‹ Le Compère Mathieu, ou les Bigarrures de l'esprit humainChapitre 4 sur 28 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Départ de Domfront. — Bencontre d'un Espagnol, — Histoire de cet Espagnol.

Quoique selon la saine philosophie ce soit une chose ridicule, méprisable, et un effet des préjugés du vul-

Ta) Trasiihon estimait qu'il n*y a point d'autre droit que celui du plus fort, V. les Essais de MontaignCy t. 2, page 391.

gnîrc y d'être sensible au malheur de ses parons^ j'avais lu un passage, au chap.vii, v. 27 de rËc<Mésilt9tique(i)^ qui me brouillait la cervelle ; et qui faisait que je ne pouvais me résoudre à quitter Domfront et laisser ma mère dans les pleurs et l'affliction. Le compère Mathieu rit de mon embarras \ puis ayant pitié de ma faiblesse j il m'accorda huit jours pour me délivrer de ce scrupule et.consoler ma mère. Au bout de ce temps là, nous nous procurâmes les papiers dont il est d'usage , dans notre pays, de se munir lorsqu'on veut voyager. Ces papiers consistaient en un certificat de vie et de mœurs que le syndic de l'endroit délivre gratis , après qu'on lui a payé bouteille , et un extrait baptistaire que le cxxié délivre de même, après s'être fait donner trente sols.

Nous partîmes dé Domfront, le eompère Mathieu et moi;^ le 3o juin 1728, et nous enfilâmes la route de Paris. Ayant marché jusqu'à deux heures après midi , nous trouvâmes une fontaine à quatre pas de la route , qui nous invita à nous rafraîchir. Il y avait près de cette fontaine un graud homme maigre , basané , assez mal vêtu, qui mangeait un morceau de pain d'orge. Le compère demanda h cet homme s'il n'allait point du côté de Paris? — Tant s'en faut, répondit-il, car j'en

« Vous agissez, disait Brennus aux plus déterminés brigands

Sii aient jamais paru sur la surface de la terre, je veux dire les omains, vous agissez conformément à la plus ancienne de toutes les lois, j'entends celle qui donne au plus fort les biens du plus faible , loi qui s'étend depuis la Divinité jusqu'aux bêtes. Plutarch. m Camill, p. l56, édit. de JVechel, Voyez encore à ce sujet Thucid., lib. 5> çap. io5, p. 344* — Oion. Halycarn. « lib» 1, cap, 5, p. 5.— JPlato, in Gorg,fp, Saa. — Tit. Liv. , Hb. S, cap. 56.

(1) Honore ton père de tout ton cvettr,^t n'oublie pas les ^ al&ictâODS de ta mère*

tu

iô LÉ tmi^kÉt

vienft. — Oseraiâ-je demanderi reprit le compère, k qui j'ai rbonneur de parler? — Oui dà, dit étranger ; je vais vous satisfaire dans le moment. — - Il acheva son croûton y et dit :

Je m'appelle Don Diego-Ârias-Femando de la Plata, j Rioles f y Bajalos ; je sois Espagnol de nation et gentilhomme de naissance. — » Monsieur est apparemment quelqu'aîné de famille? dit le compère. *— Je n'en sais rien^ reprit Don Diego; personne n'a jamaiS'-eonnu mon père ni ma mère. J'avais tout au plus deux jours lorsqu'un matin l'on me trouva dans un panier à la porte des révérends pères cordeliers de Bilnao en Biscaie* Je fus nourri et élevé aux dépens de ces chi^stes et charitables religieux jusqu'à lâge de huit ans. Alors, comme j'étais très rudement mené par le maître chez jui Von m'avait mis pour apprendre à écrire, je m'enuis à Burgos , où je mendiai pour vivre. Il y avait dans cette ville une troupe de comi-tragi-sautcnrs. Le maître de cette troupe me voyant leste ^^ bien fait^ et propre à remplacer un sien fils qui s^était crevé le métacarpe en voulant imiter le saut du Niagara , me prit à son service , et en peu de temps je Sis en état de gagner mon pain.

La profession de cOmi-tragi-sauteur me plut telle-* tnent que y par mon application et des exercices con* tinuels , je parvins en moins de trois ans à être le plus excellent Scararoouché, le plus facétieux Pierrot, et le plus hardi voltigeur que l'on eût vu depuis long^ temps.

