‹ Le compère Mathieu; ou, Les bigarrures de l'esprit humainChapitre 34 sur 48 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

CONTINUATION DU mÊME SUJET.

J'employai ces vingt-quatre heures à éclaircir l'idée qui m'était venue sur le sujet de notre dispute ; et lorsque le moment de la conférence fut arrivé, je parlai en ces termes :

" Il me semble, mes chers amis, que si l'on venait à bout de définir la nature de la liberté de Dieu, ainsi que la nature de la liberté de l'homme, l'on pourrait rendre raison de l'origine du mal qui existe dans l'univers, tant dans le physique que dans le moral.

" C'est ce que je vais essayer de faire.

" La liberté de Dieu ne peut consister dans ce que les théologiens appellent iyid'iffèrence^ contradiction^ c'est-à-dire, dans le pouvoir d''agir ou de ne pas agir: une telle liberté supposerait en Dieu, ou de l'ignorance ou de l'irrésolution, ou le pouvoir de choisir deux moyens différents dans l'exécution d'une chose, ou celui de se déterminer indifféremment pour l'une ou l'autre de deux choses opposées. La liberté de Dieu consiste donc en ce qu'il fait ce qui lui plaît : or, il n'y a jamais dans ce qu'il fait, que le meilleur qui lui plaît.

" Que l'on ne dise pas que si Dieu se détermine nécessairement, il n'est pas libre ; car je demanderais si un Etre infiniment puissant n'est pas infiniment indépendant. Que l'on ne dise pas non plus qu'un Etre infiniment puissant a la liberté de choisir plusieurs moyens dans l'exercice de sa puissance, ou de faire une chose, ou de ne la pas faire ; car je répliquerais qu'un Etre infiniment bon, infiniment sage se détermine nécessairement pour le meilleur moyen dans l'exécution de ce qu'il doit faire ; et que lorsqu'une chose n'existe point, il se détermine nécessairement à produire cette chose, s'il est meilleur qu'elle existe, ou à la laisser dans le néant, s'il est meilleur qu'elle n'existe pas.

" Poursuivons.

" Lorsque l'univers était encore dans le néant, l'univers n'avait rien en soi qui déterminât Dieu d'une manière absolue à lui donner l'existence. Il faut donc considérer le pouvoir dont il s'agit ici, du côté de l'agent, et non du côté de l'objet.

" Dieu a résolu, de toute éternité, de créer le monde tel qui! est ; les décrets de Dieu sont invariables : donc Dieu n'avait pas le pouvoir de ne pas créer le monde, et cependant on ne peut nier qu'il ne fût parfaitement libre en le créant, par conséquent V indifférence de contradiction n'est point l'essence de la liberté.

" Que l'on ne dise pas que Dieu ayant été libre de faire ou de ne pas faire ce décret^ il s'ensuit qu'il pouvait fort bien se dispenser de créer le monde, qui est l'effet de ce décret ; car si l'on ne peut supposer un instant qui ait précédé ce décret^ on ne peut supposer un instant où Dieu ait eu le pouvoir en question, l'existence de ce décret anéantissant nécessairement ce pouvoir dans un être immuable : or, la supposition d'un instant détruirait l'éternité du décret^ l'immutabilité de Dieu, et par conséquent Dieu lui-même.

Faisant abstraction du décret^ par lequel Dieu s'est déterminé à créer le monde, ce pouvoir de le créer ou de ne pas le créer n'a pu se trouver en lui. Un tel pouvoir considéré du côté de l'agent, est toujours l'eiFet de son ignorance ; imperfection qui ne peut se trouver que dans la créature. Si Jean a le pouvoir de faire ou de ne pas faire telle action, c'est qu'il ignore ce qui lui est plus avantageux dans cette occasion, d'agir ou de ne pas agir. Que l'ignorance de Jean se dissipe, le parti qu'il découvrira être le plus à son avantage, sera celui qu'il suivra infailliblement, sans conserver le moindre pouvoir réel pour son opposé. Combien, à plus forte raison, Dieu, dont les connaissances sont sans bornes, suivra-t-il toujours infailliblement dans ses productions, la règle que lui prescrivent ses perfections infinies !

