DES SIGNES ACCESSOIRES DE LA COMPOSITION
Par ces signes nous entendons ceux qui font ordinairement partie de la casse; ce sont les suivants : les moins ou tirets, les divisions, les parenthèses, les crochets, les guillemets, les paragraphes, les barres transversales, les astérisques y les croix, les pieds-de-mouche, les versets et les répons, les lettres supérieures, et quelquefois les gros points ou points carrés.
Le moins ou tiret, — , n'était originairement qu'un signe de mathématiques opposé au plus, -|-) U a passé dans la typographie pour servir à des usages différents, dont le principal est de donner aux dialogues plus de rapidité en dispensant souvent de répéter les expressions dit-il, répondit-il, ajout a-t-il, aux changements d'interlocuteur ^ On s'en sert, en outre, pour séparer les matières dans les sommaires; pour éviter la répétition
i. Marmontel, littérateur disting^ié du xtiii* siècle (1723-1799), est le premier qui ait fait un emploi fréquent du tiret dans les dialog:ues. « Quel est ce galant homme? — Le vicomte de Laval. Il est assez connu; tout le pays le considère. — Réside-t-il dans son ch&teau? — Il y passe huit mois de Tannée. — Et le reste? — A Paris, je crois. — Voit-il du monde? — Les bourgeois de Bruyères... »
des mots sous lesquels on le place, dans des tables ou des nomenclatures; pour accompagner les folios; et souvent pour remplacer les parenthèses, suivant Thabitude anglaise. Le moins est fondu sur cadratin.
La division, - , est le signe de la coupure des mots par syllabes à la fin des lignes. Elle n'est autre d'ailleurs que le trait d'union grammatical, auquel,, par une anomalie qu'il est bon de remarquer, elle donne le plus souvenrson nom dans le langage typographique. On a fait usage, vers le commencement de notre siècle, de divisions à deux traits, =, dont l'objet principal était de mieux remplir les bouts de lignes que les divisions ordinaires. Ces dernières figuraient seulement dans l'intérieur des lignes à titre de traits d'union. Cette méthode a été très en vogue pendant un certain nombre d'années, mais elle est aujourd'hui complètement abandonnée pour les labeurs. On rencontre encore quelquefois la division à deux traits dans des types de fantaisie.
Les parenthèses, ( ) , servent à renfermer, dans le cours d'une phrase, un renvoi, une expression explicative, ou une réflexion accessoire qu'on pourrait supprimer sans altérer le sens, ou qui serait susceptible de faire l'objet d'une note si son peu d'étendue ne permettait pas de l'intercaler. Les parenthèses servaient aussi autrefois à renfermer les folios placés au milieu de la ligne lorsqu'il n'y avait pas de titres courants. On emploie aujourd'hui les tirets pour cet usage. Le même signe, suivant la façon dont on le tourne, sert pour ouvrir et fermer les parenthèses.
Les crochets, [ ] , d'un usage beaucoup plus restreint que les parenthèses, s'emploient soit pour tenir lieu de ces dernières dans une phrase qui est elle-même entre
32 PREMÎÉRE PARTIE : COMPOSITION.
parenthèses, soit pour renfermer des passages interpolés ou restitués, des dates en titres courants, soit encore pour éviter de doubler des lignes dans des vers ou dans un vocabulaire, ainsi que nous le dirons plus loin.
Les guillemets, « » , s'ouvrent au commencement d'une citation, d'un discours, d'un passage que Ton veut faire ressortir, et se ferment à la fin. On les emploie aussi dans les opérations de chiffres, où ils tiennent lieu des zéros qu'il serait inutile d'exprimer.
Le paragraphe, § , sert à marquer des subdivisions; on le fait suivre de chiffres arabes. Il se place soit en ligne perdue, c'est-à-dire au milieu de la ligne, soit au commencement de l'alinéa. On le sépare souvent du texte par un tiret.
Les barres transversales, / , servent à exprimer les fractions. Ge signe appartient presque exclusivement au domaine des mathématiques, ainsi que le pltis, -\- , et le multiplié par, X , que nous nous bornons à mentionner ici.
L'astérisque, * , nommé aussi étoile, est surtout usité comme appel de note dans le texte même d'une note. On fait suivre aussi de trois astérisques l'initiale d'un nom propre que Ton ne veut pas exprimer au long. On donne encore à ce signe des valeurs de convention, en Je plaçant avant ou après les mots que l'on veut distinguer.
La croix, f , s'emploie surtout dans les livres liturgiques. Précédant un nom propre dans les ouvrages ordinaires, et suivie immédiatement d'une dale, elle indique le décès et l'époque du décès de la personne citée.
Le pied-de-mouche , ^ , s'emploie aujourd'hui très rarement. Ce n'est guère que dans les livres d'offices
qu'on a lieu de s'en servir, pour isoler une phrase du reste du texte.
Les versets, f , et les répons, i|f , ne figurent que dans les ouvrages de liturgie^ ils se placent alternativement au commencement de phrases qui se correspondent.
Les lettres supérieures sont fondues sur le corps du caractère employé et servent à abréger certains mots, comme M™*, pour Madame; M"% pour Mademoiselle; Ro, pour numéro; V^y pour premier; etc. Voici celles qui existent le plus souvent dans chaque caractère :*,',**,
Mentionnons ici les chiffrés supérieurs, qui ne sont d'habitude fondus que sur commande spéciale, de même que les chiffres inférieurs, usités dans certains travaux algébriques ^
Les gros points ou points carrés sont des points fondus ordinairement sur demî-cadratin^. On les emploie comme points de conduite dans les tableaux, les catalogues, les tables, etc. A défaut de gros points, on se sert des points ordinaires espacés à cadratin ou à demicadratin.
DES PARANGONNAGES.
Ramener à la même force dans une même ligne plusieurs caractères de corps différents est ce qu'on appelle
1 . A cet ordre de lettres se rattachent les lettrines, qui ne sont autres que de petites lettres italiques que l'on place entre parenthèses dans le texte, pour servir de renvois à des additions ou à des variantes : (a), (6), (e).
2. On les fondait autrefois plus souvent sur cadratin, d'où leur est venu le nom de points carrés. L'usage ne s'en introduisit dans l'imprimerie que vers la fin du siècle dernier.
parangonner*. Cette opération, qui se présente assez fréquemment, est une grande ressource pour le typographe, puisque par elle il peut allier sur une même Hgne des caractères paraissant peu faits pour aller de front.
Ce travail s'effectue dans le composteur. Il consiste à ajouter aux caractères plus faibles, à l'aide d'espaces ou d'interlignes coupées de longueur, le nombre de points voulu pour égaler la force du plus gros caractère de la même ligne. Ainsi, on parangonne du Huit avec du Neuf par Taddition d'une interligne d'un point, du Sept avec du Onze par l'addition d'une de quatre points, etc.
L'œil de tous les caractères parangonnés doit s'aligner par le bas. Aussi, prenant en considération les différences de talus, est-il souvent nécessaire d'ajouter dessus et dessous pour obtenir ce résultat.
11 faut avoir soin de couper très juste les interlignes de parangonnage ;• trop courtes, elles ne maintiendraient pas les lettres extrêmes; trop longues, elles commanderaient le caractère plus fort et s'opposeraient à un serrage convenable.