‹ Le compositeur et le correcteur typographesChapitre 11 sur 88 · DE LA CORRECTION SUR LE PLOMB · texte numérisé non relu

DE LA CORRECTION SUR LE PLOMB

Le rôle du compositeur n'est point fini lorsqu'il a composé sa copie. Il faut qu'il en efTectue la correction, d'après l'épreuve qui aura été lue par le correcteur d'épreuves . Cette opération s'appelle corriger sur le plomb, par opposition à la correction sur le papier ^ Le compositeur devra, dès le début, se familiariser avec les signes de la correction, dont il trouvera plus loin le tableau complet.

La correction se fait soit dans la galée, c'est-à-dire en paquet, soit sur le marbre^, c'est-à-dire en forme ou en placard : en forme, lorsque la composition a été mise en pages; en placard, lorsqu'elle a seulement été mise en colonnes dans un châssis. Ce dernier mode est généra-

lement usité dans les imprimeries de Paris, afin d'éviter la conftision des paquets et de simplifier considérablement le travail du faiseur d'épreuves. Un châssis renferme ordinairement Ja valeur d'une demi-feuille in-8. Si l'on corrige en galée, on place celle-ci sur le côté droit du bas de casse, et on lève les corrections au fur et à mesure du besoin. Pour enlever une lettre ou un mot, on pose le bout de la pointe sur l'extrémité de Ja ligne, que l'on soulève ainsi par une pression modérée ; on retire le mot entre le pouce et l'index de la main

1. Le compositear qui corrige sur le plomb est un corrigeur, La dénomination de correcteur s'applique uniquement à la personne chargée de lire les épreuves.

2. Le marbre est une table en bois, plus ou moins vaste, recouverte d'une pierre polie, qui est le plus souvent du marbre ; celle-ci se remplace aujourd'hui avantageusement par une plaque de fonte. Le nom de marbre n'en est pas moins resté.

gauche, après quoi, s'aidant toujours de la pointe pour écarter les lettres inclinées dans l'intervalle, on y replace celles de la correction. Il faut avoir soin, après avoir délié le paquet, de donner un peu de jeu à toutes les lignelS dans le sens de sa longueur, afin de n'avoir qu'un léger effort à faire pour soulever la ligne où Ton doit corriger, sans risquer d'en déranger plusieurs à la fois et, par suite, de mettre en pâte.

S'il y a un remaniement important à faire, il est nécessaire de repasser les lignes au composteur, et, pour cela, de retourner dans Pautre sens, c'est-à-dire cran dessus, les lignes à remanier ^ de cette &çon, tous les mots sont repris dans Tordre naturel de la phrase, ce qui permet de reconstituer facilement, dans le composteur, le texte conformément à la correction indiquée sur l'épreuve.

Lorsqu'on remplace un mot par un autre plus court ou plus long, ou une lettre par une autre plus mince ou plus forte, il faut avoir soin de répartir exactement entre les mots la différence en plus ou en moins, afin d'obtenir un espacement et une justification irréprochables. Les lignes inégalement justifiées feraient jouer la composition au tirage et pourraient occasionner de graves accidents. Pour retrouver une parfaite justification sans repasser la ligne au composteur, on appuie modérément avec la pointe sur son extrémité libre, et l'on compare l'effet de cette pression à celle que l'on exerce sur les autres lignes.

On taque légèrement avec le dos de la pointe les lettres qui ressortent. Si des espaces se sont levées à l'épreuve, il faut avoir soin de les renfoncer avec l'extrémité de la pointe.

Si Ton corrige sur le marbre, une fois la forme desserrée, on assujettit les coins avec la main de façon que les lettres ne puissent pas tomber et que les lignes aient cependant assez de jeu pour être élevées facilement à l'aide de la pointe. On lève les corrections de Pépreuve dans un composteur de bois, en commençant par la fin de la composition, de manière que les dernières corrections levées deviennent les premières à effectuer. S'il y a lieu de ^re des remaniements, c'est dans la galée qu'il faut reporter les lignes à remanier, pour les repasser au composteur suivant le mode indiqué plus haut.

Jadis le compositeur aux pièces était chargé de corriger deux épreuves et même trois. Aujourd'hui il ne lui incombe que la première, nommée première typographique, ou simplemenipremière. Les épreuves siiivantes, c'est-à-dire les secondes, les bons, les tierces, sont corrigées par des compositeurs en conscience.

Dans tous les cas, les plus grands soins doivent être apportés à l'.exécution complète des corrections. Les premières typographiques, particulièrement, sont trop souvent négligées. Certains compositeurs feignent d'oublier des corrections, dans le but de gagner du temps. Or, tout compositeur est tenu de fournir une composition et une correction bien faites. Les principaux inconvénients qui résultent du manque de soi(i à cet égard sont d'abord de laisser stérile le travail pénible du correcteur, et ensuite de faire encourir aux patrons les reproches d'une négligence qui n'est point de leur fait. Pour remédier à ce défaut, il faudrait que l'on pût toujours vérifier les corrections en première avant d'envoyer les épreuves d'auteur, et que Ton fît refaire au compositeur celles qu'il aurait omises ou mal faites. Malheureusement, ce

système, très bon en théorie, devient impossible dans la pratique; des vérifications de ce genre prendraient un temps infini; on ne peut le plus souvent les faire que partiellement.

Bornons-nous à attirer sur ce point Pattention des apprentis désireux de bien faire. Leur souci de la perfection aura le double résultat de leur mériter la sympathie de leur patron et de leur valoir le renom de bons ouvriers et les avantages multiples qui s*y rattachent.

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