‹ Le compère Mathieu; ou, Les bigarrures de l'esprit humainChapitre 33 sur 48 · CONTINUATION DU MEME SUJET · texte numérisé non relu

CONTINUATION DU MEME SUJET

Nous crûmes d'abord que le Compère allait répondre en détail à tout ce que nous venions de lui débiter ; mais il se contenta de nous dire que nous étions des ignorants, et qu'il persisterait dans ses opinions jusqu'à ce qu'on lui eût démontré le contraire par des raisons incontestables, et non par un tas de lieux communs, qui ne convenaient que dans la bouche des pédants, et non à des gens qui faisaient profession d'être ^Ailosophes.

" J'aimais mon Compère ; mais son propos me piqua ; je ne pus m'empêcher de répliquer qu'il n'y avait point tant de pédantisme qu'il se l'imaginait dans ce qu'on venait de lui dire ; que je lui accordais très volontiers que les hommes en général étaient des méchants, des scélérats, mais que je n'avouerais jamais que l'univers fût mal gouverné.

" Il est vrai, continuai-je, que les efforts que j'ai faits jusqu'aujourd'hui pour accorder l'existence^ du mal avec la toute-puissance, la sagesse et la bonté de l'Etre qui gouverne l'univers, ont été vains ; mais cela dépend de mon peu de lumières, ou plutôt, de ce que je m'y suis mal pris ; car les plus importantes découvertes n'ont pas toujours été faites par les plus savants.

— Je te défierai bien de faire celle-ci, interrompit le Compère. — Cela se peut, repris-je..., mais il me vient une idée..., si mon cher Compère voulait me donner vingt-quatre heures pour penser là-dessus, je lui démontrerais peut-être que son défi n'est point si fondé qu'il le croit."

Le Compère m'accorda, par pitié, les vingt-quatre heures que je lui demandais, et personne au monde ne fut plus étonné que père Jean et Vitulos, lorsqu'ils me virent accepter ce défi.

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