‹ Le complot de Sarajevo, 28 juin 1914Chapitre 9 sur 16 · IL · texte numérisé non relu

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d'un Serbe de Serbie, Rade Banjac, maire de Ljesnica, accusé de complicité dans le meurtre de l'archiduc. L'officiel K. K. Korrespondenz- Bureau publia à ce sujet un long communiqué qui prétendait fournir « de nouvelles preuves de la participation des milieux officiels serbes à la tentative de meurtre contre les époux héritiers • du trône » (^). Cette note [Neue Freie Presse du 11 février 1917, n^ 18848), dit, à propos de ce pauvre Serbe : « Il a été prouvé contre lui qu'iZ a donné asile chez lui, à Ljesnica, aux meurtriers Princip, Cahrinovic et Grabez ; qu'il les a accompagnés jusqu'au bord de la Drina et qu'il a facilité leur voyage et leur entrée en Bosnie, bien qu'il eût su que les susdits étaient secrètement envoyés en Bosnie dans un but de haute trahison et qu'ils étaient munis d'armes meurtrières. )) Ainsi donc, d'après ce jugement de 1917, ce que le tribunal de Sarajevo prétendait en 1914 se trouve in-

(^) Nous avons donné une discussion étendue de ce communiqué dans notre ouvrage : U Autriche-Hongrie « brillant second », montrant de quelle façon les bureaux de Vienne altèrent la vérité, allant jusqu'à inventer un D^ Bojislav Belimarkovitch, ancien ministre serbe, qui n'a jamais existé que dans l'imagination des scribes du Ballplatz.

firme. Cabrinovic ne s'est pas, à Loznica, séparé de ses deux compagnons ; il n'est pas « parti à pied pour Banja Koviljaca, dans la direction de Zvornik. » Il se trouve également que Princip et Grabez ne sont pas allés « avec le douanier Grbic à Ljesnica où ils déposèrent les bombes et le revolver dans une chambre d'hôtel ». Ils ont, tous les trois, logé chez le maire de Ljesnica et y ont déposé leurs « armes meurtrières )\ Ce n'est pas non plus le douanier Grbic et un paysan anonyme qui les ont aidés à passer la frontière pour se rendre jusqu'à Priboj, c'est Rade Banjac, maire de Ljesnica. On voit que pour les juges de S. M. apostolique, la vérité n'est pas, comme certains l'imaginent, absolument immuable. Elle diffère en 1917 de ce qu'elle était en 1914. Il est vrai que cette vérité austro-hongroise, quelle que soit sa date, porte ailleurs que dans la Monarchie danubienne un autre nom. On l'appelle mensonge.

Si même le mensonge n'était pas si flagrant, il apparaîtrait impossible d'admiettre ce romanesque transport de meurtriers et d'armes. Une question vient en efl'et à l'esprit : que faisaient donc les douaniers autrichiens et la

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fameuse police de frontière autrichienne ? Par contre-coup, une autre question se pose ; comment des douaniers serbes pouvaient-ils favoriser une telle contrebande en Autriche, puisque ce ne sont pas eux qui ont charge du contrôle ? Le Mémorandum adressé en 1907 par les émigrants bosniaques à la deuxième conférence de La Haye, disait, à propos de la façon dont étaient gardées les frontières de la Bosnie : « L'idée nationale et les tendances vers la fusion politique avec les Serbes de Serbie et de Monténégro sont très développées chez le peuple de Bosnie- Herzégovine. C'est ce qui fit peur à l'Autriche- Hongrie. Il fallait à tout prix détruire ces sentinaents serbes en isolant la Bosnie- Herzégovine du monde entier et surtout des Etats voisins. Le gouvernenxent autrichien n'y manqua pas. Il s'appliqua de son mieux à cette œuvre : pour entraver la communication des deux côtés, on établit les difficiles formalités nécessaires à l'obtention du passeport ; des sentinelles permanentes, très rapprochées, furent placées le long de la frontière. C'est depuis ctete époque que la Bosnie-Herzégovine est entourée d'un mur chinois. » A l'intérieur même du pays la

circulation est des plus difficiles, car, fait encore remarquer ce Mémorandum, « on défend aux indigènes de passer d'un arrondissement à un autre sans autorisation de la police ». Depuis 1907 la tension austro-serbe consécutive à l'annexion de la Bosnie- Herzégovine et aux guerres balkaniques, n'a fait que renforcer ces mesures de sécurité. Il est donc improbable que les criminels de Sarajevo aient pu, sans la complicité des fonctionnaires autrichiens, forcer ce « mur de Chine », et c'est en Autriche même qu'il faudrait chercher alors les instigateurs du complot.

Le Lii^re rouge aura beau produire encore un témoignage anonyme (Annexe VIII, Appendice) sur la « valeur réelle » duquel il ne peut porter aucun jugement, et qu'il annule ainsi ; il aura beau reproduire phis ou moins exactement ou résumer des articles de la presse serbe après l'attentat (Annexe IX), ou bien décrire des tableaux hostiles à la monarchie appendus, paraît-il, au ministère de la guerre serbe (Annexe XI, 2), ses incohérences sont trop apparentes, les invraisemblances de ses récits trop évidentes, et ses mensonges trop flagrants pour convaincre qui que ce soit. Nous restons per-

suadé que si la diplomatie austro-hongroise a présenté si tard le soi-disant résultat de l'enquête unilatérale de Sarajevo, si elle a refusé aux grandes puissances le droit d'examiner les pièces de cette procédure, c'est qu'elle avait peur d'une découverte compromettante. Un examen attentif et impartial conduit, on le voit, à cette conclusion qu'il n'y a pas eu, qu'il ne peut y avoir eu de complot formé entre Cabrinovic, Princip et Grabez ; mais qu'il y a eu une affaire de bombes et une affaire de coups de revolver, tout à fait distinctes et dont il ne faut pas chercher l'origine à Belgrade.

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