DU RENFONCEMENT DES ALINÉAS
Un alinéa commence habituellement par un cadratin; mais, quand la justification dépasse la moyenne, le
renfoncement s'augmente proportionnellement et se fait d'un cadratin et demi, de deux, et même de trois cadratins , par exemple dans un in-quarto à longues lignes. Cette méthode est d'introduction assez récente dans rimprimerie -, aussi n'y a-t-il point de règle précise à cet égard. La progression que nous avons vu adopter, et que nous recommandons , est la suivante :
Renfoncement A'un cadratin pour toute justification jusqu'à 48 douze, dont nous représentons ici la longueur;
Renfoncement A'un cadratin et demi depuis 48 V2 jusqu'à 22 4/2-,
Renfoncement de deux cadratins à partir de 23 douze.
I Exprimée en cicéros de\ { points, cette proportion donne approximativement un cadratin jusqu'à 20 cicéros ; un cadratin et demi jusqu'à 25; deux cadratins à partir de 25 4/2.
Afin d'éviter toute hésitation dans le travail, il est nécessaire d'établir une mesure précise de renfoncement dans les maisons qui impriment habituellement des labeurs.
L'absence de règle fixe deviendrait une source d'erreurs fréquentes pour le compositeur et le correcteur. Une fois le principe adopté, il faut s'y conformer rigoureusement et ne pas oublier que, sur ce point comme à l'égard de toutes les règles typographiques sujettes à varier dans leur application, la condition première et essentielle est une scrupuleuse uniformité de marche dans un même ouvrage.
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Il arrive que, pour ne pas faire une mauvaise division ou un espacement trop large ou trop serré, surtout dans une petite justification, on est forcé de tricher un peu sur le renfoncement de Talinéa. On l'augmente alors ou on le diminue d'un ou deux points, c'est-à-dire dans une mesure qui ne nuise point au coup d'oeil. Cette ressource n'est qu'un pis aller et on ne doit en user que pour éviter un défaut plus choquant.
Il est un cas où le renfoncement de l'alinéa n'a pas lieu, c'est lorsque ce dernier commence par une lettre de deiix-points. On nomme ainsi une lettre qui, comme force de corps et d'œil, est double du caractère avec lequel on la parangonne. Ainsi, une lettre de deux-points de Dix a la force de vingt points. Ces sortes de lettres tirent leur origine de l'habitude qu'avaient les scribes au moyen âge- de commencer les chapitres ou toute division importante de leurs manuscrits par une grande lettre ornée, qui souvent était enluminée. La typographie fait ' aussi usage de ces lettres ornées, qu'on appelait jadis lettres grises, et les emploie, comme les lettres de deuxpoints ordinaires, dans des ouvrages auxquels on veut conserver un cachet d'antiquité. Ces dernières ne sont autres, d'ailleurs, que des lettres de titre désignées sous le nom général d'initiales, et qui se distinguent des grandes capitales par leur talus réparti également en haut et en bas, tandis que les grandes capitales ont tout leur talus en bas.
L^initiale ornée porte sur deux ou plusieurs lignes de texte -, la lettre de deux-points porte seulement sur deux lignes pleines, ou encore sur une seule ligne pleine et sur une ligne blanche supérieure *, on rappelle alors lettre montante, et, dans ce dernier cas, on se sert le plus
souvent d'initiales moins fortes que ne seraient les lettres de deux-points du caractère employé; par exemple, dans un texte en Onze, on mettra une initiale sur dix-huit points au lieu d'une sur vingt-deux points ; dans un texte en Neuf, une de quatorze ou de seize points au lieu d'une de dix-huit points.
Mais, quel que soit le genre de lettre dont on fosse usage, on ne la renfonce pas. La suite du mot dont elle est le commencement se met en petites capitales, et, si elle constitue à elle seule le mot entier, c'est le second qu'il fout exprimer en petites capitales. L'œil de cette lettre doit s'aligner par le bas avec la dernière ligne sur laquelle porte le parangonnage. 11 est assez d'usage, et nous approuvons ce mode, de ne pas coUer à une lettre ornée, surtout si elle ne porte à droite aucun blanc, les premiers mots des lignes, autres que la première, sur lesquelles elle règne, mais de les renfoncer de deux ou trois points. Voici des exemples de ces divers cas :
QUITTE ces bois, Muse Bergère, Vole vers une aimable Cour :
Tu n'y seras point étrangère, Tes Sœurs habitent ce séjour.
