordre fameux , où les femmes vont sans chemises comme les capucins , sans caleçons eomrae les singes, et nu pieds comme les poules , croupissant par humilité dans Tordure et la vilenie inséparables de notre sexe; psalmodiant , priant^ méditant, gémissant, jeânant sans cesse, et faisant tout cequ'ellcs peuvent pour tourmenter leur corps et {aire enrager le diable.

Je ne fus pas long-temps sous la direction de4'hoin-

f 1) Yoyéï la vie de sainte Claire.

(9) Voyez la vie de gainte Glaire.

lUTSISIT. 97

me de Dieu, aans atleiadre à un û famit degré de perfectîoa f que je servais de modèle à toutes les saintes femmes qui avaient quitlë le monde ou leurs maris pour embrasser ce nouveau çenre de vie. Mais celte perfec- " tioa était encore bien éloignée de celte de mon direc^ teur. François était devenu si humain , qu^il se serait plutôt laissé manger des pocix que d'en tner tro ; il était si humble y qu'il appdait les éiémens, les plantes et les animaux ses frères (i); il était si fervent qu'il prêchait aux oiseaux , aux poissons , aux moutons et aux chevaux (a^ ; il était si respectable, que malgré Tair hideux au'il avait acquis par sa manière de vivre , les oiseaux le caressaient, chantaient avec lui , se taisaient lorsqu'il le leur ordonnait (5).

Les oiseaux n'étaient point seuls dociles à sa voix ; les autres animaux , k fen mém«, kii obéissaient. Un jotu: qu'un chirui^ien se disposait' è lui cautériser les tampes pour une. fluxion qu'il arraît sur les veux , il dit , en voyant le far chaud : Mon frère le feu , étis-moi l'amitié de temp^er ta chaleur, et de ne me brûler que le plus doucement mie tu po«irras% Ge que son frère le feu fit. Une autre lois qu'il prêchait dans un endroit où il j avût un âne si fougileux qu'il troublait tout Tauditoire, il dit : Mon frère l'âne, tiens-toi tram^uille et laisse-moi précber. — Son frère l'âïie se mit la tétc entre les deux jambes et ne renvoa plus.

Cet âne-là avait sou bon sens; ainsi il nVst point étonnant ^pi'il obéiit  utilement. Mais voici l'histoire d'un autre animal qui était dans le cas de ne pas enj tendre raison. Un loup enragé epira un jour dans ime ville , mordit un ^rand nombre de personnes , et ré-

f O (*) PJ yoyezBarth. dé Piit, Saint Bonaventare, uki sup» et toutes les vies de Saint François.

98 LE COMPBRE

paodit uoe épouvante générale. François, ajant ap-

S ris cette aventure, vint trouver Taninial et lui dit : Ion frère le loup , si tu veux me promettre de ne plus faire le diable à quatre , comme tu as fait jusqu'ici , les bourgeois decette ville te nourriront. — Le frère le loup fit signe de la léte qu'il ne demandait pas mieux. — Assure-moi donc de ta promesse, reprit le saint homrme. — Le frère le loup leva la patte droite , et la mit très poliment dans la main du frère François. Alors le frère François dit au peuple : Mon frère le loup , qui est ici présent, promet de vivre en paix avec vous, si vous consentez ue le nourrir comme il doit l'être, ce dont je suis caution. — Toute l'assemblée promit de ne rien laisser manquer au loup. Alors le saint personnage dit : Et toi, frère le loup, promets-tn de garder ta promesse ? Le loup se mettant à genoux, et levant derechef la patte droite , fit entendre par gestes qu'il n'était point loup à violer ce au'il avait promis : en effet, Fanimal vécut encore aeux ans, cherchant sa pitance de porte en porte, et dans une profonde paix, non-seulement avec les hommes , mais encore avec les chiens de la ville et des environs (i).