"La liberté de Dieu cesserait d'être infiniment parfaite, si, pour agir, il devait examiner les objets de son action, choisir celui qui lui plaît le plus, sans qu'aucun motif le déterminât

nécessairement à ce choix, et si, après avoir choisi, il lui restait encore le moindre pouvoir de changer de résolution ; car, sans parler de l'incompatibilité d'une telle liberté en lui, avec ses décrets éternels et son immutabilité, cet examen supposerait en Dieu un défaut de connaissance suffisante ; ce choix, sans aucun motif déterminant^ serait plutôt l'effet d'un destin aveugle que d'un être infiniment sage ; et ce pouvoir de révoquer son choix, ou serait chimérique, ou, s'il était réel, marquerait que l'intelligence, infiniment parfaite, pourrait rejeter un bon projet pour en suivre un qui ne le serait pas.

" Il résulte de ce que je viens de dire, que Dieu, en vertu d'un décret aussi éternel que lui, ne pouvait ne pas créer le monde, ni ne pas le créer tel quil est : il résulte encore que le monde, tel quil est, est le meilleur des mondes^pojjihliSy parce qu'il est l'efi'et d'une cause infiniment parfaite. Le mal qui existe dans le monde est donc Ve^et des limites naturelles de la création ; et cet e^et était nécessaire, parce que l'univers ne pouvait être aussi bon que la cause qui l'a produit : il ne pouvait être aussi parfait que Vêtre existant par soi. — Si ce que tu dis est vrai, interrompit père Jean, voilà l'origine du mal, tant physique que moral, toute trouvée. Mais il s'ensuivrait que ce mal serait nécessaire, et que les hommes ne seraient injustes et méchants, que parce que leur injustice et leur méchanceté seraient des effets des limites naturelles de la création.

— Si le révérendissime se donne la peine d'écouter un moment, repris-je, il verra que quoiqu'il fût de la nature de l'homme d'être imparfait, il est de sa nature aussi d'être meilleur qu'il n'est. La nature de l'homme est comprise dans les limites de la création, il est vrai ; mais l'homme ne laisse pas pour cela d'être libre dans ce qu'il fait : ce n'est donc pas justement à cause de l'effet de ces limites, s'il n'est point toujours aussi bon qu'il devrait l'être, s'il ne fait pas toujours tout le bien qu'il devrait faire. Mais avant d'aller plus loin, disons un mot de la liberté de l'homme.

"J'ai démontré que la liberté de Dieu ne consiste point dans le choix d'agir, ou de ne pas agir j or, la liberté

de l'homme est de même nature que celle de Dieu : l'homme est toujours déterminé à agir d'une certaine façon ; il n'y a de la différence entre la libertéd^e Dieu ej^celle de l'homme, qirin~ce quela prernièrÊ i!ÊXÊixej:oiistamment sur le meilleur,~ët que ceîîe de l'homme s'exerce toujours sur ce qu'il prend pour le meilleur. Mais soit que l'homme exerce sa liberté sur le bien réel ou sur le bien^parent, il ne laisse pas d'être libre, puisque dans l'un et l'autre cas il fait ce qu'il lui plaît : or, faire ce qu'il nous plaît est un acte de liberté. Voilà quelle est la liberté de l'homme.

" Puisque la liberté de l'homme consiste en ce qu'il fait ce qu'il lui plaît, il s'ensuit qu'il peut être regardé à juste titre comme l'auteur de ses actions, quoiqu'il ne soit point celui des principes de ses déterminations : en agissant il use avec plaisir, avec connaissance du pouvoir d'agir, et ses actions peuvent lui être imputées en partie, comme à la cause immédiate qui les produit. Voici comment :

" Les déterminations de chaque être ont leurs avantages et leurs inconvénients ; une manière d'être exclut une autre manière d'être ; une propriété suppose une autre propriété ; un arrangement, un autre arrangement ; une force n'est pas une autre force, ni un degré, un autre degré. Dieu a vu la combinaison de tout cela, et l'univers est la solution d'un problème digne de sa sagesse infinie. En un mot, Dieu agit par les causes secondes ; il a voulu que ces causes produisissent leurs effets, et que ces effets devinssent causes à leur tour. Rien n'est plus vrai que cela ; et je ne suis point le premier qui l'ai dit.