J avais déjà fait le tour du Portugal et d'une partie de l'Espagne y et je n'avais que douze ans,. lorsque la troupe arriva à Saragosse^ Le recteur des jésuites de cette ville Jm'ayant vu, eut pitié de l'état oii jVtais réduit à gagner ma vie en la risquant vingt fois dans un jour^ et me fit dire qu'il me destinait un sort plus doux

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et plus heureux si je roulais m'attaclier à lui. Pioue de quelques propos durs que mon maître don^Scabrillas m'avait tenus dans la jouroëe | j'acceptai le parti proposé.

Je ne fus pas sitôt cbes le recteur, que le saint homme commença par me faire détester ma vie passée, et par m'affermir d!ans les principaux points de la re-^ lieioni ensuite, pour m'ôter certains scrupules qui lui déplaisaient, il m'initia dans la théorie et la pratique de cette science , par laquelle , en s'anéantissant soimuême, Ton peut s'unir à Dieu dans une simple con* templation d esprit, sans se troubler de tout ce qui se passe dans le corps. Il m'apprit en outre la différence qu'il y a entre tordre naturel et l'ordre surnaturel; entre les deux prédestinations; entre la aracejpréve^ nante et la grâce coopérante , quels sont les effets du concomitant, de la science moyenne et du congruisme. — Mon ami, dis-je à Diego, vous me ferez plaisir de parler français : je crois Tort que mon compère vous > entehd, car il est fort savant; pour moi , je ne sais que nfa langue naturelle, L'Espagnol me regarda en haussant les épaules , et continua ainsi : Au bout de dixhuit mois , je perdis mon cher maître ; la mort l'enleva en deux jours de maladie. Il me laissa d'autant plus embarrassé de ma personne , que l'on me chassa du couvent sans que j'en pusse deviner la raison.

Je partis donc de Sasagosse , et je ne savais où aller, lorsque le hasard me fit rencontrer un vieux négociant allant à Barcelonne pour des affaires de la dernière im«portance qui regardaient son commerce. Après avoir conté mes peines et mon embarras à ce vieillturd, il me dit avec une douceur qui m'arracha des larmes : Mon enfant, j'ai pitié de votre jeunesse et de votre destinée ; vous êtes abandonné de tout le monde; vous n'avez personne pour vous gouverner ni pour vous

conduire dans un âge où Içd passions, les mauvais exemples et les mauvaises compagnies peuvent vous plonger dans un précipice afïreux. Venez avec moi à Ëarcelonne : j'y aï des amis auxquels je vous recommanderai f qui vous donneront de Femploi si vous voulez vous appliquer, et qui vous mettront en état de ne de'pçndre un jour que de vous seul. — Je remerciai très afï'ectueusement le genéreuxf vieillard ; je lui promis tout ce qu'il voulut , et je le suivis.

Cet honnête homme avait un soin particulier de moi : lorsqu'il s'apercevait que j'e'tais fatigué, il descendait de sa mule , m'y faisait monter et me suivait à pied des lieues entières. Tout ce qui me faisait de la peine , était qu'il témoignait ne pas aimer les jésuites : aussi me dounai-je bien garde ae lui parler de l^ anéantisse" 5ewew; de soi-même, àxx concours concomitant , de la science moyenne et du congruisme que défunt le recteur m'avait enseignés.

Nous avancions à grandes journées , lorsqu'un soir, à l'entrée d'un petit bois, cinq ou six bandits fondirent sur nous : l'un d'eux appliqua im si furieux coup de crosse de fusil sur la poitrine du négociait, quille renversa de sa mule; les autres s'étant jetés dessus, enlevèrent son argent , ses papiers, sa monture , le dépouillèrent d'une partie de ses habits , et ne nous lais^ sèrent qu'après nous avoir cruellement maltraités l'un et l'autre.

Comme celte aventure nous arriva dans un pays où il n'avait aucunes connaissances, tout ce que je pus faire fut de le conduire à une abbaye de Bénédictins, près de laquelle nous avions passé une heure auparavant. Arrivés dans cette abbaye, le vieillard dit qui il était ; conta son désastre , et exposa la nécessité o« il se trouvait de se rendre au plus tôt à Barcelonne. Je ne sais si ce négociant avait été autrefois un grand pé-

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clieuri on s'il appartenait à quelque hëre'tique ; mais le ciel endurcit tefiement le cœur des moiues à son égard, qu'il ne re^ut pour tout secours qu'un peu de pain bis, quelques châtaignes et cinq ou six maravedis (i ) ^ après quoi Ton nous envoya coucher sur un peu de litière qui se trouvait dans une des remises des carrosses de M. labbë.