Quoique mo|i compatriote aimât beaucoup ses frères e$ animaux, il ne laissait point de les punir lorsqu'ils commettaient quelque cas un peu grave. Il mauit un jour une truie pour avoir tné un agneau .par bêtise , et la malédiction eut son effet. Il n était pas plus traitable lorsque quelques malintentionnés l'interrompaient dans ses sermons. Un jour uàe femme s'étant avisée de sonner une clochette tandisqu'il prêchait, il lui enjoignit de se tenir tranquille ; mais cette femme con-

(i) Barth. Pis. uiisup.

HATBIBV. 99

Imiianc ioiijoim ^ il commaDda à SalAn de Temportetr et Satan remporta.

 propos de Satan ou dû diable , ce qui e&t la même diose 9 je veux , ma chère s^eur , vous coûter uu des tours que saint François lui jouait de temps en temps.

V<eu8 n'ignorez pas que 1 ennemi du genre humain est continuellement aux aguets ^ qu'il étudie le fiûhle des hommes, et qu'il ne manque point de profiter de ce faible pour les (aire tomber dans les pièges qu'il leur tend. Or, voiei ce qui arriva : le serviteur jde Dieu était uu peu enclin à la paillardise; et comme la mollesse et l'oisiveté sont la source de ce vilain péché, c'était aussi par- là que l'ennemi commun -formait ses attaques. Un jour au mois de janvier | que le saint homme était en prière dans sa cellule , le diable vint à lui et lui dit: Mon pauvrç Fran^ois^ pourquoi abrègestu leejours par les veilles et la moitiBcation ? Ne sais-tu pas que le repos est le soutien de la vie et l'arc^boutant de la sauté? Ne t'ai-je point dit cent fois que tu es encore jeune , que tu as du temps de reste pour faire pénitence? Vous vous imaginez peut-être que le saint perdit son temps à quelque répartie vague et inutile ^ point du tout : il se déshabilla nu comme la main , en présetice de son adversaire ^ il ouvrit la porte de son tandis^ et puis^ zeste, il partit comme up éclair, traversa les haies comme un sanglier , et courut se fourrer au beau milieu d'un buisson d'épines, qui le déchirèrent depuis le sommet de la tête jusqu'à la plante des pieds. Satan aimait trop sa peau pour poursuivre sa proie jus*que dans cette singulière espèce d'asile : François y triompha à loisir $ et , ce qui est bien plus achnirable, c'est que le ciel honora le triomphe de son serviteur en répandant une lumière éclatante sur le buisson, en le chargeant subitement d*une grande quantité de roses aussi fraîches que celles du mois de

100 LE coimu

jaîn (i). Maïs si le saint bonma satait gaidar too ame des embûches que son ennemi tendaitàson innocence, il ne pouvait pas mettre son oorpt teUement à Tabrî des g;riffes du diaiilei que eelnî-ci ne le rossât de temps en temps à un tel point que tout le monde en avait pitië(a). Bnfin^ c'est aaset parler de ces choses > il est ten^ de vous rapporter l'histioire de oe prodige Inouï , de cette grâce ineffable dont ce grand saint fut lavome du ciel par préférence à toutes les créatures de Funivers*

François s'était retiré) sur la fin de sa vie/ sur une des plus hautes montagnes de l'Apennin pour y vaquer plus à loisir am méditations sublimes anxqueltes il s'é« tait entièrement abandonné; mais cela n'empécfaatt pas qu'il ne vint me voir une fois tons les mois«

Un jour qu'il devait me rendre sa visite accdutuaBee, je le vie arriver crotté jusqu'à l'écliiDae) avec son dupu-^ ebon de travers , se soutenant à peine sur sa beqnifle ^ marchant de côté comme les crabes > ayant les pieds et ks mains enveloppés de cbiffotis et un emplâtre sur l'cBil gnucbe; je lui demandai qui l'atait ainsi accommodé. Ma cbèi« Claire! s'écria^t-il^'une votx lanflrai8< santé , le Seigneur s'est manifesté à Aon serviteur ^Piuie manière.... Ah! ma chère! quel benbeuv polir bu v«;r de tén^Cy pour un pécheur ^ pour un misérable! — Comme il louait Dieu de toutes choses y je ne pus rien comprendre k ses exclamations. Esb^eeqne Satan vons a encore houspillé? lui dis-^je^ *— N«0O) wa cbèré amie , non ; vom allez entendre t Le joor de l'Exalta^ tion de la SainteXIrôix, au màftiki | eomme je sortais de ^on tééait , je vis uh Séraphin à siat aile$ i|ui 4escc&^ dait des nues, cnvirontié d'utie lumiiàre si éeUlante, ifib toute la niontagne parut en hu, Lonque ce Séra«-

ij Vojei sa vi^ 'al Uii.

