‹ Le complot de Sarajevo, 28 juin 1914Chapitre 7 sur 16 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

S'il n'est pas nettement établi que l'origine du complot soit serbe, peut-être la provenance des armes le démontrera-t-elle. Ecoutons le Livre rouge là-dessus. « Lors de la perpétration de l'attentat, une seule bombe aidait été utilisée. Les cinq autres bombes furent retrouvées plus tard par la police à Sarajevo.

D'après l'avis des experts judiciaires, ces bombes seraient des grenades à main, d'origine serbe, faites en fabrique et destinées à un but militaire. Elles sont identiques aux vingt et une bombes qui furent découvertes, en 1913, dans la Save près Brcko, et qui avaient encore

en partie leur emballage d'origine, lequel indiquait d'une façon indubitable qu'elles provenaient de Serbie, du dépôt d'armes de Kragujevac. »

Il s'agit, d'abord, de bien s'entendre sur le nombre des bombes reçues et utilisées par les criminels. Six bombes leur ont été données. C'est entendu. N'en ont-ils lancé qu'une ? Le récit officiel communiqué à la presse (^) et qu'authentiquait le maréchal Potiorek, nous assure qu'ils se sont servi de deux. Il y a mieux. Le chevalier de Storck écrit, le 29 juin, au comte Berchtold [Livre rouge, N^ 1) : « C'est pourquoi les trois jeunes auteurs de l'attentat de Sarajevo, Princip, Cabrinovic et l'inconnu qui a jeté des bombes, paraissent s'être proposé la réédition du drame qui s'est déroulé dans le Kossovopolje. » C'est exactement ce qu'avait dit le maire de Sarajevo. Si Grabez (l'inconnu) a jeté des bombes, il en a donc été lancé plus de deux. D'autre part, le 29 juin, le K. K. Korrespondenz- Bureau communiquait à la presse austro-hongroise la note suivante, à laquelle s'applique aussi le télégramme du maréchal

^ Voir ce récit, page 32*

Potiorek (*) : « Comme plusieurs émeutes sérieuses ont eu encore lieu aujourd'hui et que plusieurs bombes ont été lancées, le gouverneur du pays a proclamé l'état de siège dans la ville et sa banlieue (Sarajevo). )) Comment après l'utilisation de tant de bombes, officiellement constatée, a-t-il pu en rester cinq sur les six qui avaient été confiées à Princip, Cabrinovic et Grabez ? La police de Sarajevo a dû, en cette occasion, opérer un miracle digne de la multiplication des pains et nous aimerions savoir quelles bombes « les experts judiciaires » ont examinées.

Pourquoi, aussi, ne nous dit-on pas qui étaient ces experts et ne nous communique* t-on pas leur rapport détaillé ? C'eût été, probablement, dangereux, car le LiVre rouge n'ose pas lui-même leur faire affirmer que ces bombes étaient des grenades à main, d'origine serbe. Il se contente de leur faire dire qu'elles seraient

{^) La fin du télégramme que nous citons, page 35, était ainsi conçue : « Quant aux événements d'aujourd'hui, nous ajouterons que les manifestations patriotiques des Croates et des musulmans ont été imposantes et qu'elles ont montré la réprobation de tous les esprits pour le terrible attentat, mais elles ont conduit à des émeutes regrettables contre la population serbe, »

de telles grenades. Rien n'est donc démontré par ces experts, aussi a-t-on trouvé autre chose : ces grenades sont semblables à d'autres grenades découvertes en 1913, dans une rivière, et qui portaient encore leur emballage d'origine.

En admettant que des criminels eussent été assez malhabiles pour semer ainsi des pièces à conviction ; en admettant, d'autre part, que l'eau n'ait pas détérioré cet emballage d'origine, il resterait au Lii^re rouge, à pi'ouver que cette découverte de bombes a réellement été faite en 1913. C'est justement ce qu'il ne fait pas, et nous n'avons pas la mentalité de certaines parties de la population austro-hongroise à qui on peut raconter des fables comme celles que, le 4 juillet, le Budapesti Hirlap mettait dans la bouche d'un membre de la diète de Bosnie- Herzégovine. « Les traces relevées par l'enquête, disait cette interview, conduisent non seulement au major Pribicevic, mais encore au général Jankovic, président de la Narodna Odbrana. Pendant la crise balkanique, au moment de la plus forte tension entre l'Autriche et la Serbie, on trouva vingt bombes dans le lit de la Save, près de Brcko.

Ces bombes étaient emballées dans des papiers officiels de l'arsenal de Kragujevac. L'un de ces papiers portait même la signature du lieutenant Jovanovic. » C'est pourtant cette fable que le Livre rouge reproduit et prétend nous faire accroire. Enfin concédons encore ce point et voyons comment a pu s'opérer le transport des criminels et des armes.

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