"Or, comme Dieu a donné aux hommes des sens et une raison pour connaître la nature des causes secondes qui les environnent, leurs rapports, leurs effets, les rapports et les effets de ceux-ci à leur tour, etc., l'on peut dire que c'est sur la connaissance de Pordre établi dans ces causes et dans tout ce qui en dèpendy que doit être en partie fondée la prudence de chaque individu humain, ainsi que les différentes vertus qui peuvent le conduire au bonheur le plus parfait dont il soit susceptible en ce monde.

" Par exemple :

"Nous connaissons que le feu brûle, et que le froid glace; cette connaissance nous porte à éviter leurs effets naturels, et à chercher dans leur usage combiné un moyen propre à nous mettre à l'abri de leurs impressions nuisibles ou trop sensibles.

" Nous connaissons qu'une diète outrée nous exténue, que l'intempérance nous rend malades ; cette expérience nous porte à prendre justement la nourriture nécessaire pour nous conserver les forces et la santé.

" Nous savons que la brutalité, la rigueur, la violence nous attirent des ennemis ; cette connaissance nous avertit d'être doux, humains, généreux, afin de vivre en paix, et d'acquérir l'amour et l'estime de tout le monde.

" Nous savons qu'en violant les lois établies parmi les hommes nous courons risque d'être punis ; cette connaissance nous porte à observer ces lois, parce que la satisfaction qu'apporte une telle observation, est préférable au châtiment qui suit leur violation ; à la crainte même qu'accompagne ordinairement cette violation.

" Mais la fougue du tempérament, le défaut d'éducation, l'habitude, le préjugé, etc. concourent tous les jours à faire que Pierre juge faussement des causes et de leurs effets, et par conséquent à le rendre malheureux ou méchant ; tandis que Paul, qui est né d'un tempérament modéré, qui a eu une excellente éducation, de bons exemples à imiter, juge plus clairement des causes et de leurs effets, et devient plus heureux ou moins méchant que Pierre. D'où vient donc la différence des affectations de Pierre et de Paul ?... Elle vient de différentes circonstances qui ne dépendent originairement, ni du fait de Pierre, ni de celui de Paul, mais qui dérivent d'un enchaînement de causes et d'effets j et cet enchaînement tient au système général ; mais Pierre et Paul n'en font pas moins librement ce qu'ils font.

" Il résulte non seulement de ce que je viens de dire, que l'effet des limites naturelles de la création rend l'homme imparfait ; que les circonstances où il se trouve le rendent

plus ou moins heureux ou malheureux : ^ mais il résulte encore que le bien ou le mal que l'homme fait, que le bonheur ou le malheur qu'il éprouve, doivent lui être imputés en raison du pouvoir plus ou moins grand qu'il aura eu de prévenir, d'éviter, de rompre, ou d'affaiblir, h tempSy le concours des circonstances qui le déterminent ; car le tempérament, le défaut d'éducation, l'habitude, les préjugés, etc. de même que les limites naturelles de la création, ne nécessitent point Pierre à être plus mauvais ou plus malheureux que Paul ; mais ces choses concourent seulement à le rendre tel^ c'est-à-dire, à faire naître des circonstances suffisantes pour le nécessiter à être tel. La liberté que chaque homme raisonnable a toujours de réfléchir plus ou moinSy avant que les causes ou les motifs de ces déterminations deviennent irrésistibles, ne dépend pas moins de l'enchaînement de causes et d'eftets dont j'ai parlé tout-à-l'heure, et ne tient pas moins au système général, que les circonstances susdites. Il faut distinguer deux choses en l'homme, .sa., nature £n général, et la.- nature^, dts causes éloignées et des causes prochaines des déterminations de chaque individu humain. C'est souvent par le peu de connaissances que l'on a de ces choses, ou par le peu d'attention que l'on y fait, que l'on définit mal la liberté de l'homme, et que l'on juge encore plus mal des principes et de la moralité de ses actions.