MATHIEU iOâ

phîn fut. pi^ès dç moi , il me demanda ai je o 'avais rien à lui donnçr; je lui répondis que uon. Alors Jesus-^ Christ 9 car c'était lui-même sous ^ette forme séraphique , m'imprima les marques de sa passion , et je ressentis à chaque impression une douleur si violente que les Wis et les rochers des environs retentirent des cris perçans que je jeW, Cette <)pération ^tant. finie , le Sauveur disparut ; les plaies qu il m'ays^it faites demeurèrent ouvertes y le sang en ruisselle encore, et je regarda cet événement au-dessus de toutes les merveilles que Dieu ait jamais operdes.

Quoique j'eusse ete toute ma vie très disposée à croire les ëvenemens les plue extraordinaires et les plus miraculeux y je vous avoue, ma chère, que le récit de François révolta ma crédulité ; le s$kint homme s'en aperçut et me demanda si je doutais encor-e de la yérifé de ce prodige. — Oui, *mon père, lui repondis- je ; j'ai cru jusqu'aujourd'hui toutes vos visions, vos extase ^ vos querelles avec le diahle , parce que rien de lout cela ne répugnait à cette foi simple et docile qu'une bonne catholique doit avoijr pour les choses do cette espèce; tnais po>jr votre stigmatisation , je ne la croirai de ma vie : c'est une iUusioa, un prestige, une opération du diable qui s'est transformé en un ange de lumière pour vous suiprendre, ou plutôt vous êtes un. .. . Ah! mon père! notre divin Sauveur, qui a dai^é descendre ici-bas et mourir pour nous d'une mort cruelle et ignominieuse , est monté au ciel après sa résurrection triomphante ; il est assis à la droite de son père , d'au il ne doit descendre que pour juger tous les hommes ; il est impie de croire qu'il abandonne ces lieux, qu'il' descend sur la terre pour y jouer des rôles indignes de lui , pour j faiif^ des choses.... Ah! mpnpère, si le ciel se sert quelquefois de la foudre pour punir les coupables, ce devrait être pour exterminer les im-

iOt LE COUfitiE

posteur» abominables I qui par un tèXe indiscret ^ par des vues d'ambition on d'intérêt ^ forgent des mensonges énormes y des blasphèmes horribles, des sacrilèges exécrables , en faisant intervenir le nom de Dieu y son opération immédiate j la présence de son divin fils dans leurs inventions diaboliques , dans leurs manèges impies... Retirez-vous de moi, votre vue m'est en horretir; vous n'êtes plus à mes yeux qu'un monstre vomi par l'enfer... . J'allais pourmivre, mais le saint ne m'en laissa pas le loisir ; il se jeta par terre en s'arrachant la barbe , en roulant les jeux comme on forcené, en hurlant si épouvantablement , que le frère illuminé qui l'avait accompagné, et qui par discrétion , nous avait laissés seuls , acconrut tout eflrajé me demander ce qui avait donné lieu au carillon que le saint homme &isait ? Je lui contai naïvement ce qu'il en était ; alors le compagnon de François s'écria : Quoi ! malheureuse, vous avez osé douter un instant de la vérité de ce oue l'homme de Dieu a daigné vous confier ! à aveuglement funeste et déplorable ! Gomment ! ne pas croire un homme que Dieu a chéri par-dessus toutes les créatures f un homme par lequel il lui a p1u manifester sa gloire, sa puissance et son amour (i), d'une manière extraordinaire; un homme qu'il a choisi pour être ici bas par ses peines et ses souffrances , par son humilité, sa patience et sa résignation, un second rédemtcur des hommes (7t\; un homme enfin dont les écit^, ou plutôt la règle qu il a composé, est le vrai livre de vie, l'espoir du salut, le gage de la gloire , la moële de l'Evangile , le chemin de la croix , l'état de perfection , la clef