Le lendemain matin, le vieillard voulut partir à quelque prix que ce fût. Il espérait trouver quelque personne généreuse qui voulût bien lui procurer les se- «oiurs nécessaires pour continuer son voyage, quoique ses blessures ne le permissent guère : mais un bailli et deux curés de village auxquels nous nous adressâmes^, furent aussi durs que les Bénédictins; et le vieillard, exténué dé fatigue et de douleur, fut obligé de se réfugier chei une pauvre femme qui n'avait qu'une chèvre pour tout bien , et qui se prêta de la meilleure grâce du monde à lui procurer tous les secours qui lui seraient possibles, tandis que j'irais -annoncer à ses nmis de Barcelonne le triste état où il était réduit. Je n'eus pas la neine de faire ce voyage , car un instant après que nous fûmes dans la chaumière de cette pauvre femme, le malheureux vieillard tomba sans connaissan<:e ; le ^ang lui sortit de la bouche à gros bouil- Imis et rétouffa en moins de six minutes , sans que nous eussions pu y apporter aucun remède , et sans avoir pu apprendre le nom de ses amis de Barcelonne.

Ce déplorable événement me jeta dans une consternation inexprimable. Pour comble de disgrâce , le curé de l'endroit ne voulut point enterrer ce pauvre homme^

(i,) Petite monnaie de l'Espagne , qui vaat an peu plus qu'un denier de France.

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attendu que Targent qu'on fit du reste des dtfpouittes que les yoleurs lui avaient enleyëes ne suffisait pas pour son salaire. Enfin la bonne femme qui arait eu la chante de nous recevoir^ vendit sa dièvre^ suppléa du peu qu'elle en tira à la somme que le pasteur exigeait, et le vieillard fut enterré. Cependant^ pour faire voir que les ecclésiastiques, en soutenant intrépidement le droit de leurs émolumens, ont le cœur aussi généreux, Tame aussi bienfaisante que les séculiers, le curé voulut bien se charger d^envoyer gratb un extrait mortuaire et le détail de cette aventure aux parens du défunt, si on pouvait lui en dire le nom et la demeure.

Réduit au même état où ce généreux vieillard m'avait trouvé, j'enfilai assez tristement le premier chemin lui se présenta à la sortie du village. J'avais à peiae :ait une lieue que je rencontrai deux pères capucins qui se rendaient à Rome sur la convocation^ d'un chapitre général de leur ordre. L'idée me prit de faire le même voyage ,. et les bons pères me permirent de les accompagner. Je vis alors qu'il y avait de vrais élus sur la terre, et qu'il y avait des occasions où la providence se manifestait d'une façon à ne pas laisser douter aux plus incrédules que l'effet des promesses que Dieu fit autrefois à Abraham et semini ejus , aura lieu jusqu'à la consommation des siècles. Ces bons pères, ainsi que moi, n'avaient pas le sou, et nous tûmes accueillis, régalés, fêtés, honorés etpresqu'adorés partout où nous passâmes.

Trois jours après notre arrivée dans la capitale du monde chrétien, je me trouvai placé, par le crédit de ces bons religieux^ chez monsignor Tongarini, évéque de Mansoura en Mansourie. Mon occupation était à peu près la même que celle de la Sunamite du prophète roval David ; je tenais les pieds chauds à sa monsignorerie, dont la chaleur naturelle s'était évaporée

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Vannée précédente dans une querelle qu'elle avait eue avec znonsignor le cardinal Fabroni.

Pour le coup y je crus ma fortune faite à toujourSi Monsignor m'avait donne la tonsure ; il m'avait fait faire un petit habit de soie noire , des chemises à den~ telle et un petit collet des plufl à la mode ; il m'avait promis le premier bene'fice qui serait à sa disposition et mille autares choses. Mais le ciel qui me persécuta sans doute pour quelques momens d'indocilité que j'a-. vais eus envers le recteur des jésuites de Saragosse y m'ôta mon nouveau maître au bout d'un an que je fiis à son service. Il j avait quelqne temps que l'illustre prélat se plaignait <|tte la partie située entre le périnée et le croupion* avait perdu son élasticité : une fièvre surviîit et l'emporta. •

J'avais amassé quelqu'argent au service de monsi*

fnor Tongarini ; j en employai une partie pour faire ire des messes pour les âmes du purgatoire, afin Qu'elles daignassent inspirer à quelque monsignor refroidi de me prendre aux mêmes conditions que défunt son confrère ; en attendant l'efficacité de l'œuvre méritoire y je dépensai le reste à faire des pèlerinages ; à réprimer mes appétits charnels, à acheter des mdulrgences.