— Je veux devenir sorcier si je t'entends, interrompit père Jean. — Si cela est, repris-je, je vais tâcher de me faire comprendre par quelque comparaison. Quoique cette méthode soit propre à donner une idée nette et distincte de ce que l'on veut démontrer, elle ne laisse pas d'être d'un grand secours à un homme qui n'a pas la faculté de s'énoncer avec toute la clarté possible, et de mettre un auditeur sur la voie de concevoir ce qu'on lui dit.

" Si l'on suppose qu'il y ait un fleuve qui coule d'un bout de la terre à l'autre, que tous les hommes doivent passer ce fleuve, et qu'il y ait pour cet effet des ponts plus ou moins

* L'on se souviendra qu'il ne s'agit ici que du bien et du mal, considérés dans le moral.

dangereux établis de distance en distance, je dis, i** que la chute et la mort de ceux qui se noient dans ce fleuve en le passant, ne peuvent jamais être imputées à Dieu, parce que le passage de ce fleuve sur de tels ponts entrait dans le système général ; parce que cette chute n'est en elle-même qu'un eflFet des lois de la gravité des corps vers un centre, lois établies dès le commencement, et tenant à la constitution du seul univers possible dont l'existence était nécessaire ; parce que cette mort n'est en elle-même que l'effet d'une autre loi établie aussi dès le commencement, qui est celle dont il résulte qu'une suppression totale de la respiration chez l'homme lui cause la mort. Je dis: 2" que cette chute et cette mort ne doivent pas toujours être imputées à ceux qui se noient, et que, lorsque cette imputation a lieu, elle a ses degrés. Voici comment :

" Si les ponts établis pour passer ce fleuve sont tous originairement défectueux, ou percés en différents endroits, il sera de l'intérêt de tous les hommes de n'entreprendre ce passage qu'en plein jour, et non la nuit : quels que soient les motifs qui les poussent à passer pendant les ténèbres, la conservation de leur vie doit l'emporter sur tout. Mais si les motifs qui poussent tous les hommes à passer pendant les ténèbres, l'emportent chez quelques-uns, et qu'ils se noient, leur mort leur sera imputée, non point parce qu'en passant, ils n'auront fait que suivre ce qui leur paraissait actuellement le meilleur^ mais parce qu'ils auront fait le choix de ce prétendu meilleur dans le temps que le sentiment intérieur, que tout homme raisonnable a en soi, était assez puissant pour leur faire apercevoir le rapport du risque qu'ils couraient à passer le fleuve pendant les ténèbres, au risque de le passer en plein jour ; ou plutôt leur mort leur sera imputée, parce qu'antérieurement à tout cela, ils n'auront point suffisamment usé du pouvoir qu'ils auront eu de se rendre capables de juger de ces rapports.

"J'ai dit que la mort de ces hommes qui se noient leur serait imputée plus ou moins ou point du tout.

" Par exemple :

" Ceux qui auront connu, ou qui auront été dans le cas de connaître quelques ponts moins mauvais, moins dangereux que celui qu'ils auront choisi par préférence, seront plus coupables de leur mort que ceux qui n'auront point eu cet^e connaissance, ou qui auront manqué des moyens de l'acquérir,

" Ceux qui auront su ou pu savoir que presque tous ceux qui avaient passé le fleuve pendant les ténèbres étaient péris, et qu'aucun de ceux qui l'avaient passé pendant le jour n'avaient eu ce malheur, seront plus coupables de leur mort que ceux qui, n'ayant eu ni pu avoir cette connaissance, auront cru qu'il pouvait en périr quelques-uns pendant le jour, quoiqu'il en périt davantage pendant la nuit.

" Ceux qui auront su ou pu savoir qu'en sachant nager l'on pouvait souvent éviter la mort après être tombé dans le fleuve, et qui auront négligé d'apprendre à nager, le pouvant faire, seront plus coupables de leur mort, que ceux qui n'auront connu, ni pu connaître ce moyen de se conserver la vie, et qui n'auront point été à même de l'apprendre, etc.