(i) Barth. Pisan. fn iib. Con/brm. Bayle, Dîct. Hiat. an mot FrançoU, (a) Jbid.

du paradis y et le. contrat de TalUance éternelle. Ce n'est pas tout : vous avez ose ajouter que ce divin sauveur y qui est aujourd'hui assis à la droite de son père^ ne descend plus sur la terre ; n'avez-rous point considère que si avant son incarnation il a daigne quelquefois se manifester aux hommes sous des apparences sensibles (i^ , comme à Agar près de la fontaine du chemin de Sur (2) ; à Abraham dans la vallée de Mambré (3); à Jacob lorsqu'il lutta avec lui (4) > à Moïse dans le buisson ardent et parmi les éclairs du Mont Sinaï (5) ; ù Josué près de Jéricho (6) ; aux Israélites à Bokim (7)5 à la femme de Manoah à Tsorba (8) ; à Zacharie enfin , à la tête d'une troupe de cavaliers montant des chevaux de toutes couleurs (9) ; si , dis- je , le fils de Dieu s'est manifeste alors de tant de façons différentes y pourquoi osez-vous affirmer d'une audace extrême qu'il ne l'a plus fait depuis son ascension au ciel ? L^epoque de notre rédemption serait-eUe celle de la fin de son amour pour nous , de ses soins, paternels , de sa puissance et de l'opération de ses merveilles ? Avez-vous bien pesé les suites de cette assertion impie ? Ah ! ma sœur ! si ce que vous dites était vrai , les écrits de tant de saints personnages f les légendes qui nous rapportent le con-

(1) Partout où l'on trouve, dans l'Ancien Testament^ l'ange de tÉtemel apparut, il faut entendre par ces mots le fils dn Dieu, la seconde personne de la Trinité, l'envoyé de rÊternel, le Messie. Tel est le sentiment des plus fameux interprètes.

Îa) Gênes. 16, 7 et suiv.

3) Ibid 18, 13, 17.

(4WAW22, 24, a5.

Is] Ezod. 3, a, et suiv. ibid. ao. Psaume 109, 88. {6) Josué, V. i3, i5.

h) Juges 2, 1.

(S) Ibid, i3,3, i8.

(9)Zacbàr. 1,8, 17.

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i04 LE OOII»Are

traire 9 les décisions des souverahis pontifes qni les confinneat; ne seraient plus que des impos.tures affreuses f la sainte et respectable tradition que l'église tient I la foi de tous les fidèles sur les apparitions réitérées de Jésus-Christ depuis son départ d'entre les liommesi ne seraient plus qu'une illusion odieuse.,. Ne m'en dites pas davantage ! m'écriai-je , je crains que la terre ne. s'ouvre sous moi, et ne m'engloutisse à 1 instant. Ah ! mon frère ! ayez pitié d'une malheureuse ! ayez pitié de ma faiblesse... En finissant ces roots un tremblement universel me saisit : tout mon sang se glaça y une pâleur mortelle se répandit sur mon visage f mes yeux se couvrirent de ténèbres et de larmes j mes sens se troublèrent, mes forces m'abandonnèrent, je tombai à la renverse; l'on m'emporta sur mon grabat^ etje ne recouvrai la connaissance que pour pleurer amèrement ma faute , pour demander mille fois pardon à Dieu et è son serviteur d'une incrédulité sans exemple y et dont j'ai fait pénitence toute ma vie.