Au bout de six mois, je me trouvaià sec ; et les bonnes âmes ne m'avaient point encore procuré de condition, ce qui ne laissait pas de m'inquiéter. Enfin, elles inspirèrent un juif vénitien , nommé Eléazar, de me prendre pour son secrétaire. U ne doutait pas que je ne susse au moins les premiers élémens du commerce, puisque j'avais été dans le cas d en entendre parler journellement pendant mon s«^our chez les jésuites de Saragosse.

Le même jour que j'entrai au service de ce juif, nous partîmes pour Aneône, où nous trouvâmes un bâtiment

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qui devait nous transporter à Veniçe. Au premier vent favorable ce bâtiment partit. Mais la nuit suivante un vent maestro occasiona une si terrible tempête , qu'à la pointe du jour nous nous trouvâmes à Temboucbure du golfe. Cependant la tempête était apaisée^ le vent était devenu sirocco ^ et nous nous disposions à en pro- Eter, lorsque nous aperçûmes un chebec algérien qui faisait force voiles sur nous. En trois heures il nous joignit f nous lâcha quelques bordées , et se disposa à nous aborder ; mais , par un bonheur inesp<^ré ^ ce chebec s'ouvrit en dcux^ et la mer l'engloutit.

Ce ne furent certaioement pas les coups de cafaon que nous envoyâmes au corsaire qui le mirent dans le ens de périr | car nous n'avions pour toutes armes que des fusils ol des sabres. L'équipage attribuait cet évé* xiement à la caducité du chebec : deux femmes disaient avoir vu Notre-Danie-de-Lorette entre le corsaire et nous : Ëléazar soutenait que Moïse avait fendu ce bâtiment d'un coup de baguette ; pour moi y je ne fis aucune difficulté d'attribuer notre délivrance a un morceau de la tunique de saint François , que je porte par dévotion y et que j'avais attaché au mat de notre vaisseau au moment que j'aperçus le corsaire.

Le vent continua à être favorable ; nous arrivâmes à Venise en deux jours et demi. Le juif Ëléazar m'installa aussitôt dans l'emploi qu'il m'avait destiné , et dont je me suis acquitté avec applaudissement pendant quatre ans que je niS à son service. La première année il me fit faire avec lui deux voyages à Constantin oplé; la seconde il me mena à Lisbonne ; quant aux deux autres, il trouva à propos de me laisser chez lui, pour veiller de phis près à ses affaires pendant les longues ivbscnces qu'il était obli&é de faire.

Je fus d'autant plus. charmé de la résolution de mon maître^ que j -aimais sa fiUe Raehel. Elle n'avait que

douze ans , et ne m'était point cruelle. D'ailleurs ^ j'étais parvenu à être le favori d'une jeune citadine^ supérieure d'u« couvent de filles dans le voisinage : de sorte qu'uniquement occupé de mon emploi , de mon salut et des plaisirs inexprimables que je goûtais entre les.bras de Rachel et de la citadine^ je pouvais comparer mon état à celui du plus heureux de tous les hommes. Mais cet état ne fut pas étemel : sur la fin de la quatrième année ; je m aperçus que la supérieure m'avait communiqué ce qu on appelle entre les honnêtes gens une galanterie. Je fis part de ce présent à Rachel , qui le rendit à U9 noble , le noble à sa bellesœur , la belle-sœur à son mari / le mari à une cortigiana ^ la cortigiana à un dominicain , le dominicain à son prieur y et celui-ci à la mère de mon aimable israélite f tellement que le bonhomme Ëléazar en eut sa part. Pour*comble de malheur ^ mon maître s'avisa de vendre sa fille à un Turc (car les juifs font argent de tout) : ma chère Rachel fut livrée à mon insu^ et je n'appris cette funeste nouvelle que trois heures après son. départ.

