‹ Le complot de Sarajevo, 28 juin 1914Chapitre 13 sur 16 · CHAPITRE IX LES MEURTRIERS · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX LES MEURTRIERS

NON seulement Princip ne se sert pas delà même arme que Cabrinovic, mais encore il commet son crime à un endroit où le cortège ne devait pas passer. Il en résulte donc que le hasard seul l'a mis sur la voie que devait suivre l'Archiduc. Nationaliste fanatique, il en a profité pour débarrasser sa nation de celui qu'elle considérait comme un de ses oppresseurs, et qu'un complot raté, dont on parlait déjà par toute la ville, n'avait pu faire disparaître (^). Il a tué avec l'arme qu'il portait sur lui, un

(1) Dans un ouvrage intitulé : Ungarns Rolle im Weltkrieg (Lausanne, 1917), ultérieurement traduit en fran-

revolver, car chacun sait que dans tous les Balkans les gens sortent souvent armés. Si nous en croyons les récits fantastiques publiés par la presse austro-hongroise et transmis même par le K. K. Korrespondenz- Bureau, il est extraordinaire que Princip se soit servi d'autre chose que de bombes. Il paraît, en effet, que l'on a trouvé partout des machines infernales destinées à tuer les époux archiducaux. A Sarajevo on en découvrait sous la table du banquet déjà préparé, et jusque dans la. cheminée de la salle. A Bystrik, où devait se rendre François- Ferdinand, une bombe était disposée dans les branches d'un arbre ; d'autres étaient placées tout le long de la ligne de chemin de fer. A Ilidze enfin on en aurait trouvé sept cachées chez une vieille femme. Le mémoire sur les résultats de Venquête de Sarajevo qui complète l'ultimatum à la Serbie, va moins

çais (Payot et O^, Paris, 1917), M. Gottfried Beck prétend que Princip aurait commis son crime à l'instigation des autorités magyares de Budapest. Il appuie cette hypothèse sur le témoignage d'un Croate nommé Rudolf Bartulitch qui fut quelque temps employé dans les services de police secrète et d'espionnage du gouvernement austro-hongrois. Nous ne savons jusqu'à quel point ce témoignage, que ne corrobore aucun document, mérite créance.

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loin. Il prétend que six bombes auraient été données à Belgrade aux auteurs de l'attentat. Princip n'avait donc pas besoin de se servir d'un revolver dont l'effet était au moins douteux, puisque deux bombes seulement avaient été utilisées sur les six que l'enquête autrichienne connaît. Le mémoire prétend aussi, il est vrai, que le revolver, ainsi que trois autres, provenait également de Serbie. L'idée semble puérile. La douane autrichienne se montre fort pointilleuse — nous en avons personnellement eu la preuve en plusieurs occasions — ■ au sujet de l'entrée des armes sur le territoire austrohongrois. C'était donc se compromettre gratuitement que d'en passer en contrebande, alors qu'il était si simple d'acheter les brownings en question chez n'importe quel armurier de l'Empire. L'argent eût été plus facile à passer que les armes. Il y a donc tout lieu de supposer que le meurtre commis par Princip est le fait spontané d'un nationaliste surexcité d'abord par la provocation que constituait la visite de François- Ferdinand à Sarajevo en un jour où les Serbes commémoraient la perte de leur indépendance ; ensuite par l'impression causée par le premier attentat.

Quant à Cabrinovic, plusieurs faits prouvent que sa tentative avait une autre cause. En tout premier lieu son origine même. Cabrinovic était le fils d'un mouchard de la police de Sarajevo. On est donc porté, non sans raison, à croire que, fils de mouchard comme le Nastitch des affaires de Cettigné et de Zagreb (Agram), il a pu jouer un rôle semblable. D'autre part Cabrinovic séjourna à Belgrade, tout comme Princip, c'est vrai. Le gouvernement austro-hongrois prétend que c'est alors qu'ils auraient été l'un et l'autre engagés et instruits en vue du complot. Pourtant, dans un communiqué du 29 juin 1914, le K. K. Korrespondenz- Bureau avait déclaré que « tous deux quittèrent la Serbie parce qu'ils n'y avaient pas trouvé, bien que se donnant pour des Serbes enthousiastes, l'accueil qu'ils espéraient ». Une information du journal Balkan, en date du 1^^ juillet 1914, reproduite en Autriche- Hongrie, complète cette note officielle et l'éclairé. « Le meurtrier Cabrinovic, y est-il dit, fut, quelques semaines avant l'attentat, expulsé par la police de Belgrade parce qu'il n'avait pas de papiers, mais le consulat austro-hongrois protesta par écrit et se porta garant de lui. » Cette nouvelle ne fut ni

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