Je vous avoue , dit sainte Thérèse , que j'avais lu une partie de tontes les choses que vous venez de me conter dans le livre des conformités de saint François avec Jésus; mais comme de mon temps ce Hvre fut attaqué de toutes parts, et qu'il tomba en discrédit, je cessai de le lire , et je me mis fort peu en peine d'approfondir la vérité des choses merveilleuses qu'il contenait , et particulièrement l'article de la stigmatisation, qui me parut au-dessus de tonte créance. — Quoi I ma sœur, reprît sainte Claire, pour les vaines invectives de quelques hérétiques infâmes , vous avez négligé la lecture d'un livre rempli de religion et de piété, un livre composé par un nomme célèbre par son érudition , sa sainteté , et les miracles qu'il a faits ; un ITvre qui ne contient rien de plus surprcnsoit que ce que tant

«l'àuteturs fameux ont écrit de co saint homme (i) ; un livre, enfin, qui ne rapporte rien que le grand saint Antoine n'ait rapporté de saint Dominique. DaiUeurs si les histoires de saint François ne vous touchaient pas , les bulles que les papes ont données pour la confirmation des prodiges que le ciel a opérés pour glorifier son serviteur , ne devaient^elles point vous convaincre de la réalitë de ces merveilles , et surtout de la sacro-sainte atigmatisation, dont Tordre seraphique célèbre annuellement la fête avec autant de pompe et d'éclat que celle de la nativité du sauveur ? Ah ! ma chère sœur ! si j'eusse eu la millième partie des preuves que vous pouviez avoir de cet événement admirable^ je me serais bien donné de garde de prendre le saint pour un menteur lorsqu'il me le conta. Enfin une marque incontestable de ce dernier fait ^ un argument convaincant qui doit fermer la bouche aux plus incrédules touchant

I article des stigmates, c'est -que le corps de saint François est encore aujourd'hui derrière le grand autel des Franciscains d'Assises. Ce corps est debout , entier , avec les jeux élevés au ciel, avec les mêmes plaies que le sauveur y imprima, et dont le sang ruisselle encore.

II est vrai que depuis un certain temps , le ciel , pour des rasons à lui connues , a mis un obstacle invincible à l'ouverture du caveau où ce trésor est conservé j mais il a été vu tel que je viens de vous le décrire par le

(i) Tels que saint BooaTeotare , saint Antonia, Jac de Yoragiae, Surias, Villegas, Lippomanas, Reoév Benoit, Harens y Xippelo, Ribadeneira, Picqaet, Doublet, Gazet, Binèt, Antoine de Sainte-Marie, Nicolas de Bruges, Gonon, Sîmon-Martia, Beurner, Nicolas Oudard, Baronins, la SaiM8aye,Warner, Schedel, Yolterranus, Sabellious, Noucler, Salazar, et tons les moDumens^ les chroniques , les Annales , les Bréviairei, les Blisaels de Tordre de saint François, ainsi que le Martyrologe Romain. 5 *

lo6 LE COXFÈRE

pape Nicolas Y y accompagna d'un éréqae et de plasieurs autres personnes ; par Sixte IV , accompagne de trois cardinaux ; du duc de Milan et d'un autre personnage d'Assise ; ila encore été yu par un gentilhomme en i3o9. Pie Y eut aussi la même curiosité } pour cet effet y il manda au ministre général de Tordre de £sdre ouvrir ce caveau ^ mais en vain : le temps était venu ou les efforts de tous les maçons de l'univers n'étaient plus capables d'enlçver le moindre morceau de plâtre de la muraille qui ferme l'ouvertnre de l'endroit qui contient ce dépôt sacré.

Yoilà,, ma chère sœur, les principales choses qui regardent la vie de cet homme admirable, que l'on peut regarder comme un médiateur entre Dieu et les nommes ; comme un autre sauveur du monde , puisque saint Dominique et lui se sont trouvés dignes d apaiser le courroux de l'éternel ^ lorsqu'il voulut foudroyer la terre pou»: les péchés du genre humain (i)«