La noblesse des Arts, comme celle de la naissance, me paroit fondée sur trois illustres prérogatives : l'antiquité de son origine, sa puissance marquée, la vénération des Peuples
CRUEL enfant
Qui vas triomphant
De mon cœur captif
Qui tremble et diancelle Sous ta main cruelle Poureux et craintif.
;mprè8 avoir parlé des grandz capitaines et g^eraux d'armée, il faut parler un peu des Gouronnelz de Tinfanterie de France ; et pour ce je faictz ce discours, sur l'occasion et sur le poinct ducjnd j'en fis un jour adviser ce grand el brave prince M. de Nevers, qui m'advoua franchement ne s'en estre jamais apperceu ne advisé, et d'autant....
Lorsque de courts alinéas de corps différents se suivent fréquemment dans une même page, il est bon de remédier au manque- d'alignement produit par la différence d'épaisseur des cadratins, en ajoutant au renfoncement du plus petit corps l'espace complémentaire nécessaire pour assurer cet alignement. Supposons du Sept intercalé dans du Dix, comme dans l'exemple qui stiit ; nous ajouterons trois points au renfoncement des alinéas corps Sept :
Gréard. — L'enseignement primaire à Paris et dans le département de la Seine, de 1867 à 1877.
Exposition universelle de 1878.
P. Boucher. — Senlis. Récits historiques par MM. Vatin et Dupuis.
Compte rendu bibliographique.
Une intercalation quelconque, vers ou inscription, venant à couper un alinéa, n'implique pas la terminaison de cet alinéa. Si celui-ci n^est pas achevé, et, à plus forte raison, si la phrase ne se complète que par ce qui vient après, on doit faire pleine la première ligne qui suit l'intercalation :
Ce fait unique chez un académicien a inspiré à Boileau le vers
suivant :
J'imite de Conrart le silence prudent,
▼ers devenu proverbial, et qui s'applique ir(»iquemeat à toute personne ayant la prétention de se taire ou de ne pas écrire dans certaines circonstances.
On lit en beaux caractères du i*' siède de notre ère la ligne :
//////NARIS.FRATER.VIVOS.F////// ce qui peut se restituer ainsi :
Apoll{]naris f rater vivos f[ecii].
Les mots Monsieur, Madame^ Mademoiselle, Monseigneur, etc., placés en vedette en tête d'une lettre, se renfoncent proportionnellement à la justification. Us doivent en général occuper à peu près la fin du premier tiers de la ligne ou empiéter très peu sur le second tiers. Si l'expression en vedette se compose de plusieurs mots et a une certaine étendue, le renfoncement se réduira en conséquence, sans toutefois pouvoir être inférieur à deux cadratins :
Monsieur,
Madame,
Mademoiselle,
Monseigneur,
Monsieur le Comte,
Monsieur le Premier Président,
Une date se place vers la fin de la ligne et se rentre toujours au moins d'un cadratin. La longueur de la justification et rétendue de la date décident de la mesure du renfoncement à droite. De même que pour le cas précédent, il feut surtout éviter, soit de trop rentrer, si l'ensemble est long, ce qui le ferait paraître trop au milieu, soit de ne pas assez rentrer^ s'il est court, ce qui le mettrait trop à l'extrémité.
Si une date est rejetée à la an d*un texte au lieu de figurer en tête, on la place à gauche, et non à droite, mais dans les mêmes proportions de renfoncement.
La signature d'un artide se place toujours à droite, et la source ou une mentioa quelconque, s'il y en a une, à gauche. 1% eelle-d existe seule, on la met mieux à droite. Les mêmes règles de renfoncement exposées ci-dessus leur sont applicables. Dans aucun cas on ne doit aligner ces expressions à droite ou à gauche avec le texte :
Paris, 20 juin 1860.
tienne (Autriche), 4 décembre 1879.
Aax Rochers, dimanche 8 décembre 1675.
Léopold Dbusli.
{Bibliothèqne de VÉcole des chartes, t. XL.)
H. Lot.