" Ces circonstances, et mille autres semblables, aggravent donc ou diminuent l'imputation que l'on peut faire à ces hommes de leur mort ; cette imputation s'anéantit même entièrement à l'égard de quelques-uns, si le choix du pont, du moment de leur passage, les connaissances et les moyens de passer sûrement leur ont manqué. Et s'il est absurde de conclure que tous les hommes qui se noient en ce cas sont homicides d'eux-mêmes, il l'est bien davantage de soutenir que tous les hommes en général soient tels. Tout ce que l'on peut dire est que tous les hommes ayant un fleuve à passer, il est du pouvoir de la plupart de le passer heureusement, et de nécessité que le reste, tels que les aveugles sans secours et sans conducteurs, s'y noient : que si, dans le plus grand nombre, quelques-uns n'usent pas de ce pouvoir, et périssent, ceux-là sont plus ou moins coupables de leur mort, tandis que ces derniers ne le peuvent être de la leur.

" Le pont dont je viens de parler est le cours de la vie humaine, considère dans les circonstances où chaque homme se

trouve naturellement, et le mal qu'il fait est le fleuve où il est tombé. Et comme (à la réserve d'un petit nombre) tout homme est plus ou moins le maître de prévoir, d'éviter, de varier, de modifier les effets de ces circonstances, ou de s'y abandonner, tout homme est aussi censé plus ou moins coupable du mal qu'il fait. Mais, comme il y a des hommes aussi bons que la nature humaine le comporte, et qu'il y en a qui, par défaut de connaissances et de moyens nécessaires, font le mal malgré eux, ou plutôt sans savoir et sans pouvoir savoir ce qu'ils font, l'on ne peut dire que les hommes soient généralement méchants ; mais l'on doit dire qu'en général il est de la nature de l'homme d'aimer le hien, et que s'il y a des hommes véritablement méchants, ce n'est que par le mauvais usage qu'ils font de leur volonté, lorsqu'il s'agit de choisir et de se déterminer ; ou, si l'on veut, ce n'est que dans le peu d'attention qu'ils ont d'affaiblir à temps les raisons qui peuvent les porter au mal par la suite, dans le peu de soin, qu'ils prennent d'étudier les principes de leurs actions, et d'acquérir la faculté de se déterminer dans tous les cas moraux sur des raisons distinctes.

" Il est aisé de concevoir, par tout ce que je viens de dire, que mon cher Compère se trompe grandement lorsqu'il prétend que le mal qui existe dans l'univers provient d'un mauvais principe, ou plutôt que tout est mal, et que tous les hommes sont des scélérats. Son amour propre ne se trouverait-il pas blessé par une assertion si téméraire ? Mon Compère ignorerait-il qu'il a soutenu tant de fois que l'homme apporte en naissant les germes de la justice et de l'équité au fond de son âme ; qu'il n'y avait que la multitude et la variété des connaissances qu'il acquérait qui étouffaient ce germe... ?

— Je t'ai dit aussi, interrompit le Compère, qu'il ne fallait point s'étonner de me voir nier dans un temps ce que j'avais afîirmé dans un autre, et que ce qui paraissait une contradiction en moi, était une marque d'un nouveau degré de connaissance que j'avais acquis.

— Je me souviens de cela, repris-je ; mais je n'aurais jamais

cru que mon Compère en fût venu au point de rejeter les principes de la morale, ou plutôt de nier la réalité de la morale même ; car c'est en venir là que de prétendre que tout est mal dans le monde, et que tous les hommes sont méchants de leur nature. Mais qui ne voit pas que cette opinion est d'une absurdité insoutenable r Pour la détruire de fond en comble, il n'y a qu'à consulter la raison et la conscience ; rien ne démontre mieux qu'elles, que nous avons des devoirs à remplir, et, pour cet effet, des règles à suivre. Il y a une raison commune qui prend connaissance de nos actions : il est des devoirs communs, et les maximes qui exposent ces devoirs sont les lois naturelles/^'

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