(i) Voici le fait. Lorsqae saint Domiuiqoe était à Rome^ il ▼it UD jour 9 non. en songe ni en extase, ni en aucun antre état que ce puihse être où rimagination entre pour plus des trois quarts, mais vigilanter^ c'est-à-dire étant éveillé, ce saint vit, dis- je, le ciel ouvert, et Jésos-Ghrist se levant de la droite 'de son père pour exterminer tons les pécheurs de la terre. Rien ne pouvait l'apaiser; c'était fait de l'espèce humaine, les prières même de la sainte Vierge n'étaient point capables de fléchir sa justice irritée. Mais cette mère, féconde en ressources lorsqu'il s'agit de faire du bien, dit à son fils qu'elle avait deux serviteurs qui étaient en état de convertir tous les hommes, et de les ramener à la résipiscence. Alors elle lui montra saint Dominique, et Jésus-Christ approuva le sujet; elle lui montra aussi S. François qui fut approuvé de même, et la fin du monde fut reculée. Le lendemain de cette vision admirable, saint Dominique étant allé à une église , reconnut le collègue qu'on lui avait destiné la veille pour une œuvre si salutaire; il lui sauta au cou, l'embrassa tendrement

Quant à ce qui regarde Tordre célèbre que le saint a institué 9 j'ose dire que cet ordre Ta emporté^ elTem-

et lai dit: Tu stras dorénavant mon compagnon ; nous allons courir la môme carrière, dans laquelle aucun ennemi ne prévaudra contre nous.

Gomme les auteurs respectables qui rapportent ce fait font tenir h Jésus-Christ et à sa sainte mère un dialogue assez trivial et indécent, je me suis fait scrupule de le rendre en fra nçais. Ceux qui entendent le latin pourront le voir dans le passage suivant .

Romœ igitnr nocle qnâdam orationi incumbens, vigilanter ▼idit ad patris dezteram ezurgere filium in ira suft, ut interficeret omnes peccatores terrae, et dbpeideret omnes opérantes iniqiiitatem : stabat autem in «there aspectu terribilis : et contra mundum in maligno positum lanceas' très vibrabat, quibus snperborum cervices erectas transGgeret primam : alteram, quà cupidorum viscera effunc'feret : tertiam, quft concnpiscentiis carnis deditos perforaret: cujus irae dum nemo poiset resistere, occurrit propitia Virgo mater, et pedes amplecteus ejiis, rogavit ut parceret eis quos redemerat, et justitiam misericordià temparet : ad quam filius ^ nonne vides , inqnit, qoantae mihi irrergantur injuriae? justitia mea tantâ mala non sustinet imputina ; tune mater: tu scis, ait, qui omnia nosti, quia est baec via per quam eos ad te reduces: habeo servum, fidelem, quem mittes in mundum ut verba tua annuntiet eis, et converteatur ad te omnium salvatorem ; alium quoque habeo scrvuro, quem ei dabo adjutorem, ut similiter operetur. Filius dizit : ecce placalus snscepi faciem tuam : verumtamen ostende mihi quos velis ad tantum officium dea^ tinare. Tune domina mater obtuIitB. Dominicum Jesu-Cbristo : et ait Dominicus matri : bene et studiosè faciet quod dixisti; obtulit quoque et sanctnm Franciscum^ quem similiter Deus laudavit. Sanctus ergo Dominicus iu visione considerans socium diligentur quem prius non noverat, in crastinum enm in ecclesià, ei iis qu« in nocte viderat, recognovit, et in oscuia sancta ruens, etsinceros amplezus, dixit: tu es so ci us meus, tu curres pariter mecuin: stemus simul, et nullus adversarîus praevalebit. Visionem etiam narravit illi, ex tune er go acti snnt cor unum et anima ana in Domino, f^vyez saint An-

foi te compIebb

portera toujours sur tous les autres , tant par sasunteté , son zèle et sa splendeur , que par le nombre on la dignité des personnes qui Font embrasse. Cet ordre peut se glorifier d'avoir produit plus de trois mille saints^ canonises ^ ou Ix^atifiés y ou mart jrs ^ ou ponfesseurs illustres par la sainteté de leur vie et par leurs miracles: d'avoir fourni six papes à Téglise , et plus de huit cents autres sujets, tant cardinaux, patriarches , archevêques j «^vêques et légats; d'avoir vu dans son sein plus ae cent personnages de la plus haute dignité ^ tels qoe des empereurs, des impératrices, des rois, des reines et des enfansde rois; plus de sept cents autres personnes de la première distinction j tels que des princes et des princesses y des ducs et des duchesses, des marquis et des marquises y des comtes et des comtesses (i). Cet ordre enfin compte encore aujourd'hui plus de cinq cent mille sujets répandus dans tontes les parties du

tonin Florent, archiepisc. HUt, S.Domi. pari, 3, cap, 3, tit, a8. Martyrol. FrancU, m Prolog, fp.Zoet teq.