Dès ce moment; je résolus d'abandonner des lieux qui me rappelaient trop je souvenir de mon bonheur passe^poury vivre désormais tranquille. Je partis pour raris. Je pris ma route par l'Autriche , la Bavière, la Franconie , la Weslphalic et par la Hollande , que j'avais envie de voir avant de me rendre en France. Mais je fis peu de séjour dans cette république y qui n'e^t presque habitée que par de maudits hérétiques , ne croyant ni aux indulgences ^ ni aux reliques , et n'ayant aucun respect pour la sainte inquisition. Aussi Dieu les punit bien , car il ue se fait point de miracles •ctez eux , et d'ici à plus de trois cents ans notre saint père le pape n'en canonisera aucun, payassent-ils le triple de ce que le» catholiques paient pour faire cano* niser des saints.

i8 LE GOKPBAE

Lorsque je fus arriva à Paris ^ je me vis au large avec les ducats que j'avais apportés de Venise. Je cornmoDçais même à oublier Rachel ; mais je »'en étais pas à ce point à Tégard de la citadine. Le présent qu'Ole m'avait fait , me devenait de plus en plus à charge. Pour comble d'infort^e , un médecin , nommé Mer* cure-bol-asinos y entreprit de me guérir , et ne réussit qu'à irriter mon mal| en m'escroquant le reste de nMNa argent. Cependant , comme il failâit vivre , je fus alternativement laquais ^ écrivain I cocker ^ poète , suisse et colporteur. J'étais résolu de m'en tenir au colportage , lorsque mon mal redoubla , de façon que je me trouvai hors d'état de colporter. J'avais de recbef amassé quelque argent ; je fus encore assez {dupe pour le donner à un maudit charlatan y qui ne réussit pas mieux Sue son prédécesseur. Enfin , je ne savais que faire^ que evenir , lorsque le ciel ^ prenant pitié de Mioi ^ me fit connaître le tort que j'avais de mendier le secours des hommes y tandis qu'il y en a de divins sur la terre. Je me souvins alors du bienheureux saint Jacques de Gompostelle en Galice ; je fis vœu d'aller le visiter à pieds nus y et de ne vivre que de pain et d'eau jusqu'à ce qu'il lui plût de me rendre ma première santé. Vous me yojet dans ce vovage ; vousen connaissez la cause, en voici l'effet. — En finissant ces paroles , l'Espagnol nous montra son pitoyable pénis | au bout duquel pendait une crête semblable à celle d'un coq d'Inde.

— Oh! oh! dit le compère Mathieu^ ceci devient sérieux; c'est un condjlome. ^-^ Saint Ignace ! un condjlome! s'écria Di^o en se signant; un condjlome !

Ah ! monseigneur! faites«'moi l'amitié de me dire si ce çondylome n'est point un sort que la citadine a jeté

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sur cette partie , en vengeance de Tamour qu'elle me soupçonnait a voir pour Rachel? Hélas! c'en est un as-' sûrement; car la dernière fois que je Tai vue/je la trouvai occupée à lire le Petit Albert et les Glayieules de Sa*^ lomon. — Désabusez-vous ) seigneur Diego ^ dit le compère, votre mal, quoique sérieux , n'est point ttn sort* La citadine n'est rien moins qite sorcière. La galanterie dont elle vous a honoré est ce que messieurs de la faculté nomment virus vérolique : ce virus vous a occasioné quelque épaississement dans laljmplie; d'où un relâchement dans la partie inférieure de l'ex* trémité du pénis , d'où le <ïondylome , ou , si vous le voulez 9 le sarcome , le marisca, le fungus, le ficus 9 le timus^ qui signifielat tous à peu près la même chose; d'où enfin tous les maux dont vous vous plaignez. «.. — Et ce virus, ne serait-ce point le diable, interrompit Diego , ou plutôt ce fléau dont Satan a frappé tant de saints personnages , nommément le prophète David, le vieux Lazare, le saint homme Job et François I^r 7^^ Pour le diable, non , reprit le eompère; pour le fiéati dont vous parlez, cela se peut. Quoi qu'il en smt, c'est une espèce de levain acide, subtil et coagulant, dont je vous déferai sans qu'il vons en coûte une obole, si vous voulez retourner à. Paris avec moi. — Ah! si ce n'est que cela-, s'écria Diego , vous me rendez la vie : je vous avoue que ces mots infernaux de virus, de condjlome, de sarcome, demarisca^ de fungus, de ficus , de thiinus m'avaient effrayé , et que j'ai une peur extrême des revenans , des sorciers , des magiciens, des loaps-garous et surtout des diables. Mais' mon voyage de Compostelle? Quant à votre voyage de Compostelle, répondit le compère, vous le ferez toujours assez/ Que sait-on si ce n'est point par une faveur particulière du bienheureux saint Jacques que vous m'avez trouvé ici? — Cela se peut, répliqua Die--

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