Si des écrivains fameaz se soDt fait gloire d'employer leur plaine à nous transmettre une histoire si extraorolnaiiie, de grands peintres se sont cru aussi très> honorés de consacrer leur pinceau à la perpétuer. Entre le grand nombre de ta-^ bleaux du célèbre Rnbens, l'on peut voir celiii du maître-au> tel des récollets de Gand, où cette histoire est ainsi représentée : Jésus-Christ, armé de la foudre, ayant le regard menaçant et terrible, est dans le haut de ce tableau ; la Vierge, prosternée aux pieds de son fils, le conjure, par le sein dont elle l'a allaité, d'épargner le monde, qui se voit au bas ; mais Jésus- Christ, insensible aux prières de sa mère^ va lancer son tonnerre, lorsqu'apercevant saint François qui couvre le globe de son manteau, sa justice se trouve apaisée.

(i) Madame sainte Claire a raison ; car voici ce que je trouve dans l'Albor Epiloglca d'Jlgezira, dressé après le chapitre général de l'ordre de saint François, tenu en i6a5é

«àTHtEtr.

monde (i), du ieors traTaux^ leurs exemples servent de base et d'appui à la religion cfar<^tieDney et

ORBO 8ARCTI FBAITCISCI HABKIIT :

Sanctos canonisatos, . • aj

ficatifîcatos.. 606

Martyres 920

Gonfessores , qui Tîts sanctitate et milacvlii

floruerùtit. > i63o

Fontifices 6

Cardinales 56

Patriarches la

Archiépîsoopos. . ., . • 1^6

Cpiscoposi *.,..«. 590 Legatos et oratoresà pontificibus et re gibus

destinatos 270

Impératrices. ...

Reginas

Filios et fîlias rcgum.

Archiducem. • • * . •

ao ao

Principes y

Duces ao

Marcbiones 34

Gomites 85

Archidacissam i

Principissas. ...... |;

Duciss^s. ........ 46

Marchiooissas 26

Gomitissas ; . . 3a

Filios et fiixas hujusmodi

principum 368

Inquisitores 84

Exceptis iis qui nunc or-

dinariisunt Spoleti, FuU

fiuii, Reate, Florentiae, enetiae , Bagusis , IstrisB, Bosniœ et Dalmatiae.

(l) FEATBBS COliyKlITUlLBS HABBNT.

Provinctas. . 3i

Yicarias 7

DiTÎsi in Gustodlas. . . 100

GoOTentus . i5o9

Fratres .3ooo

FBATBBS COBYBSTUALBS BBFOBHATI HABBNT.

Conventus 5o

FBATBBS 0B9BBVANTBS AABBBT.

ProTÎncias. *.....

Gustodias. . '

Vifcarias

Domoa in' Indiis in quibasdoctnmam chzistianam proponvnt. • • •

Goliegia 6

Gonventus a3ooq

Fratres. . .*.*.. 163900 N' £' Hisce annume«

rantnrdiscakealî et

reoollecti.

ilO LE COMPERE

{trouvent aux incrédules du siècle qu'un tel institut est 'ouvrage même du Très-Haut ; et que si le patriarche de la besace fut aussi iou que mon père Ta cru ^ ce fut de cette folie sage et salutaire qui l'emporte sur ce bon sens ridicule et méprisable , sur cette fière et damnable raison . que les gens du monde prennent pour un rayon de la divinité , et pour l'unioue flambeau qui doit les éclairer dans toute leur conduite.

Vous vojez partout ce que vous venez d'entendre , ma chère , que l'on peut aller au ciel par des routes différentes : vous avez mérité ce bonheur par la mysticité y saint François par ses extravagances , et moi en me tourmentant; je ne sais par quel moyen ce vilain M. Rabelais , que je hais plus que le diable , est parvenu en ces lieux. maudit brouillon y boalfon y railleur, dé-bauchéy ivrogne , apostat y baiseur de femmes (i) !

FBATBB8 CAPUCIRI HABBRT.

Provincias. 4* Fratrefl.. ijoaS

GooTentas ni^o

FBATBB8 TBBTII 0BDINI8 HABBifT.

Proviocias . 17 Fratres 385o

Contentas. . . . . . . Saj

MORASTBBIA MORIALIUM SAlfCTA , CLABiC , COlf CBPTlOiriS , ANBO- CIATABOM, CAPCGIBABCM.

Exceduntnanienim. . 3S5o numerus j Algezira ubi

Religiosœ 93900 sap.

Tertiaram verô non est

(2) Sainte Glaire n'est pr^'nt la seule qui ait honoré maître Rabelais de pareilles épithètes, l'auteur du Martyrologe Fran ciscain ne l*a point épargné davantage. Après avoir accoutré d'importance Guillaume de Saint-Amour, Érasme, et les cela» turiateurs de Magdebourg; voici comment il habille le curé de Meudon : Nec moror Franciscum Rabelaesium quippe qui (ut ex aliis loqaar)mIaUudstuduerit, nisiut lutulenta sus. cam

UATHIBU. III

faut-il que je te voie ici parmi tant d'honaéles gens ! — Taisez-vous vieille sotte , dit Rabelais^ il y a uoe heure que vous braillez sans savoir ce que vous dites.

quovis^iDomniTolaptatam génère, maxime commessationibus xit ebrietatibas, sine ulla iotermissione volutaretur. Gui ad absolutam improbitatem aihil déesse potest : qaiqae, neque Dei nietas inest, neqoe hominum reTerentia: qui omûia divina humanaque procuieat et ludibrio habet. Quis Diagoras magi« de Deo praepoiiterè seosit? Quîs Timon de rebiis humanis pejus meruit? Qui miseras etiam chartàs nefandis scriptionibus poUuil^ veneontn vomit , quod omnes longe latëque regiones dispergat : maledicentias et convitia in omnes passim ordines |actat. Relîgiosos Gœtus cavillari peritissimus; bonos viros ac pietatis studia, honestatia item jura proscindit; homo impius et impuruSfimpotenterque dicax,et improbitatis invictissimae ; bonorum morum, publicœque honestatis labes« turpitndlnis nota ihnstus ; Irriserum princeps Saennio praecipuns. Yir omnium horarum, Baccho temulentior ; Lucianus alter et Gyntcus ; oui somnas et ingluvies, Bacchua ac Yends^ jocosque pars sibi in aeternum. Interperditos Nebulones primariua, Scurra, Nasutus et Gomoedus insignis ; sine fide, absque religione, apostata, sacrilegus, b^reticus, atbaeu^. Proiûg, Martyrot. Francis^ can. p, si.

< Je Ticms à François Rabelais, qui, ainsi qu'une truie infaà me, n'eut d'antre plaisir tonte sa vie que de ae vautrer dans sla fange de toutes sortes de voluptés , notamment dans celle

• de la gourmandise et de l'ivrognerie ; qui fut un des plus par- » faits coquins que la terre eût jamais porté; sans crainte de » Dieu, sans respect pour les bommes , méprisant ou tournant «en ridicule toutes les choses divines et humaines, un homme > plus impie que Diagoras , plus ennemi du genre humain que s Timon; qui a inondé l'Europe entière de sa morale em* » poisonnée ; de ses livres , abominables ; qui a accablé de

• calomnies odieuses , de médisance ou de raillerie , tout les

• ordres religieux; le détracteur des honnêtes gens, de la

• piété, de l'honnêteté; un impie, un impudique, un moqueur

• effréné, un coquin déterminé, la ruine des bonnes mœurs et » de toute bienséance ; un infâme, et le père de tous les rail-

• leurs ; plus ivrogne que Bacchns même ; an second Lucien ,

Ii3 LE GOUFEaC

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